47es Journées de l’ECF

Apprendre, désir ou dressage

Samedi 25 et dimanche 26 novembre 2017 -Paris

Mercredi 21 juin 2017, par MB // Rencontres


Les 47es Journées de l’ECF auront lieu les 25 et 26 novembre 2017 au Palais des Congrès à Paris sur le thème :

APPRENDRE, DÉSIR ou DRESSAGE


Apprendre, désir ou dressage : à l’ère du tout cognitif, tout pourrait-il s’apprendre, du champ amoureux à la formation tout au long de la vie ? Comment entre-t-on dans l’apprentissage ? Qu’est-ce qui bloque ? Et qu’en dit la psychanalyse ?

Pour explorer ce thème, le samedi 25 novembre des praticiens en cabinet ou en institution témoigneront des façons singulières dont le sujet s’inscrit ou pas dans l’éducable. Le dimanche 26, des artistes, des intellectuels et écrivains viendront débattre avec des psychanalystes et transmettre ce qui pour eux se lie, s’oppose ou s’entremêle du désir et du dressage dans l’expérience de l’apprentissage.

L’argument :

Bousculées par la remise en cause des valeurs traditionnelles et déboussolées par la chute des idéaux et repères censés tracer le sillon de vies raisonnablement orientées, nos sociétés répondent au désarroi du siècle par une explosion du tout éducatif et l’injonction quotidienne d’un véritable apprendre dans chacun des domaines de nos vies.

Apprendre à faire son deuil, à vivre avec son diabète ou sa schizophrénie, en repérant les signes précurseurs d’une crise. Gérer ses émotions, son stress. Apprendre à maîtriser son comportement tout aussi bien que son image via un tutoriel Youtube : dans tous les domaines, on pourrait apprendre la conduite adaptée, c’est même devenu un véritable enjeu sanitaire et politique. Et si la sphère publique étend à ce point ses ramifications, n’est-ce pas aussi que les multiples visages de la connaissance comme de la formation sont profondément imbriquées à des questions économiques de maîtrise des coûts et budgets ? Car le savoir aussi est devenu un bien et une marchandise qui permettrait une vie dans les normes, au mépris du « Tu peux savoir » le plus intime de chacun.

Tous apprentis ?

Ce savoir, amputé des signifiants primordiaux, de figures tutélaires ou de l’expérience qui lui donnent sa légitimité, s’offre désormais sans demander à celui qui apprend une adhésion autre que son assimilation même. Protocoles et recommandations en tous genres se multiplient, souvent pas très éloignés de techniques de dressage. Dans le champ cognitif et développemental, on stimule le sujet pour l’amener à accéder à des schémas préalablement établis par l’Autre, en passant par des stades auxquels il est censé parvenir. Même dans le champ amoureux, en un clic vous pourrez bénéficier des conseils d’un coach pour apprendre à aborder une fille, ou à séduire en se soumettant aux différentes « étapes » du couple.

Pourtant, là où les êtres humains font institution, en couple, en famille, à l’école, et au-delà, loin de toute maîtrise, de projet, de recommandation des bonnes pratiques comme des bonnes conduites, c’est bien le malentendu, le ratage, la résistance, quand ce n’est pas l’opposition violente qui se font entendre entre les murs de nos classes, de nos hôpitaux, partout où se vérifie l’impossible, de structure, qui consiste à transmettre, élever, éduquer, soigner et surtout aimer.

À l’école du manque

Comment, dès lors, provoquer la rencontre avec un savoir nécessairement intime, comment accompagner le mouvement vers le chiffrage d’une question subjective, comment susciter le désir, qu’il s’agisse de lire, écrire, compter, tout aussi bien que vivre, travailler, ou se lier ?

Pour saisir comment c’est l’être parlant qui toujours décide ce qu’il s’agit d’apprendre. Pour apprendre des choses qu’il ne sait pas, selon la formule d’Ernesto, dans La pluie d’été de Marguerite Duras.

Pour la psychanalyse, on n’incorpore rien qu’au prix de se délester de quelque chose, soit la satisfaction que le sujet pouvait tirer de son fantasme. L’apprentissage serait alors moins le résultat d’un savoir à-prendre dans l’Autre, que le fruit d’un renoncement coûteux, le coût de sa jouissance, le coût de ce qu’il faut perdre pour en connaître un bout.

Au-delà de (s)’enseigner, de (s)’éduquer, ne s’agirait-il pas plutôt de viser un savoir qui vaut beau-coût, du fait que le sujet doit payer de sa personne, avec son corps, pour avoir chance d’en apercevoir quelque chose ? Une analyse peut y conduire, mais pas seulement. Car pour certains sujets, le savoir se construit sans l’Autre, s’invente comme solution à la déprise subjective. Ici comme là, nulle autre récompense n’est obtenue que son affirmation dans un style de vie et la possibilité, peut-être, de s’apprendre.

Fabian Fajnwaks et Virginie Leblanc

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