Colloque - ACF-Normandie

Le corps dans tous ses éclats : Addict, violent, agité, hyper, trans, dys, ... Qu’en dit la psychanalyse ?

Samedi 20 juin – Sotteville-les-Rouen

Lundi 25 mai 2015, par MB // Rencontres d’hier


ATTENTION : Pour des raisons relatives aux engagements importants de notre invitée Marie-Hélène Brousse, le colloque de l’ACF-Normandie qui devait avoir lieu le 11 avril est reporté au samedi 20 juin.

Colloque de l’ACF- Normandie

Le corps dans tous ses éclats :

Addict, violent, agité, hyper, trans, dys, ...

Qu’en dit la psychanalyse ?


avec Marie-Hélène BROUSSE (*)


Nous sommes tous addicts. Tous accros : drogues, alcool, sport, tabac, poker, jeux en ligne, sites porno, ou boulot. A chacun son truc et à chacun son objet : télévision, téléphones, tablettes, journaux, réseaux,… Depuis Freud, la dépendance à l’objet réitère à l’envi un petit plaisir. Tous jouissant d’objets que Lacan a nommés « lathouses » : de plus en plus, nos corps sont pris dans une solitude masturbatoire où le branchement sur l’Autre, sur la parole n’existe que très peu.

La clinique rencontre des corps en crise : passages à l’acte, attaques de panique, anorexie, boulimie, violences dans les couples, dans les institutions, dans les écoles. Même les corps des enfants et des adolescents sont dits agités, hyperactifs, dyslexiques, dysorthographiques, dyspraxiques… A chaque fois, nos corps donnent à lire leur rapport à un Autre qui n’existe pas, ou qui jouit trop.

Et, depuis que les identifications sexuelles ne se règlent plus par le donné biologique de naissance mais par la science, relayée par le droit, à chacun le sexe de son choix.

Que nous apprennent les modes de jouir des corps contemporains ? Que signifie la répétition de cette jouissance Une du corps ? Devant des violences toujours plus exacerbées, devant des corps chirurgicalement modifiés quel type de réel s’agit-il d’attraper ? Comment le noeud corps-parole, que Lacan a écrit parlêtre, peut-il être aujourd’hui mis au travail dans une cure ? Symptômes, événements ou phénomènes de corps ? Il s’agira, au cas par cas, de comprendre comment fonctionne ce corps dans tous ces éclats.

Lorsque Jacques-Alain Miller relit Lacan, il définit le XXIe siècle comme celui de la montée au zénith de l’objet a. En quoi un tel objet affecte-t-il nos corps parlants ? Comment notre rapport à l’inconscient en est-il modifié ? Autant de manières de nous orienter vers la prochaine rencontre de l’Association Mondiale de Psychanalyse qui aura lieu en juin 2016 à Rio.

Si la psychanalyse soutient que le corps symbolique fait le corps de s’y incorporer, selon l’expression de Lacan, nous tenterons d’en approcher les modalités symptomatiques les plus actuelles.

(*) Marie-Hélène Brousse est psychanalyste, membre de l’École de la cause freudienne (ECF) et de l’Association mondiale de psychanalyse (AMP) ; elle est aussi rédactrice en chef de la revue La Cause du Désir.

Le programme

Samedi 20 juin

Accueil et café à partir de 9 h

« Fil rouge » tenu par notre invitée tout au long de la journée, Marie-Hélène Brousse

MATINEE

9h30-10h, Introduction
- Introduction et présentation de la revue La cause du désir n°89 « Corps de femme », Marie-Hélène Brousse, Marie-Claude Sureau
- Vignette clinique, Estelle Planson

10h-11 h30, première séquence « Addicts ! »
Président de séance : Serge Dziomba
- Présentation de la revue La cause du désir n°88 « L’expérience des addicts »

- Sandra Lebertre, « Michel »
- Henri Mazières, « Réflexions à partir d’un travail de supervision en CSPA »
- Elodie Vermont, « C’est la guerre »
- Claudia Castro, « Mme B ; Un corps, l’alcool et le cancer »

Pause

11h45-13h15, deuxième séquence « Les corps agités »
Présidente de séance, Laurence Morel

- Marie Izard Delahaye et Nathalie Herbulot, « Une mésalliance » - « Stupéfiant »
- Salima Diallo-Sakho et Catherine Lepresvot, « Toi et moi on est des chiamois »
- Lydie Lemercier-Gemptel, « Un corps pour s’abriter »

Déjeuner

APRES-MIDI

14h30-16H, première séquence de l’après midi : « Les dys … »
Présidente de séance, Zoé Verhamme

- Nadine Michel, « Dys sur dix »
- Céline Schoubert, « Léon, « On dit que je suis hyperactif ou que j’ai la maladie de l’idiot » ».

16h-17h30, deuxième séquence : « Corps imaginaires, corps de jouissance »
Présidente de séance, Marie-Hélène Doguet Dziomba

- Eric Blumel, « Un corps qui vous va à ravir »
- Marie Claude Sureau, « Problématique transsexuelle »
- Francine Giorno, « Du refus de la nourriture au refus du corps »

17h30 Clôture


Télécharger le programme et le plan d’accès :

Le numéro 88 de la revue La Cause du désir est consacré à L’expérience des addicts

 Samedi 11 avril 2015

Samedi 20 juin 2015 (journée)

Centre Hospitalier du Rouvray
4 rue Paul Eluard - 76300 Sotteville-les-Rouen
Consulter le plan d’accès »

Le programme sera communiqué en temps utile.

Entrée :
- 20 euros
- 10 euros pour les étudiants et demandeurs d’emploi
- 40 euros pour le formation permanente

Inscriptions :
Pour vous inscrire, commencez par remplir le bulletin d’inscription que vous trouverez tout en bas de la page. Merci d’envoyer ce bulletin accompagné du chèque du montant de l’inscription à l’ordre de ALACF Normandie à :
Nathalie HERVE-DIOP
28, L’Orée du Bois
76770 HOUPPEVILLE


Notez encore qu’il est possible de se restaurer sur place le midi en s’inscrivant à l’avance - prix du repas : 15 euros (cf. bulletin d’inscription tout en bas de la page). En effet la pause du midi sera courte et il n’y a pas de restaurant dans le quartier.

Renseignements :
Nathalie Hervé-Diop
06 75 29 14 95

Vers le Colloque

numéro 1

Eléments bibliographiques :

Le corps dans l’enseignement de J. LACAN

par Eric Guillot

Télécharger la bibliographie :

Vers le Colloque - n°1

Vers le Colloque

numéro 2

Le mystère du corps parlant

Notule sur « L’inconscient et le corps parlant », texte de Jacques-Alain Miller (La Cause du désir 88)

J.-A. Miller part d’un constat : l’expérience analytique change, elle a changé depuis Freud, et même depuis le « premier Lacan ». Il précise les coordonnées de ce constat : l’expérience analytique « doit prendre en compte un autre ordre symbolique et un autre réel que ceux sur lesquels elle s’est établie ». Il s’ensuit un effort à toujours accomplir pour l’analyste : « rester au plus près de l’expérience pour la dire », et pour cela « percer le mur du langage » de nos mots et nos schèmes anciens. J.-A. Miller propose pour nous y aider de prendre pour boussole la substitution par Lacan au mot freudien d’ « inconscient » du néologisme parlêtre. Le parlêtre est l’inconscient quand il est conceptualisé à partir de la parole et non plus à partir de la conscience : la parole décerne l’être par effet d’après-coup, et le corps se sépare de cet être, il passe au registre de l’avoir. Le parlêtre a affaire avec son corps en tant qu’imaginaire, comme il a affaire avec le symbolique. C’est là que se pose la question amenée par J.-A. Miller : « Qu’est-ce que le corps parlant ? ».

Le corps parlant est d’un autre registre que l’imaginaire – l’image au miroir, le jeu d’images par où l’idéal du moi s’articule au moi-idéal, l’image par laquelle le corps participe à l’économie de la jouissance, l’unité du corps qui donne le modèle illusoire du monde des « représentations » (signifié, sens et signification). Le corps parlant est « ce qui résulte de l’emprise du symbolique sur le corps », il est « mystère de l’union de la parole et du corps » qui ne peut être attrapé par le mathème, et qui, dans l’expérience analytique, est du registre du réel.

Le corps parlant permet de déplacer le concept de « symptôme ». Le symptôme en tant que formation de l’inconscient structuré comme un langage, est une métaphore, un effet de sens induit par la substitution d’un signifiant à un autre, rappelle J.-A. Miller. Le symptôme d’un parlêtre – sinthome –, lui, est un évènement de corps, une émergence de jouissance liée à un mode de la parole qui est un « dire ». Il ne s’agit pas d’oublier la structure du symptôme de l’inconscient, mais plutôt de considérer qu’elle vient nous donner « l’enveloppe formelle de l’évènement de corps ». La métaphore du symptôme, c’est-à-dire le refoulement, est une opération de chiffrage, elle travaille pour la jouissance qui affecte le corps. Tel est le « ravaudage de pièces diverses d’époques différentes, empruntées à Freud et à Lacan » avec lequel J.-A. Miller nous propose d’avancer dans le « serrage » de la psychanalyse du XXIe siècle.

Le corps parlant est divisé quant à sa jouissance, il n’est pas unitaire – comme l’imaginaire le fait croire. Il a deux jouissances : la jouissance de la parole et la jouissance du corps. La jouissance de la parole mène à la sublimation, aux grands idéaux du Bien, du Vrai et du Beau, à ce que Lacan a nommé « l’escabeau ». La jouissance de la parole « se déporte hors corps » - J.-A. Miller note que Lacan l’a identifiée à la jouissance phallique en tant qu’elle est dysharmonique au corps. « Un organe de ce corps se distingue de jouir pour lui-même, il condense et isole une jouissance à part qui se répartit sur les objets a ». La jouissance du corps, elle, soutient le sinthome – le corps jouit de lui-même, il s’affecte de jouissance, il se jouit. La jouissance phallique s’en sépare dans la castration.
Le concept de corps parlant est à la jointure du ça et de l’inconscient : les chaînes signifiantes que nous déchiffrons sont branchées sur le corps et sont faites de « substance jouissante ». « C’est sur le corps que sont prélevés les objets a ; c’est dans le corps qu’est puisée la jouissance pour laquelle travaille l’inconscient. » J.-A. Miller souligne que le corps parlant, à la différence des pulsions freudiennes, n’est pas une fiction. A l’instar du langage qui devient pour Lacan une « élucubration de savoir » sur lalangue du corps parlant, l’inconscient est lui-même une élucubration de savoir sur le corps parlant, une « articulation de semblants se déprenant d’un réel et à la fois l’enserrant. » La psychanalyse montre que tout n’est pas semblant, il y a un réel et le réel de l’inconscient, c’est le corps parlant. Il s’agirait de s’en faire le dupe, c’est-à-dire « de monter un discours où les semblants coincent un réel, un réel auquel croire sans y adhérer, un réel qui n’a pas de sens, indifférent au sens, et qui ne peut être autre que ce qu’il est » [à suivre…]

Marie-Hélène Doguet-Dziomba


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Vers le Colloque - n°2

Vers le Colloque

numéro 6

Du nouveau sur l’adage « l’anatomie, c’est le destin » ?

Retour de cet adage au XXIe siècle
Cet adage de Napoléon « l’anatomie, c’est le destin » ferait-il retour en notre XXIe siècle ?
- Oui si l’on entend la pente contemporaine qui « corporise » tant et plus. Exemples ? Retour avec force de la pornographie, congélation des gamètes pour cause économique, chirurgie excessive pour recouvrir l’enveloppe-peau lisse sans traces des blessures de la vie, scientisme qui réduit à une cause génétique ou cérébrale un phénomène humain propre au rapport à la parole (pour l’autisme, la schizophrénie, les dys… des troubles du langage, etc.),etc.
- Oui pour qui veut forclore le sujet, ou rester dupe de l’inconscient, en prétendant faire l’économie d’une prise en main de cette dignité du sujet parlant de vouloir savoir ce qu’il en est de ce qui lui arrive dans l’existence, dans ce qui s’impose à lui dans le malentendu de son malêtre, identifiable par sa posture humaine de « parlêtre » et par la division des jouissances en jouissance de la parole et jouissance du corps.

Si le sujet prend cela en considération, ose le pari en quelques détours par la psychanalyse, il lui deviendra possible d’espérer dénouer, déjouer son mal-être, par des tentatives de significantisation ou imaginarisation de ce qui lui arrive, et en définitive, ne pas être dupe du réel qui joue de lui, si je puis dire.

Osons remettre sur le métier cet adage qui aurait pu paraître désuet, vieillot, « l’anatomie c’est le destin ».

Pour accéder à la suite de l’article, ses illustrations cliniques et ses références, merci de télécharger le numéro 6 de Vers le Colloque

Maryse Lecardonnel


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Vers le Colloque - n°6

Vers le Colloque

numéro 7

Corps contemporains : vers une clinique post-humaine ?

Dans un ouvrage récent (The posthuman, Cambridge, Polity Press, 2013), Rosi Braidotti, philosophe féministe, lectrice de Nietzsche et de Foucault, se réjouit d’un changement de paradigme dans notre appréhension du monde. Nous sommes en train de passer à la ‘post-humanité’. Par ce terme, elle pointe l’abandon de la centralité de la figure de l’Homme comme étalon référence. Fin de la « subjectivité rationnelle, consciente, éthiquement auto-régulée » ayant pour corrélat une altérité spéculaire négative. A écouter la philosophe, depuis au moins le siècle des Lumières, l’Humain serait en mesure de stigmatiser « des autres » comme autant de figures de la différence (raciale, sexuelle, culturelle). A l’heure de l’universalité des droits l’Homme, force est de constater que certains d’entre nous sont plus humains que d’autres et certaines vies s’avèrent plus mortelles que d’autres. Les autres (femmes, noires, handicapés, trans, homosexuels…) peuvent alors être perçus comme autant de victimes de l’Homme.

A l’aube du XXIè siècle, plutôt que de déplorer la chute des idéaux universels de l’humanisme et le manque conséquent de repères structurant pour les sujets, le passage de nos corps à la post-humanité se doit d’entrainer, selon Braidotti, des mouvements de pensée encore inédits. De manière plus clinique que critique, il s’agit de faire avec les mutations qui nous façonnent et les innombrables questions éthiques qui en découlent. En effet, de façon chirurgicale et pharmaceutique, moyennant des coûts et des enjeux commerciaux, des dispositifs machiniques s’emparent progressivement de nos corps pour réduire notre chair à une pure et simple peau. La plasticité et la malléabilité du corps semblent alors infinies.

Chez Braidotti, un vitalisme transversal, à mi-chemin entre le plus biologique et le plus artificiel, substitue donc les représentations classiques du sujet pour appréhender la constitution mouvante et plurielle de nos subjectivités. Enthousiaste, la philosophe estime que les nouvelles modalités de vivre le corps implique un renouveau théorique en mesure de ne pas répéter les erreurs des représentations humanistes du monde dont l’histoire du XXè siècle nous a largement montré les effets dévastateurs.

Dans quelle mesure ce passage à la post-humanité affecte-t-il le sujet de la psychanalyse ? Nos corps – toujours davantage pris en charge par les techno-sciences, la pharmacologie, la cyberculture, les infinis réseaux sociaux, – n’en finissent plus de se muscler, de se gonfler, de se découper, de se filmer, de se connecter, de se regarder bref, de jouir. Toujours plus souples, plus minces, plus proches, plus performants, les écrans, les ondes, les données et les technologies s’emparent de notre chair, s’y enfoncent même parfois.
Dès lors, les pulsions des sujets que nous entendons seraient-elles post-humaines ? Pour Lacan, « Il n’y a pas de science de l’homme, parce que l’homme de la science n’existe pas, mais seulement son sujet » (Lacan J., Ecrits, Paris, Seuil, 1961, p. 339).

Reste donc à envisager dans quelle mesure les hybridations mises en avant par le post-humanisme laissent la place à une démarche en prise avec les manifestations de l’inconscient. Le post-humain, en effaçant la trace du visage de l’Homme sur le sable, ne balaie pas d’un revers de main le moteur de la psychanalyse mais insiste bien plutôt sur la façon dont les éclats du corps se font entendre aujourd’hui. Penser la radicalité de la vie, dans ce qu’elle a à la fois de plus physique et de plus technologique, nécessite aussi de la penser dans ce qu’elle a de plus réel : la souffrance de chaque sujet, le point d’impossible à dire, qui s’inscrit, au cas par cas, dans chaque corps parlant. Saisir les enjeux de la post-humanité permet donc de préciser et de cerner l’éthique de la clinique psychanalytique telle que nous la faisons, la pensons et la restituons aujourd’hui.

Fabrice Bourlez


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Vers le Colloque - n°7

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