Accueil > ANTENNE CLINIQUE > IRONIK !, le bulletin Uforca > IRONIK ! – novembre 2019

Recherche

Par activités


Publié le dimanche 17 novembre 2019

Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! – novembre 2019

Le bulletin Uforca numéro 37


Vincent Van Gogh, La vigne rouge, 1888 (détail)


Du symptôme et de l’amour

La psychanalyse est, depuis son origine, une histoire de symptôme et d’amour. Si Freud a pu contribuer à élever à la dignité du symptôme ce qui était à l’époque perçu comme des anomalies du système nerveux, c’est bien par la grâce de l’amour de transfert. Cependant, ce que ces deux termes recouvrent va muter profondément au cours de l’enseignement de Lacan, l’amour se révélant toujours plus dans sa dimension de semblant, tandis que le symptôme en viendra à être situé comme étant le partenaire fondamental du sujet1. Les incidences sur le transfert et la position de l’analyste en sont majeures. Bien que la psychanalyse, jusqu’à preuve du contraire, continue à se pratiquer en couple2, les partenaires y sont « deux plus a », sachant que « Ce deux plus a, au point du a, se réduit, non pas aux deux autres, mais à un Un plus a3 » – ce qui renvoie à la formule du symptôme. Si chacun s’avère finalement être « marié avec son symptôme4 », et que la fin de l’analyse vise le fait « d’aimer son symptôme comme on aime son image, et même de l’aimer à la place de son image5 », alors une analyse ne peut que permettre d’apprendre à aimer ce qui était autrefois insupportable. Du côté du lien au partenaire amoureux, cela ouvre à un nouveau nouage entre le symptôme et l’amour, qui suppose « la perception, chez le partenaire, du symptôme qu’il a élaboré du fait du non-rapport sexuel6 ». Un savoir-y-faire avec le partenaire-symptôme, ne serait-ce pas une dernière version de l’amour pour Lacan ?

Alice Delarue

Note :
1 Cf. Miller J.-A., « La théorie du partenaire », Quarto, n° 77, juillet 2002, p. 6.
2 Cf. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Le tout dernier Lacan », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 15 novembre 2006, inédit.
3 Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 47.
4 Miller J.-A., « La théorie du partenaire », op. cit., p. 28.
5 Ibid., p. 31.
6 Ibid., p. 13.

Accéder directement à IRONIK ! n°37 et son contenu


Le billet du cartel



On peut lire ce dernier numéro d’Ironik ! comme un promeneur parcourant un chemin sinueux de montagnes. Pulsion et symptôme, drôles de mots. En partant de Freud et d’une lecture attentive de son article « Le trouble psychogène de la vision dans la conception psychanalytique », Guillaume Miant nous ébauche la genèse des constructions freudiennes autour du symptôme et du dualisme pulsionnel. D’avoir souligné la nécessité énergétique des processus inconscients et l’autonomie du fonctionnement de l’inconscient par rapport au conscient, Freud en viendra, dans la pulsion, à repérer un nouage du corps et du langage à travers les représentations, et voir dans le symptôme un reste de l’opération de refoulement qui n’est pas sans apporte une satisfaction.

Mais Freud n’en reste pas là. Dans son article « De la psychothérapie » (entendez psychanalyse), il donne les grandes lignes de ce que pourrait être une éthique de l’analyste. Alexandra Macowiak qui nous en donne un commentaire dense tout en s’appuyant sur d’autres articles de Freud, rappelle en quoi la fureur de guérir le patient ne le rend pas plus apte à l’existence. Injecter du sens ne lève pas le symptôme mais court-circuite ce qu’il en est de la satisfaction du symptôme. Le passage obligé du transfert qui, par son actualité, montre là où ça ne se dit pas, permet l’émergence d’un dire sans enjoliver ni édulcorer. Éthique d’une pratique. Lacan rappellera dans le Séminaire XXIV que l’analyste n’est pas tant responsable de son savoir que de son savoir-faire :
« Connaître son symptôme veut dire savoir-faire avec, le manipuler, le débrouiller1 ».

Déjà, dans un commentaire d’une cure de Ruth Lebovici, Lacan distinguait la relation d’objet avec la relation au manque d’objet. La réduction de l’imaginaire devait s’opérer par le symbolique et non pas par un retour de la réalité. Cécile Péoc’h souligne que la position du père est recouverte par l’image d’une mère envahissante que Madame Lebovici interprète dans le transfert, ce qui n’est pas sans produire un reste à la fin de la cure où il n’est pas sûr que le patient s’en débrouille. Philippe Lienhard nous fait faire un pas de plus à partir d’un commentaire de la « Note sur l’enfant ». Le ratage des soins ouvre l’enfant à la loi du désir, avec un oui au désir premier avant l’interdit. Devant la mère, il est pris dans un certain rapport d’objet dans son fantasme à elle. S’il est symptôme du couple parental, c’est le cas le plus complexe nous dit Lacan. Il devra être délogé de cette position phallicisée, passer par le vide de cette référence pour devoir s’interroger de sa propre jouissance, d’un enfant symptôme à un enfant sujet traitant son propre symptôme. Ponctuons ce parcours par le texte de Dalila Arpin. Après avoir déplié toutes les émergences de l’objet dans sa propre cure, particulièrement au niveau de la coupure, elle nous témoigne d’un savoir-faire nouveau avec son symptôme, détaché de son excès de jouissance. Ce n’est pas sans avoir fait avec nous un détour éclairant dans ses lectures lacaniennes sur la voix comme objet privilégié. Un appel à une lecture approfondie.

Jean-Pierre Galloy

Note :
1 Lacan J., Le Séminaire, livre XXIV, L’insu que sait de l’Une-bévue s’aile à mourre, leçon du 17 novembre 1976, inédit.

Accéder directement à IRONIK ! n°37 et son contenu


Sommaire :

TRAVAUX D’UFORCA


Connaître son symptôme
Dalila Arpin, Invité Antenne clinique de Dijon

« Connaître [son symptôme] veut dire savoir faire avec […] savoir le débrouiller, le manipuler ». Je me suis appuyée sur cette phrase du Séminaire de Lacan « L’insu-que-sait… ». Mais comment comprendre cette phrase ? Comme l’explique Éric Laurent, « c’est ainsi que Lacan inclut à la fois les pratiques érotiques du maniement des corps et la débrouille, autre nom de l’embrouille, par laquelle on prélève les objets a sur le corps de l’autre » . On peut entendre ici la façon singulière à quelqu’un de se débrouiller avec l’objet pulsionnel. Lire la suite

Commentaire de la « Note sur l’enfant »
Philippe Lienhard, Section clinique de Nice

Dans ce texte de 1969, Lacan part d’un constat, l’échec des utopies communautaires, afin de souligner qu’il y a un irréductible dans la transmission d’une génération à une autre chez les êtres humains. La question pour les parents n’est donc pas seulement d’assurer les besoins de l’enfant, de le nourrir, il y a lieu de transmettre cette dimension purement humaine qui s’appelle le désir, désir qui pour Lacan est la métonymie du manque… Lire la suite

L’utilité du symptôme. Une lecture du texte « de la psychothérapie » de Freud
Alexandra Makowiak, Collège clinique de Montpellier

« De la psychothérapie » a été publié dans La Technique psychanalytique, aux côtés d’autres textes auxquels je me réfèrerai aussi. Liquidons d’emblée l’ambiguïté pour nous de ce mot de « psychothérapie », qui désigne bien autre chose pour Freud, dans ce texte de 1904, que ce que nous y mettons aujourd’hui. Il désigne même l’inverse, puisque c’est le mot qu’emploie Freud pour désigner la psychanalyse dans sa spécificité, en insistant sur le sens de la « thérapie » qui lui est propre… Lire la suite

La formation du symptôme. Sur « Le trouble psychogène de la vision dans la conception psychanalytique »
Guillaume Miant, Antenne clinique d’Angers

Dans le texte intitulé « Le trouble psychogène de la vision dans la conception psychanalytique », Freud utilise l’exemple de la cécité hystérique pour actualiser les découvertes théoriques issues de la pratique de la psychanalyse, en particulier celles relatives à la formation des symptômes et au dualisme des pulsions, et pour préciser l’originalité de la psychanalyse par rapport aux autres conceptualisations. On peut définir le trouble psychogène de la vision comme une perte de la vue causée par des motifs d’ordre psychique, sans atteinte organique… Lire la suite

Perversion sexuelle transitoire au cours d’un traitement psychanalytique
Cécile Peoc’h, Section clinique de Rennes

En 1956, Ruth Lebovici publie un travail analytique effectué sous le contrôle de Maurice Bouvet, promoteur en France de la relation d’objet. Pendant cette cure d’une durée de cinq ans apparaît une pratique voyeuriste à laquelle rien ne prédisposait le patient. Lacan prononce le début du Séminaire, La Relation d’objet cette même année, il commente le travail de Lebovici, « C’est ainsi que la situation analytique se trouve conçue comme une situation réelle, où s’accomplit une opération de réduction de l’imaginaire au réel. » Lire la suite


NOS LANCEURS D’ALERTE


SANS PRE-JUGER
Où droit et clinique se mêlent
Catherine Vacher-Vitasse

Depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, le CCNE a émis deux avis venant étayer la réflexion pour la révision des lois de Bioéthique, promise pour le deuxième semestre 2019. L’avis 126 rendu public le 27 juin 2017 a lancé le débat. Trois thèmes majeurs y sont développés : la conservation ovocytaire chez les femmes jeunes, les demandes d’AMP par des couples de femmes ou des femmes seules, les demandes sociétales de gestation pour autrui… Lire la suite

ÉCHOS DES LIVRES
Vivre avec « ça »
Dominique Grimbert

Jean-Claude Grumberg est né à Paris le 26 juillet 1939. Il est dramaturge, scénariste et écrivain français. Fils de déporté, petit-fils de déporté, il a appris à vivre avec « ça ». « Ça », c’est le nom que sa mère donnait à la Shoah, quand il était encore innommable ce réel. « On vit sans comprendre, sans connaître » nous explique-t-il lors de l’émission littéraire La Grande Librairie. Après « ça », avant « ça » disait sa mère… Lire la suite


Accéder directement à IRONIK ! n°37 et son contenu

Revenir à IRONIK ! ou à l’Antenne clinique.
Revenir à l’Accueil du site » ou à la rubrique Lire, écouter, voir ».
Accéder directement à l’Agenda ».