Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! Le bulletin Uforca

Numéro 20 – décembre 2016

Mardi 27 décembre 2016, par MB // IRONIK !, le bulletin Uforca


Jean-Michel Basquiat, Philistines, 1982







Quand le paradis est un enfer !



La jouissance est toujours scandaleuse. Elle conduit à battre en brèche toute idée d’harmonie et de mélodie du bonheur. Dérangement du corps, satisfaction opaque, complémentaire de personne, elle objecte au sens et laisse l’Autre troué du mot de la fin.

Aujourd’hui chacun veut jouir comme il l’entend et cela n’est pas sans effet pour le sujet, qui finit par rencontrer l’angoisse d’être seul et le désordre de la civilisation. La religion apparaît comme réponse possible au malaise. Son triomphe s’explique : elle porte au sujet déboussolé un discours pourvoyeur de sens. La science n’est pas en reste quand, à se faire religion, elle se fixe l’horizon plus ou moins proche d’un savoir clos.

Dans les remparts du religieux, on peut se sentir quelques-uns et se tenir les mains ! La religion exhorte le sujet à aimer son prochain ! À l’aimer bien sûr, au point où… il lui ressemble ! Elle conduit donc à plus ou moins de ségrégation ou de violence, car souvent le prochain tient bon sur son mode de jouissance et échappe au bien qu’on lui veut…

L’addiction est une autre voie. Là le sujet, laissé tout seul par l’Autre qui n’existe pas, veut sentir dans son corps Sa présence. Transporté, il s’immole dans son coin. Mais le paradis a l’odeur du soufre et l’isolement celui de l’enfermement. Le sujet est prisonnier dans sa propre chapelle, avec la jouissance qui l’agite, autistique et hors sens.

Quand cela est possible, la rencontre avec un Autre suffisamment troué et accueillant produira une brèche salvatrice dans ces murs solides.

À moins que ce trou, la religion ne le recouvre avant !

Ironikement vôtre !

Marie Laurent

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Le billet du cartel

Nous sommes dans une époque où prime le Un tout seul, le droit de chacun à sa jouissance propre, le chacun son « mode de jouir ». L’addiction, dans notre monde, se situe comme paradigme de la logique de ce Un tout seul et son corollaire la jouissance du corps propre. L’addiction est devenue « un mode de vie », « un mode d’être », un « modèle général de la vie quotidienne au XXIe siècle ».

Ce que Rodolphe Adam, Jean-Pierre Deffieux, Philippe La Sagna et Daniel Roy, enseignants de la Section Clinique de Bordeaux, soulignent, chacun par un abord propre, c’est la dimension autoérotique de l’addiction. Jacques-Alain Miller, dans un article du Point de 2013, nous indique que, là où l’on pensait, aidés par les constructions sociales et imaginaires, que l’auto-érotisme se résorbait dans l’union avec un partenaire, l’on peut dire maintenant « le rapport sexuel n’existe pas ». Or, pour le sujet, l’addiction peut être un moyen d’éviter de se confronter à cette absence de rapport sexuel mais cela ne peut être qu’au prix de sa solitude.

La psychanalyse propose de dépasser l’absence de douleur qui semble caractériser la logique du sujet addict. Elle offre de soutenir une alternative à la jouissance itérative, exclusive, solitaire, auto-érotique, par la remise en jeu de la parole et de la jouissance qui y est afférente. Cette jouissance de la parole nécessite, pour le sujet addict, qu’il fasse un détour, qui n’est pas toujours aisé, par l’Autre, s’affronte, quand il en est question, à l’angoisse de castration et supporte l’inconstance du désir face au confort apparent mais mortifère de la répétition. Envisager la jouissance autistique et itérative comme réponse nécessaire (addiction) ou parfois vitale comme dans l’autisme ou la mélancolie, c’est dépasser le « noyau commun comportemental »1 qui abrase les spécificités pour en extraire une logique singulière qui puisse faire lien social. C’est une orientation éthique qui ne peut pas renoncer face au populisme sanitaire liberticide ambiant dont nous avons eu le triste témoignage ces derniers temps et qu’il faut se préparer à combattre « encore ».

Josselin Schaeffer

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Sommaire :

TRAVAUX D’UFORCA

Love addiction
Philippe La Sagna, section clinique de Bordeaux

Dans « Contributions à la psychologie de la vie amoureuse », Freud remarque que l’homme est fidèle à son toxique, à son vin, par exemple. L’objet toxique a une certaine fixité, c’est un objet difficilement substituable, tout comme l’objet d’amour, même si celui-ci est déjà un substitut. Dans la théorie freudienne classique, il est par exemple substitut de l’objet maternel. Cette fixité de l’objet dans l’addiction et dans l’amour contraste avec la supposée mobilité de l’objet du désir, en particulier chez l’homme.

Freud, très tôt, avait perçu que ce qui guide le sujet n’est pas la recherche du bonheur – on pourrait dire aussi bien de la jouissance – mais l’interruption de la douleur... Lire la suite »

Humeur et addictions
Jean-Pierre Deffieux, section clinique de Bordeaux

J’ai cherché dans l’œuvre de Freud des références, des propos sur l’addiction. Il y en a, peu, çà et là, disséminés et assez discrets sur la question. Mais cela vaut la peine d’y regarder de plus près... Lire la suite »

La mode, une fashion addiction
Daniel Roy, section clinique de Bordeaux

Le point d’interrogation de ce titre indique que la thèse ici proposée est plutôt que la mode fonctionne comme un dispositif contre-addictif – même si, dans certains cas, on peut dire que la mode fait le support de phénomènes addictifs de basse intensité... Lire la suite »

Psychanalyse, addictions, addictologie : tour d’horizon
Rodolphe Adam, section clinique de Nantes

De l’alcool, des drogues, des jeux d’argent, des jeux vidéo, du sexe, des sujets font le choix de venir parler, pour dire quelque chose de ce choix perdu dans leur rapport à cet objet qui est devenu non plus simplement possible mais nécessaire, obligé... Lire la suite »


NOS LANCEURS D’ALERTE


Smart-web
Toxicoweb

Martine Versel

À quelle fréquence, vos proches se plaignent-ils du temps que vous passez en ligne ? À quelle fréquence regardez-vous vos courriels avant de faire d’autres tâches pressantes ? À quelle fréquence avez-vous pensé que la vie sans internet serait ennuyeuse, vide et sans joie ?... Lire la suite »

L’amour est une marguerite
« L’amour, c’est Aphrodite qui frappe à la porte »

Pénélope Fay

L’appétit amoureux de certaines héroïnes de la littérature crée la tension qui fait l’intrigue de ces chefs-d’œuvre que sont – pour ne citer qu’eux – Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig ou Jane Eyre de Charlotte Brontë... Lire la suite »

DES NOUVELLES DU BLOG : La cause de l’autisme

Michèle Harroch

Dans un élan formidable, d’une amplitude inédite, psychanalystes, psychologues, médecins, personnels soignants, travailleurs sociaux, analysants, citoyens éclairés, ont fait entendre leur voix. L’ECF a recueilli en moins d’une semaine plusieurs milliers de signatures pour défendre la prise en charge psychanalytique des sujets autistes.

La proposition de loi déposée par le député Fasquelle n’a pas été retenue. La détermination à défendre les valeurs de notre démocratie, de ses droits, de ses libertés fondamentales a eu raison de ses détracteurs.

Néanmoins, au plan national ‒ mais également au niveau européen, notamment en Belgique ‒ et au-delà de la pratique de la psychanalyse, au-delà de l’accès aux soins, l’enjeu essentiel pour chacun reste celui de la libre parole, comme celle du libre choix.

Le blog La cause de l’autisme reste consultable et actif.

Ses rubriques vous tiendront informés :
‒ des prises de positions et des actions menées
‒ des modalités d’accueil et d’accompagnement des sujets autistes
‒ des différentes manifestations, conférences qui auront ou ont eu lieu près de chez vous
‒ de l’actualité littéraire, artistique ou cinématographiques intéressant la cause de l’autisme.

Lecteurs d’Ironik !, vous avez été nombreux à manifester votre soutien à la Cause de l’autisme, votre attachement à la cause analytique. L’Histoire de l’humanité n’a pas manqué de le rappeler, ce qui s’est passé hier peut se reproduire. Aujourd’hui, ne pas céder sur son désir, c’est aussi continuer à se mobiliser. Qui sait demain, peut-être...

Pour accéder au blog La cause de l’autisme »

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