Projection-débat du film de Mariana Otero

À ciel ouvert

Ven. 7, samedi 15 et dimanche 16 février – Rouen

Samedi 1er février 2014, par BB // ACF 2013-14 : les archives


À CIEL OUVERT est un voyage dans un lieu hors du commun qui nous permet de comprendre la vision du monde d’enfants psychiquement et socialement en difficulté.

Synopsis

Alysson observe son corps avec méfiance.
Evanne s’étourdit jusqu’à la chute.
Amina ne parvient pas à faire sortir les mots de sa bouche.

À la frontière franco-belge, existe un lieu hors du commun qui prend en charge ces enfants psychiquement et socialement en difficulté. Jour après jour, les adultes essaient de comprendre l’énigme que représente chacun d’eux et inventent, au cas par cas, sans jamais rien leur imposer, des solutions qui les aideront à vivre apaisés. Au fil de leurs histoires, À ciel ouvert nous ouvre à leur vision singulière du monde. 

Extraits du dossier de presse : Mariana OTERO

« Le territoire de ce que l’on nomme « la folie » m’a toujours intriguée, fascinée, voire effrayée, et en même temps j’ai toujours pensé confusément que l’on pouvait y comprendre quelque chose et, même plus, que la folie avait quelque chose à nous apprendre. Après Entre nos mains, j’ai voulu me confronter à cette altérité contre laquelle la pensée rationnelle semble devoir buter.

Je me suis alors rendue dans de nombreux foyers et institutions pour « handicapés mentaux ». Au cours de ces longs repérages, j’ai découvert à la frontière franco-belge, un Institut Médico-Pédagogique pour enfants quasi unique en son genre en Europe, le Courtil.

L’idée inaugurale de cette institution est que les enfants en souffrance psychique ne sont pas des handicapés à qui il manquerait quelque chose pour être comme les autres. Au contraire, au Courtil, chaque enfant est avant tout considéré par les intervenants comme une énigme, un sujet qui possède une structure mentale singulière, c’est-à-dire une manière originale de se percevoir, de penser le monde et le rapport à l’autre. Les intervenants, en abandonnant tout a priori et tout savoir préétabli, essaient de comprendre la singularité de chaque enfant afin de l’aider à inventer sa propre solution, celle qui pourra lui permettre de trouver sa place dans le monde et d’y vivre apaisé.

J’ai donc rencontré là une manière extraordinaire de penser et de vivre avec la folie, et une institution qui met au cœur de son travail le sujet et sa singularité.

Plus généralement, j’y ai trouvé une manière d’approcher l’autre qui m’a intimement touchée et qui, je l’espère, traverse le film de bout en bout : quel qu’il soit, l’autre doit avant tout être regardé comme un mystère à nul autre pareil. »

Articles de presse :
- Le Monde
- Télérama
- Libération
- Politis
- La Croix

Vendredi 7 février 2014, 20 h à Rouen

La projection est organisée par le Centre Inter-disciplinaire sur l’ENfant (CIEN) et l’ACF-Normandie.
Elle sera suivie d’un débat, en présence de la réalisatrice Mariana Otéro et de Sophie Simon, de l’Institution Le Courtil.

Deux séances supplémentaires Samedi 15 et dimanche 16 février, 10h45 à Rouen

Cinéma L’Omnia
28, rue de la République
76000 Rouen
Consulter le plan d’accès

Entrée 5,50 euros.

Après la séance...
Une interview de Sophie Simon par Marie-Claude Sureau, Déléguée de l’ACF-Normandie

Sophie Simon est venue à Rouen le vendredi 7 février pour présenter avec Mariana Otero le film qui a été tourné au Courtil ; nous lui avons posé quelques questions après sa venue à Rouen :

Marie-Claude Sureau : Après la projection du film et les questions auxquelles vous avez répondu à Rouen y a t-il des choses que vous souhaiteriez préciser ou redire ici ?

Sophie Simon : Oui, je voudrais dire encore à quel point le film À ciel ouvert m’a touchée en ceci que s’y organise un regard tout à fait singulier sur ce qui fait la souffrance et le parcours de chaque enfant dont il y est question, regard qui a à voir avec l’éthique de notre travail de cliniciens au Courtil, avec l’éthique de la psychanalyse.

Marie-Claude Sureau : Votre parcours professionnel peut intéresser de jeunes professionnels ; pourriez-vous nous en dire quelque chose ?

Sophie Simon : Mon parcours clinique a véritablement commencé lorsque j’étais étudiante en deuxième année de psychologie à Rennes. J’ai eu la chance de découvrir alors qu’il existait dans la ville une association de parents qui avaient monté eux-mêmes, en partenariat avec une ADMR, un service de loisirs pour leurs enfants autistes, pour qui ils n’avaient pas trouvé l’équivalent ailleurs. S’y côtoyaient, dans le travail d’accueil de ces jeunes le temps de week-ends et de vacances, des étudiants, des éducateurs, des psychologues, qui élaboraient ensemble un accompagnement. J’y ai rencontré des cliniciens s’orientant de la psychanalyse et très vite, cette orientation de travail s’est pour moi incarnée, concrétisée : quelle surprise de constater que l’on pouvait considérer les symptômes comme autant de tentatives de défense contre un réel envahissant et douloureux !, qu’il ne s’agissait donc pas de rabrouer, mais plutôt de composer avec ! De fil en aiguille, ce qui n’était alors qu’un vague intérêt intellectuel pour la psychologie et la psychanalyse a muté en véritable rencontre. Rencontre avec un discours qui allait être décisif dans mon engagement à poursuivre des études dont je ne savais trop que faire jusqu’alors ! Je me suis mise à lire des textes du champ analytique pour en savoir plus, je suis tombée sur la revue que le Courtil publiait à l’époque, Les Feuillets du Courtil. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça m’a passionnée et intriguée, mais m’en tenir à ces articles ne me suffisait pas : j’ai voulu faire l’expérience du travail dans cette institution par le biais d’un stage... Et puis une fois mon stage et mes études terminés, j’ai eu la chance d’y obtenir un poste d’intervenante dans un groupe de jeunes adultes. Aujourd’hui, j’y suis toujours intervenante tout en occupant un poste de responsable thérapeutique dans un autre groupe.

Marie-Claude Sureau : Comment la psychanalyse intervient-elle dans votre pratique ?

Sophie Simon : Elle intervient dans le quotidien de la pratique, c’est cela que j’ai trouvé très vite formidable au Courtil : on y considère que les moments a priori les plus banals de la vie quotidienne (les repas, le lever, le coucher, les activités, l’école, etc.), qui sont aussi parfois les plus cliniquement délicats pour les sujets psychotiques que nous accueillons (en ce qu’ils convoquent leur rapport éprouvant à leur corps, à leurs objets, au temps, à l’espace, etc.) sont les plus belles aubaines pour cueillir le plus précieux de la clinique. Ainsi, tout le monde est convoqué sur le terrain de cette vie quotidienne : « psychologues », « éducateurs », peu importe, ces étiquettes sautent car nous sommes tous des intervenants de la clinique du quotidien.

Marie-Claude Sureau : On vous voit dans ce film, qu’est-ce que le tournage de ce film a occasionné pour vous ? Quels sont les retours sur votre pratique ?

Sophie Simon : Eh bien disons que je n’ai fait que très brièvement l’expérience de la caméra, comparé à mes collègues du groupe dans lequel a été tourné le film. Je n’ai donc pas grand chose à en dire, si ce n’est que c’est évidemment un peu étrange et perturbant ! Disons que comme l’expérience a été brève, je n’ai eu que très peu de temps pour me familiariser avec ce regard... En revanche, je trouve mes collègues très courageux d’avoir composé avec cet œil dans leur travail durant quelques mois !

Marie-Claude Sureau : Nous aimerions aussi avoir des nouvelles des jeunes que nous avons vu dans le film, comment vont-ils ? Et que repérez-vous des effets de ce tournage sur eux ?

Sophie Simon : Je peux vous donner des nouvelles de Jean-Hugues, avec qui je travaille depuis maintenant un an et demi. Ce film semble avoir constitué un événement important dans sa vie et a permis, il me semble, de marquer d’une pierre blanche un moment important de son parcours : le passage d’un groupe d’enfants à un groupe de jeunes adultes. Autrement dit, cela a fait date pour ce jeune homme pour qui le temps peut constituer une sorte de présent éternel, comme le précise Alexandre Stevens dans le film. Et puis son apparition dans le film lui a donné l’idée et le goût de la pratique théâtrale : il participe en effet aujourd’hui chaque semaine à un atelier théâtre de l’institution, animé par un metteur en scène professionnel accompagné d’intervenants du Courtil. Jean-Hugues se plaît à y travailler des exercices qui impliquent le nouage de la gestuelle du corps avec le bruitage d’émotions. C’est intéressant cet usage de l’atelier, lui qui fait plutôt montre de peu d’expressions véritablement incarnées des affects…

Marie-Claude Sureau : Voilà des indications précieuses sur la façon dont le transfert de travail peut fonctionner, relancer le désir, nous n’avons pas encore en Normandie de lieux tels que ceux que décrits par Sophie Simon, heureusement Geppetto existe mais il reste encore à créer des lieux pour une écoute au quotidien des enfants en grande souffrance psychique, qu’ils soient dits autistes ou psychotiques.

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