Une projection-débat organisée par Arts-Connexion

Œdipe Roi

Vendredi 4 mars – Mont-Saint-Aignan

Lundi 15 février 2016, par MB // Lire, Ecouter, Voir
















ARTS-connexion, séminaire de l’Association Cause Freudienne en Normandie

vous invite à la projection de

Œdipe Roi

un film de Pier Paolo Pasolini


Œdipe et son célèbre complexe constituent sans doute l’une des balises les plus célèbres de la psychanalyse. L’histoire est connue : le petit d’hommes rêve de coucher avec sa mère et de tuer son père.

Mais qu’en est-il lorsque le mythe est entonné par le sulfureux poète et cinéaste homosexuel Pier Paolo Pasolini ?

En adaptant de manière quasi-autobiographique la tragédie de Sophocle, le réalisateur nous offre une version de l’œuvre en mesure d’enseigner la psychanalyse dans ce qu’elle a de plus contemporain, à savoir que l’Oedipe « il faut s’en passer pour pouvoir s’en servir ».

Cette projection sera suivie d’un débat avec la participation de Fabrice Bourlez, psychologue, membre de l’ACF Normandie, auteur de l’essai Pulsions pasoliniennes publié en 2015 aux Editions Franciscopolis.

Ensemble, nous interrogerons l’actualité des images pasoliniennes et la portée des concepts psychanalytiques que convoque ce film de 1967.

Dans l’après-coup de la Soirée Arts-connexion :

Œdipe roi de Pasolini

« Tout théâtre représente en un sens ce qui est impossible à représenter »
François Regnault, Le spectateur1


Le 4 mars dernier s’est déroulée avec succès la troisième soirée psychanalyse et cinéma d’ARTS-Connexion au cinéma Ariel de Mont Saint-Aignan. Un public nombreux et attentif est venu découvrir, ou re-découvrir ŒDIPE ROI, un film éblouissant de Pier Paolo Pasolini, adaptation à la fois autobiographique et stylisée de la tragédie antique de Sophocle. Notre invité, Fabrice Bourlez, philosophe et psychologue, auteur d’un ouvrage intitulé Pulsions pasoliniennes2 paru en 2015, est venu nous faire partager sa passion et son enthousiasme pour cet artiste hors-normes.

Ensemble nous avons interrogé la portée de ce film étrange et magnifique, tant par son traitement singulier, poétique et baroque du mythe lui-même, que par les questions toujours actuelles qu’il soulève : l’Œdipe moderne ressemblerait-il à cet homme courant, hurlant, transpirant sous un soleil brûlant face à la caméra, fuyant le savoir, véritable jouet aux mains de ses pulsions, bataillant sans fin contre un réel sans loi ? Pasolini mêle fabuleux et réalisme, quête du sacré et fouille des pulsions, se référant au fond à la plus étrange des références : l’Ailleurs absolu des rêves. Il déplace le mythe dans un lieu a-temporel, a-historique, universel et pourtant nous montre le plus intime des passions humaines.

Sophocle dans sa tragédie nous montre son Œdipe « acharné à sa propre perte, dit Lacan, par son obstination à résoudre une énigme, à vouloir la vérité. Tout le monde essaie de le retenir, en particulier Jocaste, qui lui dit à chaque instant – en voilà assez, on en sait assez. Seulement il veut savoir, et finit par savoir3 ». Dans le film de Pasolini, Œdipe bouscule le Sphinx et le tue sans chercher à résoudre l’énigme, « je ne veux pas savoir, je ne veux pas te voir, je ne veux pas t’entendre » crie-t-il. Œdipe est ici campé dans des attitudes puériles - il triche, se mord la main tel un enfant devant la perte, la séparation- et adopte des postures frondeuses, de défi face à l’autorité avec des décharges pulsionnelles soudaines comme en témoigne le meurtre de Laïos et de ses gardes, moments entrecoupés de longues fuites dans le désert. Œdipe, ludique, halluciné, sensuel, terrifié par ses propres désirs, se comporte de façon imprévisible comme face à une histoire aux enjeux mortels qui, malgré son refus de savoir, le rattrape inexorablement, une vie, un destin qu’il comprend douloureusement dans de fulgurants moments de lucidité, de cruauté aussi, ainsi progressivement délogé de l’innocence de la fusion maternelle. Œdipe semble ici davantage porté par l’action que par la pensée se distinguant ainsi de celui de Sophocle. Sa route n’est pas la grande ligne droite mais elle faite de zigzags, de chicanes, d’arrêts et de reprises dans cette enquête à l’aveugle sur sa propre identité. Ces choix si particuliers signent l’adaptation pasolinienne, lui donnent sa spécificité charnelle, quasi érotique.

Le complexe d’Œdipe, en tant que corrélat de la loi du Père, écrit Fabrice Bourlez dans Pulsions Pasoliniennes a longtemps été une machine à construire du sujet selon les trois catégories de diagnostiques freudiennes, névrose, psychose et perversion déterminant ainsi trois types de vision, trois types de rattachement au langage et au monde4. Alors pour Pasolini, comment s’y repérer ? Quelles incidences sur sa vision du monde, sur son œuvre cinématographique ? Sans doute la dimension autobiographique du film nous permet-elle de comprendre la version du père qui organise le monde pasolinien.

En effet, le premier mouvement de ce film, un prologue muet, présente quelques épisodes de la petite enfance de Pier Paolo Pasolini dans les années 20 : le père, jeune officier jaloux de l’amour que sa femme porte à leur fils, serre un soir les pieds de l’enfant jusqu’à le faire pleurer5. Puis dans un Maroc hors du temps, la légende d’Œdipe est ensuite relatée, « l’énorme songe du mythe » jusqu’à la dernière partie, où Œdipe qui s’est crevé les yeux, accompagné du messager du royaume traversent Bologne, en 1967, avant de revenir dans le pré initial du prologue : « La vie s’arrête où elle commence ». Si le personnage de la mère a une grande place dans le parcours pasolinien, la lutte contre le père, lui, semble tracer la destinée de son Œdipe. D’ailleurs, la haine du père s’inscrit dans le corps, « les pieds enflés », mais elle vient aussi s’inscrire dans la matière même de son œuvre. Elle insiste dans son écriture romanesque et cinématographique. Chez Pasolini l’aveuglement œdipien passe d’abord par celui de sa caméra et, dans sa littérature, du récit. C’est par cette attention ambivalente au père qu’il se trace un nom de poète.

Le public, après cette soirée riche en échanges tant autour de l’œuvre, que du parcours hors-norme de ce poète, a pu très vite nous faire part de son désir de poursuivre cette lecture partagée des tragédies pasoliniennes grâce à l’éclairage de Fabrice Bourlez. Nous pouvons déjà annoncer qu’une prochaine soirée sera organisée au cinéma Ariel à Mont-Saint-Aignan, le vendredi 3 juin, pour une projection-débat du film Médée avec la présence de Fabrice Bourlez qui a accepté notre invitation.

Lydie Lemercier, Claire Pigeon



Notes :
1François Regnault, Le spectateur, Paris, BEBA /Nanterre/Amandier/TNC, p 103.
2Fabrice Bourlez, Pulsions Pasoliniennes, Les Presses du réel, Franciscopolis Editions, 2015.
3Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Seuil, p 317.
4Fabrice Bourlez, Pulsions Pasoliniennes, Les Presses du réel, Franciscopolis Editions, 2015, p.95
5Fabienne Vontrat, « Œdipe-Roi de Sophocle à Pasolini », sur le site Mots d’analyse : la psychanalyse encore

Vendredi 4 mars, 20 h – Mont-Saint-Aignan (76)

Cinéma Ariel
Place Colbert
76 Mont-St-Aignan
02 35 70 97 97
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Entrée : 6 euros.

Renseignements :
Claire Pigeon

Lydie Lemercier Gemptel

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