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Publié le mardi 6 février 2024

Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! – Février 2024

Le bulletin Uforca numéro 58




L’objet (in)animé


La psychanalyse introduit un rapport du sujet à son Autre qui en passe, entre autres, par un certain rapport à l’ objet . Cela implique que le sujet ne soit jamais en adéquation avec l’environnement et avec lui même. Des débats ont eu lieu , aussi bien concernant la place de l’objet que son statut, l’une de l’autre solidaires.

En 1957, Lacan ouvre un Séminaire qu’il nomme, non sans malice, La Relation d’objet. C’est une réponse à un ouvrage du même titre de Maurice Bouvet. Lacan ne reprend cependant pas favorablement les thèses de son ancien collègue à la Société psychanalytique de Paris, qui estime, somme toute, qu’une cure vise à ce que le sujet retrouve le bon objet. Lacan prend le contre-pied et parle de relation au manque d’objet. La subtilité est de taille, puisqu’elle le conduit à nouer le statut de l’objet au manque : castration, frustration et privation entrent alors en scène en fonction des trois registres.

Si l’objet a tant d’affinité avec le manque, c’est parce qu’il est, selon la thèse freudienne, toujours déjà perdu : « pour l’homme […] trouver l’objet est, et n’est jamais que, la suite d’une tendance où il s’agit d’un objet perdu, d’un objet à retrouver1 » Il y a là une « discordance » objectale, selon le terme de Lacan : un objet sur fond de perte de l’objet. Cela induit la dynamique du désir, véritable ossature de l’être parlant dans son rapport à l’Autre. Le manque en jeu prend sa valeur d’être éprouvé par un sujet cette perte, voire cette séparation, est la raison de sa division et donc également celle de l’Autre.

L’’intérêt du débat moderne, et peut être même tout l’écart entre l’orientation lacanienne et les autres discours, repose sur l’accent porté par la psychanalyse à l’articulation du sujet à l’objet, en tant que cette articulation n’est pas de l’objet, mais du sujet. Or, l’objectivité promue par certains discours ne fait que réduire le sujet à l’état d’objet. Il en résulte une conséquence, dont la psychanalyse souligne l’écueil : le sujet s’en trouve forclos. Pourtant, c’est bien ce dernier qui permet de mesurer et la connotation et la coloration de l’objet. C’est pourquoi le psychanalyste parie sur l’articulation qu’en fait le sujet2, et ce qu’il en dit, les mots qui entourent et accompagnent.

Le psychanalyste mesure ainsi combien le sujet joue sa partie dans son rapport à l’objet : confrontation à son manque fondamental séparation avec une part de soi , de son qui est tout aussi bien de l’Autre , du corps de l’Autre ce que Lacan nomme « sépartition3 » tentative de récupération sous la forme d’un plus de jouir aussi espéré qu’encombrant, voire angoissant. Cette articulation à l’objet, le fantasme en rend compte . Le poinçon de son mathème $ ◊ a ) signale bien l’ambivalence impossible de l’être parlant : d’un côté la division, de l’autre l’objectalité.

L’objet sur fond de manque anime le sujet et l’entraîne dans cette course dont le désir a le secret. Ce pendant, cet élan s’arrête net quand l’objet est là, trop là, quand le sujet croit avoir retrouvé ce qui comblerait sa béance fondamentale ; alors c’est l’angoisse comme indice que le « manque vient à manquer4 ». Cet objet peut aussi bien être l’autre , comme l’indique l’accointance initiale de l’objet et du semblable dans la théorie lacanienne. Au delà, il y a une certaine « coalescence » de l’objet avec le signifiant du manque dans l’Autre5, en tant que ces deux éléments, certes compatibles, restent néanmoins disjoints ; dans ce mouvement, il y a une place pour la subjectivité. Il y a un pari, une mise pour le sujet, qui n’est pas de l’ordre de la volonté , mais se mesure à ses choix inconscients . Ces choix scandent, entre cession et récupération de jouissance, ce qu’il faut bien nommer sa vie.

Romain Aubé

Notes :
1 Lacan J., Le Séminaire, livre IV, La Relation d’objet, texte établi par J.A. Miller, Paris, Seuil, 1994, p. 14.
2 Cf. ibid., 67
3 Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, texte établi par J.A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 273
4 Ibid., p.53.
5 Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 78

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SOMMAIRE :

TRAVAUX D’UFORCA

L’objet pulsionnel proche et lointain
Dalila Arpin, Antenne clinique de Quimper

L’objet et ses effets de commandement. Lire la suite

L’addiction : mode de jouir du capitalisme
Gustavo Freda, Antenne clinique de Reims

Une dépathologisation de l’addiction. Lire la suite

L’objet a et sa mise dans le pari de Pascal – De l’insupportable de la vie à l’acte
Danièle Olive, Section clinique de Rennes

L’objet et la palpitation de la vie. Lire la suite


LIRE L’EPOQUE AVEC LACAN

LACAN SENS DESSUS DESSOUS

La bêtise du signifiant
Michèle Elbaz s’entretient avec Martine Versel

Il faut en passer par des bêtises pour que l’association libre opère dans une cure. Lire la suite

LES CONCEPTS FONDAMENTAUX DE LA PSYCHANALYSE... ET LES AUTRES

L’objet, son lien avec l’angoisse
Frédérique Bouvet

En psychanalyse l’objet est toujours déjà perdu, s’il ne l’était pas, ce serait la chose.
Lire la suite


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