Séminaire ACF 2015-16 – Rouen

Corps, psychanalyse et institutions

Mardi 8 déc. 2015, et les mercredis 27 janv., 16 mars 23 mars 27 avril et soirée supplémentaire le 22 juin 2016

Jeudi 22 octobre 2015, par BB // ACF 2015-16 : les archives


Photo :
Chants du désert, de Barbara Reid Napangardi
www.chantsdudesert.com

« Je parle avec mon corps, et ceci sans le savoir. Je dis donc toujours plus que je n’en sais1. »

Comment dans nos institutions accueillir ces corps qui s’agitent, se débattent, se mutilent, s’abiment, se recroquevillent ? Des professionnels, de l’école en passant par l’hôpital, les IME, la psychiatrie viendront nous faire part de leurs trouvailles mais aussi de leurs questions. Face au réel, face à l’angoisse, ils n’ont d’autres choix que d’inventer une pratique singulière, novatrice ; Nous partagerons avec eux, ce qui fait le sel de cette pratique à plusieurs : Un désir toujours renouvelé.


1 Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XX, Encore (1972-1973), Paris, Le Seuil, 1975, p.108.

- Mardi 8 décembre
Avec leur style alerte, signe de leur enthousiasme, Corinne Jean et Nathalie Herbulot, enseignantes spécialisées, vous feront découvrir ou redécouvrir quelques fragments de vie à l’école.
Elles interrogeront plus particulièrement « l’usage » actuel des AVS, auxiliaire de vie scolaire auprès des enfants, une mise en tension entre leur mission délivrée par la MDPH, les demandes de l’enseignant de la classe, et la place que leur accorde l’enfant.
Leur lecture de ces phénomènes comme leur écriture sont précieuses en tant qu’elles témoignent du sort réservé à ceux qui ne rentrent pas dans les cases.

Voir l’effet retour de cette soirée ci-dessous.

- Mercredi 27 janvier
Psychologues en chirurgie pédiatrique, Sophie Guiller et Gwenaëlle Leclerc proposent de revenir tout d’abord sur la rencontre avec le monde de la chirurgie, univers d’instrumentation technique sophistiquée, de traumatismes, de douleurs et d’angoisses.
Elles feront part ensuite de leurs pratiques en abordant le cas de deux adolescents hospitalisés.
Un médecin référent du centre du traitement de la douleur pédiatrique, présentera enfin leur collaboration.

Voir l’après-coup de cette soirée ci-dessous.

- Mercredi 16 mars 23 mars
S’orienter par la « pratique à plusieurs » c’est faire le pari que, pour les sujets qui s’appuient sur une institution de santé mentale, la possibilité de faire face au réel se tisse autant dans la rencontre avec le clinicien dans son bureau qu’avec chacun de celles et ceux qui les accueillent au quotidien dans les salons, les livings, les ateliers, les lieux de vie. Infirmières, secrétaires, assistantes sociales, animateurs, éducateurs, stagiaires ou psychiatres, chacun se plie au jeu du transfert et chacun en tire un enseignement, au cas par cas, pour chaque patient. Travailler à plusieurs, c’est partager la responsabilité de ce transfert, s’orienter ensemble à la boussole de l’inconscient en partageant et laissant circuler la parole.

Nous présenterons deux groupes thérapeutiques.
L’un recevant un public adulte inscrit depuis plusieurs années, modalité singulière d’un dispositif ayant nécessité un pas de côté théorique présenté par Fabrice Bourlez, psychologue.
L’autre groupe accueillant des adolescents dont l’impossible inscription dans le groupe a été à l’origine d’une réflexion sur la pertinence de ce dispositif proposé à ces jeunes sujets. Jean-Claude Duponq, éducateur au sein de l’institution et Elise Fouilleul, psychologue nous feront part de leurs réflexions.

Deux ateliers très différents donc qui nous permettront de réfléchir sur la place de l’inconscient dans cette pratique ainsi que sur les différentes implications du transfert et du désir du praticien dans ce dispositif.

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- Mercredi 27 avril
L’apprentissage et l’autonomie sont les signifiants maîtres qui orientent le travail institutionnel à l’institut médico-éducatif où nous travaillons.
Une institution ordinaire, somme toute, puisque ce sont les objectifs que la société impose à tous les enfants quelles que soient les difficultés qu’ils éprouvent.
Le discours du maître moderne se réfère aux standards statistiques qui répondent par des certitudes en oubliant les particularités individuelles.
Nous constatons que ce qui se démontre par la science vaut pour tous, alors comment rencontrer un enfant particulier dans le cadre du tous pareil ?
Comment être attentif au langage singulier du sujet, à sa petite boiterie quand les discours découragent en dénonçant le « laisser faire » des uns ou en épinglant l’« exclusivité » d’une orientation chez les autres ?
Une pratique à plusieurs, orientée par la psychanalyse, peut-elle défendre une autre voie, une autre pratique comme le soutient Alfredo Zenoni ? C’est ainsi que l’équipe de notre IME va rendre compte de son travail lors de cette soirée du 27 avril.

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- Mercredi 22 juin, soirée supplémentaire
Le thème de notre séminaire a rencontré le désir de collègues souhaitant partager avec nous leur expérience professionnelle, à savoir leur rencontre avec des parlêtres dont le corps lâche. C’est avec plaisir et grand intérêt que nous les accueillerons pour une soirée supplémentaire le Mercredi 22 juin à 21h
Stéphanie Depauw, psychologue à l’unité mobile en soins palliatifs à Dieppe
Camille Legrand, psychologue stagiaire dans le service de pneumologie de Bois-Guillaume
Pauline Verny, psychologue dans le service de pneumologie à Charles Nicolle
Cathy Théry, médecin dans le service de pneumologie Charles Nicolle

Elles viendront nous faire part d’une pratique à plusieurs au sein d’un univers particulier où le réel surgit pour chaque sujet de façon singulière et met chacune de ces professionnelles au travail, pas sans le recours à la psychanalyse d’orientation lacanienne.

Si habituellement, on dit que la demande adressée aux psychologues, aux équipes ne peut émerger que lorsque le sujet a quelque chose à exprimer, généralement une plainte, la situation est ici particulière. Les sujets dont ces équipes vont nous parler sont souvent en-deçà de la plainte, en-deçà même de l’appel.

Un des paradoxes à l’hôpital c’est que la demande ne vient pas toujours directement du patient, or ne dit-on pas que le travail ne peut commencer que lorsqu’une demande peut émerger ; eh bien nous verrons qu’il y a un travail possible avant même que cette demande ne puisse se faire. En faisant une offre de parole à un sujet qui n’exprime pas une demande mais avance avec une plainte comme la douleur, le professionnel lui permet par cet acte d’entendre qu’il a quelque chose à dire de ce qui lui arrive, Sonia Chiriaco l’avait très justement dit à Becquerel et dans son livre ; Le désir foudroyé. Sortir du traumatisme par la psychanalyse.

Nos collègues vont le déployer mercredi 22 juin.

Nathalie Hervé-Diop

Voir l’après-coup de cette soirée ci-dessous

Effet Retour sur…

...la soirée du 8 décembre 2015

La soirée du séminaire « Corps, psychanalyse et institutions » du 8 décembre 2015 dernier a été l’occasion pour nous d’entendre les précieux témoignages de Nathalie Herbulot et Corinne Jean, enseignantes spécialisées, venues nous parler de leur pratique dans le cadre scolaire.

« RASED, PIS, PAP, PPRE, PRE, ZIL, PAI… l’Education Nationale regorge de sigles qui laissent les personnels interdits lorsqu’il s’agit d’en faire usage . »
En effet, depuis la loi de 2005 visant à « l’inclusion » des enfants en difficulté en milieu scolaire « ordinaire », le système scolaire propose tout un arsenal de protocoles pour ces enfants.

Oui mais voilà, à trop vouloir faire s’adapter l’enfant « non ordinaire », la « machine administrative » amène parfois à des décisions brutales et incohérentes, conduisant à des impasses, mettant à mal enseignants, enfants, et familles.

La question est posée concernant un enfant : « L’échec et l’apparition de crises, outre la souffrance psychique, ne peuvent-ils être provoqués, aussi, par la volonté des institutions d’adapter coûte que coûte l’enfant à celles-ci ? » (Nathalie Herbulot)

Les Auxiliaires de Vie Scolaire (malgré l’insuffisante formation dont ils bénéficient, ou la limitation arbitraire à deux ans de mission auprès d’un enfant) tiennent une place précieuse pour l’articulation des besoins de l’enfant et les exigences liées à la vie scolaire. De « belles rencontres » adviennent, permettant à l’enfant de tenir, en classe, avec les autres.

Nathalie et Corinne, elles, témoignent d’une pratique, soutenue par la psychanalyse, toute en finesse, dans leur écoute et leurs inventions. Elles s’appliquent à prendre le temps de porter attention aux symptômes de l’enfant, à l’insupportable qui le fait vaciller, à ses trouvailles, tout en travaillant à soutenir le corps enseignant, ouvrant la possibilité d’un décalage du regard porté sur l’enfant.

Ce fut une belle soirée d’échange autour de l’effort de création d’un espace de travail à plusieurs, promouvant la singularité, interstice tentant de résister au discours massifiant, écrasant les différences.

Christelle Pollefoort

Après la soirée du 27 janvier 2016...

A l’hôpital, la rencontre entre patient et soignants a lieu autour du corps qui souffre. Les savoir-faire, les techniques, les technologies sont mobilisés pour que ce corps soit pris en charge, qu’il soit « sous contrôle ».

Sophie Guiller nous a fait partager son « sentiment d’étrangeté » lors de son arrivée en service de chirurgie pédiatrique : confrontée à des pathologies parfois très lourdes et engageant le pronostic vital, ne maîtrisant pas le langage des équipes médicales, comment trouver sa place de psychologue ? C’est d’abord en accueillant la parole des soignants lors de réunions de transmissions que Sophie Guiller a fait valoir sa légitimité. Plus tard, elle a su se saisir d’un conflit au sein de l’équipe prenant en charge des bébés présentant des pieds bots : l’impossible rencontre entre chirurgien orthopédiste et auxiliaires puéricultrices s’est ainsi transformée en projet d’accueil bienveillant pour les bébés et leurs familles mais aussi respectueux de tous les soignants.

Avec délicatesse, par une présence discrète, continue, Sophie Guiller approche la langue de l’Autre et peut ainsi creuser une place pour un autre discours tenant compte de la dimension subjective.

Mais même à l’hôpital, il arrive que la douleur échappe à la volonté de maîtrise et de contrôle, qu’elle résiste et laisse les médecins face à des impasses. Comme l’a rappelé le Dr. Delmon, ce sont ces échecs, ces points d’impasse qui ont conduit, dans les années 90, le Dr Boureau à créer des structures spécialisées dans la prise en charge de la douleur et à les doter d’outils spécifiques facilitant une prise en charge pluridisciplinaire. Le Dr Delmon, attentif à la complexité des situations, a tenu à souligner que toute douleur devait être entendue, y compris celle dont on ignore la cause après que toutes les investigations médicales ont été menées. Il a choisi de considérer la douleur comme un symptôme, de s’interroger sur ce qu’elle représente pour le sujet.

Notons que ce sont plutôt les médecins anesthésistes dont la spécificité professionnelle est de faire en sorte que le corps ne sente rien, qu’il se taise qui vont finalement ouvrir une brèche quant au tout médical en œuvrant au sein de ces unités.

Les deux vignettes cliniques rédigées par Sophie Guiller et Gwenaëlle Leclère ont illustré le propos du Dr Delmon :

Sophie Guiller nous a parlé d’Arnaud, un adolescent « béquillé », que la douleur avait contraint à ne plus fréquenter le collège. Le travail avec la psychologue a permis à ce jeune homme de se déprendre d’un discours maternel qui l’empêchait de marcher, d’avancer.

Gwenaëlle Leclère nous a ensuite présenté le cas d’Anne, une jeune adolescente prise dans un discours maternel ravageant, un contexte familial insecure associé à une problématique de gémellité. Chez elle, les mots de la douleur sont inquiétants : elle a peur que ses tendons craquent et que ça casse... La reconnaissance de la plainte par l’équipe, sa non disqualification alors même qu’il n’existait aucun élément médical, ont permis l’engagement d’un travail au long cours avec Gwenaëlle Leclère, en lien avec la maison de l’adolescence.

Dans le contexte actuel de médicalisation à outrance, la démarche de ces équipes prenant en charge la douleur nous a rassurés et réjouis : oui, il existe encore, au sein même de l’hôpital, des lieux d’accueil du sujet, des lieux où l’on s’interroge avant de prescrire, des lieux où le travail à plusieurs se fait dans le respect de chacun et dans l’intérêt du patient.

Nathalie Herbulot

Après la soirée du 23 mars 2016...

Mercredi 23 mars, les professionnels de l’hôpital de jour d’une institution de santé mentale ont témoigné de leur expérience auprès d’adolescents et d’adultes en souffrance. De leur place de psychologue, d’éducateur spécialisé, de pédopsychiatre et d’infirmier, ils nous ont fait part de ce qui les mettait au travail, ce qui les questionnait dans l’approche particulière du groupe.

Une question a émergé lors de cette soirée : Peut-on faire groupe à l’adolescence ? Elise Fouilleul et Jean Claude Duponq travaillent avec cet outil depuis quatre ans au sein de l’unité « adolescents » de l’hôpital de jour. Cette unité accueille des jeunes en souffrance et en rupture sociale. C’est dans ce cadre, que le groupe tente d’exister. Un groupe qui s’oriente du désir des sujets adolescents et des intervenants. Cependant à l’adolescence convoquer le désir n’est-ce pas une impasse ? Face au désir des intervenants de faire groupe apparaît la bande adolescente. Une bande dont la parole n’est pas le médiateur privilégié et où les relations imaginaires sont omniprésentes. Au fur et à mesure des trouvailles des intervenants, ce lieu d’accueil continue à exister mais leur désir est mis à mal. Laurent Dupont, mardi 22 mars, évoquait cette difficulté dans la rencontre avec l’adolescent : « Le sujet adolescent est parlé par l’Autre et de cela il faut l’extraire1 ». Mais parfois le sujet n’a rien à dire. Le travail de l’analyste est alors de créer les conditions pour l’émergence d’une parole du sujet de l’adolescent, tel que nous l’a présenté Laurent Dupont. C’est ce qu’Elise et Jean Claude tentent de mettre au travail.

Fabrice Bourlez est venu témoigner de son expérience d’un groupe qui fonctionne depuis 15 ans. Les liens établis entre les différents membres de ce groupe d’adultes les soutiennent face à leurs difficultés au quotidien. Devant ces experts de la psychiatrie - les patients- Fabrice Bourlez fait le choix de se laisser enseigner. Il prend une position d’humilité essayant de respecter l’imaginaire en jeu dans ce groupe tout en accueillant le réel auquel chacun des participants se cogne et qui lui est propre. Pour orienter ce travail d’équilibriste, il fait le choix de la pratique à plusieurs tel que l’a défini Alfredo Zenoni dans son ouvrage L’autre pratique clinique2. Le groupe devient alors un lieu pacifiant où les enjeux transférentiels peuvent se faire avec l’ensemble des intervenants tout en favorisant la parole de l’intime.

Chacun de ces professionnels est venu témoigner qu’il est possible d’être orienté par la psychanalyse lacanienne dans l’exercice du groupe. Le désir, le sujet et le réel restent omniprésents dans leur réflexion malgré les enjeux groupaux.

Thierry Tran, infirmier et artiste plasticien, nous a présenté un autre groupe – ce que l’on pourrait nommer un groupe à médiation. « Art-Maniak » est un atelier d’arts plastiques. Thierry Tran, à travers cet atelier, ne s’adresse pas au patient mais au peintre qui habite chacun d’eux. C’est un temps de rencontre entre artistes où le beau n’est pas la visée. Il écrit : « mon travail auprès des patients sera de proposer une manière d’attraper ce qui échappe qui est à l’insu de soi parfois, d’en permettre une mise en forme3 ». Ce temps de rencontre entre le sujet et l’art est aussi le temps du bien dire. Au-delà de la production, la parole est convoquée afin que l’art soit également échange de paroles sur la technique et que peut-être cela capitonne le plus intime dans la production. L’art pictural devient alors une manière de symboliser l’indicible.

A travers ces différents témoignages, c’est le désir qui est convoqué. Le désir des patients de participer à ses activités mais aussi le désir des intervenants de laisser une place à ce qui peut surgir et s’exprimer sans a priori.

Elodie Guignard


Notes :
1Laurent Dupont, « L’adolescence existe-t-elle ? », conférence du 22 mars 2016 à la MGEN.
2Alfredo Zenoni, L’autre pratique clinique : Psychanalyse et institution thérapeutique, édition Erès, 2009, réédition en 2014.
3Thierry Tran, « L’atelier d’arts plastiques du centre de santé mentale de Rouen » (texte de préparation de la soirée)


Après la soirée du 27 avril 2016...

La soirée du mercredi 27 avril nous a permis d’entendre les témoignages de 4 professionnelles d’un IME animées par le désir d’un travail à plusieurs auprès des enfants, au un par un, dans le respect de leurs particularités. Bien que cette pratique orientée par la psychanalyse provoque des effets apaisants sur les jeunes sujets et une amélioration de leur sociabilité, elle peut être considérée dans l’IME comme trop de « laisser faire » voire un certain « laxisme ». C’est plutôt « ce qui vaut pour tous » qui est avancé comme idéal par l’institution au nom du « bien » de l’enfant. Il s’agirait alors de s’appuyer sur des objectifs généraux comme « apprendre, être autonome, s’affirmer, se maîtriser » afin qu’ils puissent entrer dans la norme sociale.
Salima Sakho, psychologue à l’IME questionne : « Comment pourrait-on espérer domestiquer la jouissance à partir d’une position de savoir a priori sans se laisser enseigner par les moyens que le sujet a déjà élaborés pour la localiser dans un symptôme qui sert de support à son énonciation subjective ? » Le sujet psychotique résiste à cette domestication qui le place dans une situation insupportable. Chacune des éducatrices présentes à cette soirée, par leur engagement à soutenir ce qui apaise plutôt que ce qui ravive la souffrance, fait acte de résistance aux discours injonctifs prônant l’adaptation des jeunes à une norme sociale et éducative.
Ainsi Marjorie Conseil observe « tranquillement » Alexis. Elle essaie de comprendre ce qui se construit dans ses allers-retours entre le jardin et l’atelier, ses démontages de machines (tondeuse, aspirateur...), son attirance pour certains objets comme la brouette et la poubelle. Elle note qu’un consentement passager à la demande institutionnelle de l’éloigner du jardin par un atelier cuisine pour « apprendre » une recette est habilement détourné par ce jeune qui ne retient que la récolte du fruit nécessaire au jardin, avec un retour au remplissage et vidage de la poubelle roulante. Elle entend ce qui « réapparait toujours dans son discours » (un Autre malveillant) et pose un acte de résistance afin de le préserver d’un séjour d’été organisé « pour le bien de tous », puisqu’il n’a pas supporté celui de l’année précédente.
Claire Friant, interpellée par les manifestations du corps agité de Jérôme et son besoin de s’isoler, en répondant à ses demandes sans « le contraindre à participer aux activités comme l’ensemble du groupe » peut ainsi commencer à saisir ce qui le calme. L’angoisse du « comment allons-nous faire avec cet enfant ? » laisse ainsi la place à ce qui va pouvoir se construire avec lui à partir de ses désirs.
Catherine Leprevost, en nous parlant de Tom, enfant moins bruyant, « en retrait », décline une attitude professionnelle toute en nuances et douceur qui permet à ce jeune de s’épanouir et de révéler sa personnalité. Loin de la contrainte elle préfère repèrer ce qui « anime le visage » de Tom, se laisser intriguer par ses petits dessins qui seront l’accroche de conversations avec lui dans un cheminement précieusement attentif à ce qu’il cherche à dire. Elle entre en relation avec lui à son rythme et ce soutien aide à l’épanouissement de Tom qui maintenant est plus à l’aise dans son corps et dans ses relations avec ses camarades.
Ces témoignages ont montré que le discours qui tend à s’imposer dans la société et qui entre dans l’institution en prenant appui sur le chiffre et la norme pour « tirer les enfants vers le haut » avec l’idée du « bien pour tous » peut avoir des effets délétères. Au contraire, « se laisser guider par le jeune est un acte professionnel » qui permet une socialisation effective au sein des ateliers et un appui dans la recherche de leur orientation.

Après la soirée du 22 juin 2016...

Le désir décidé de collègues pour venir exposer leur expérience professionnelle en service hospitalier auprès de personnes affrontant le réel de maladies graves, nous a amené à tenir une séance supplémentaire du séminaire « Corps, Psychanalyse et Institutions ».

Pauline Verny, psychologue clinicienne, et Catherine Théry, médecin de la douleur, nous ont présenté à deux voix les effets positifs d’une pratique en binôme au sein du service de pneumologie du CHU, à partir du cas de Mme P. Cette femme, arrivée dans l’urgence pour être opérée d’une métastase cérébrale secondaire à un cancer pulmonaire, est vue par la psychologue trois mois après le début de sa maladie : elle ne demande rien, mais vit difficilement son séjour hospitalier, et interpelle les équipes par son retrait, parallèlement à son appui sur sa fille qu’elle sollicite pour répondre à sa place. De façon surprenante, ses plaintes portent sur des douleurs physiques anciennes liées à une pathologie rhumatismale chronique qui semble voiler, pour la patiente, sa maladie cancéreuse actuelle dont elle ne dit rien. S’est posée alors pour elle la question du rapport entre causalité psychique et causalité organique. Les entretiens en binôme ont permis que sa parole se libère, qu’elle verbalise son angoisse et qu’elle exprime ses nombreuses interrogations et fantasmes sur l’intervention qu’elle a subie. Chez cette femme dont la prise en charge pluridisciplinaire se poursuit, un élément déterminant – la naissance de sa petite-fille –, va marquer un remaniement radical de sa position subjective, avec l’apparition de son ouverture aux autres, de son investissement dans la gestion de ses traitements et consultations, et son acceptation d’une approche plus globale (sophrologie, massages…).

A partir de l’analyse du cas d’un patient rencontré en fin de vie lors de son stage de Master 2 en service de pneumologie, Camille Legrand s’est intéressée à vérifier la pertinence du modèle d’Elisabeth Kubler-Ross, psychiatre américaine. Ce modèle soutient la thèse qu’un travail de deuil est nécessaire pour les sujets en fin de vie, et postule l’existence universelle de 5 étapes (colère, déni, marchandage, dépression, acceptation) d’acceptation psychique de la mort à venir que les soignants et les familles doivent apprendre à reconnaitre dans l’accompagnement de la personne mourante. L’entretien clinique avec Monsieur R. n’a pas retrouvé les 5 étapes de ce modèle mais a mis à jour des mécanismes de défense tels que l’humour opérant contre l’angoisse de mort. Aussi, en conclusion, Camille Legrand s’interroge-t-elle sur la nécessité à « enjoindre en modèle, nos patients mourants à faire leur « deuil », dans une anticipation absurde de la mort qui n’est pas représentable ».

Stéphanie Depauw, exerçant en tant que psychologue clinicienne dans un service de soins palliatifs, a déplié avec finesse le cas d’un homme de 65 ans en fin de vie, très angoissé par la rapidité de son déclin physique associé à l’impuissance médicale à le traiter du fait même de son état dégradé. Se tenant au plus près de son énonciation, elle lui a permis de déposer auprès d’elle ce qui faisait sa souffrance. Elle a ainsi démontré les embrouilles de la demande et du désir de ce sujet mourant, se révélant éloignées de celles de l’équipe médicale/soignante aussi bien que de la famille. Son écoute attentive à la singularité du discours de ce patient a permis un apaisement et que se renoue pour lui la parole avec ses enfants.

Ces trois approches différentes de la personne hospitalisée ont tenté de saisir ce qu’il pouvait en être du désir, de la demande et du besoin d’un sujet malade, et témoigné de l’irréductible singularité de chacun.

Dominique Leveillé Nizerolle

Ce séminaire est organisé par Marie Izard-Delahaye et Nathalie Hervé-Diop.

Il aura lieu mardi 8 décembre 2015 et les mercredis 27 janvier, 16 mars. 23 mars, 27 avril et soirée supplémentaire le 22 juin 2016 à 21 h.

Maison de la psychanalyse en Normandie,
48 rue l’Abbé de l’Epée, à Rouen (76).
Consulter le plan d’accès ».

Renseignements :
Marie Izard Delahaye


ou
Nathalie Hervé Diop

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