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Publié le jeudi 9 mai 2019

49es Journées de l’ECF

Femmes en psychanalyse

Samedi 16 et dimanche 17 novembre 2019 – Paris



Les 49e Journées de l’Ecole de la Cause freudienne se tiendront les 16 et 17 novembre à Paris.
Elles sont placées sous la direction de Gil Caroz avec Caroline Leduc et Omaïra Meseguer, co-directrices.



Femmes en psychanalyse


Incomparables

Analystes, analysantes, protagonistes des récits d’analysants… En psychanalyse, il y a des femmes ! Car elles ont une affinité particulière avec cette science de l’amour, de la sexualité, du désir et de la jouissance. La féminité est ce vers quoi s’oriente une analyse pour celui qui cherche comment bien dire la jouissance qui l’encombre. Freud, le premier à avoir pris en considération les vérités des femmes hystériques, constatait que le « refus de la féminité1 » était le point de butée d’une analyse, autre nom du « roc d’origine » de la castration. Ce roc est le dernier bastion qui résiste aux effets de la cure.

S’avançant au plus près du mur qui enferme l’homme dans la logique phallique, Freud a voulu tendre l’oreille vers l’autre côté, vers le continent noir2. Sauf que, derrière ce mur, aucune essence de La femme ne se saisit. C’est ce que Lacan a ramassé en une formule : La femme n’existe pas. Formule qui a fait scandale, mais qui révèle ce lieu vide de sens et d’essence, résistant aux énoncés universels – « elles sont toutes… ceci ou cela ». Les femmes ne sont pas « toutes ». Plus précisément, chacune est pas-toute, version unique et incomparable qui vient se loger à la place vide de La femme. Elles s’additionnent en une série ouverte d’éléments singuliers qui tend vers l’infini. Si la question Que veut une femme ? est restée intacte pour Freud, c’est parce qu’il n’existe aucune réponse concernant le désir d’une femme qui puisse être vraie pour chaque-une.

Indicible, éprouvée

Déplaçant la question du désir vers la jouissance, Lacan nous invite à aborder la féminité au-delà de la limite phallique. La jouissance féminine s’éprouve à l’occasion, dit-il, mais elle est impossible à dire3. À forcer son dire, à dire la femme, on la diffâme4. Il avait pourtant adressé aux femmes analystes une demande explicite de dire quelque chose de cet indicible qui s’éprouve, car il misait sur un bien-dire sans lequel la psychanalyse n’a aucune raison d’être. Si la jouissance féminine ne peut se dire, de son expérience éprouvée comme événement de corps, on peut témoigner.

Cette jouissance supplémentaire est ce qui, chez une femme, n’est pas réellement concerné par la menace de castration5, ce qui la marque d’une infinitude. Une femme peut chercher refuge du côté de l’avoir phallique pour border l’illimité de cette jouissance et se vêtir des oripeaux du propriétaire. Toutefois, elle peut rencontrer un partenaire amoureux qui incarne un relais et la rend « Autre pour elle- même, comme elle l’est pour lui6 ». S’ouvrira alors pour elle un amour infini adressé non pas à un objet d’amour, mais à une altérité absolue par rapport à cet objet. De cet Autre au-delà du partenaire, une femme attendra ce qu’il n’a pas, une parole ou un signe, donnant à cet amour une teinte érotomaniaque. Car l’érotisme féminin ne va pas sans amour. Bien des péripéties de l’amour féminin peuvent se lire à partir de l’adresse à cet Autre que Lacan appelle l’amant châtré7. Pour une femme, un homme peut être la cause d’un ravage, d’une affliction, d’une jouissance sans entrave : sacrifice et don absolu, identification à l’objet rien, plongeon dans l’abîme de l’attente éternelle, rage et vengeance illimitées jusqu’à faire trou dans le tout-homme.

Fascinations, misogynies

Côté homme, c’est d’être éprouvée sans pouvoir se dire que la jouissance féminine devient hantise : la femme est considérée comme un mystère captivant et le rapport au féminin peut se décliner en de multiples visages allant de la fascination à la haine. Le petit garçon, marqué par la découverte que sa mère est une femme, cherche à réduire cette jouissance infinie aux contours de l’objet fétiche. Il peut devenir le maladroit qui s’imagine « que d’en avoir deux [femmes] la fait toute8 », le fondamentaliste imposant aux femmes de se cacher, l’Hamlet prédestiné au passage à l’acte, le sourd qui entend dans la demande d’amour le signe d’une frigidité, le sot traduisant l’indicible et l’inconsistance en masochisme, égarement ou caprice.

Notre monde se féminise toujours davantage mais il se masculinise tout autant, comme l’atteste la montée au zénith de l’objet fétichiste et pornographique. Il arrive que la misogynie ordinaire passe à l’acte. La haine qui se déchaîne alors violemment contre les femmes peut être enflée par la volonté totalitaire de parvenir à plier au tout universel la résistance du pas-tout féminin. Aujourd’hui, les réponses des femmes ne se font plus attendre et l’illimité de la position féminine se traduit à l’occasion en puissance inédite d’action et de combat.

Arrangeantes

Le tout dernier enseignement de Lacan, tel que nous le transmet Jacques-Alain Miller, étend la singularité pas-toute de la jouissance féminine au parlêtre comme tel, c’est-à-dire à tous les corps parasités par le langage. La distinction entre le côté homme et le côté femme n’est pas effacée pour autant. Car si la jouissance féminine se trouve aussi côté mâle, « elle est cachée sous les rodomontades de la jouissance phallique9 ». A priori les hommes ont un accrochage plus rigide aux structures préétablies de l’Autre, tandis que les femmes se meuvent plus facilement dans le monde liquide de l’Autre qui n’existe pas. Ce rapport sans médiation à l’expérience de la jouissance dans ce qu’elle a de plus singulier les rend plus enclines et arrangeantes10 aux solutions sinthomatiques souples, improvisées et inventées, se passant du père si nécessaire. C’est en cela que les femmes en psychanalyse peuvent se montrer plus habiles à incarner une boussole dans le monde du futur que nous avons qualifié d’après l’Œdipe11.

Si les 49es Journées de l’École de la Cause freudienne visent un bien-dire concernant les femmes en psychanalyse, elles font aussi le pari de démontrer que la recherche psychanalytique sur la féminité offre une lecture pertinente du malaise dans la civilisation. Nous souhaitons qu’elles permettent l’extraction d’un savoir nouveau. Mais il faudra y être pour l’éprouver.

Gil Caroz, directeur des J49
Avec Caroline Leduc et Omaïra Meseguer, co-directrices


Notes :
1 Freud S., « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », Résultats, idées, problèmes, t. II, Paris, PUF, 1985, p. 266.
2 Cf. Freud S., La question de l’analyse profane, Paris, Gallimard, 1998, p. 75.
3 Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 69.
4 Cf. ibid., p. 79.
5 Cf. Lacan J., « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 733. 6. Ibid., p. 732.
6 Ibid., p. 732.
7 Cf. ibid., p. 733.
8 Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 469.
9 Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Être et l’Un », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 23 mars 2011, inédit.
10 Cf. Lacan J., « Télévision », Autres écrits, op. cit., p. 540.
11 Expression forgée par J.-A. Miller pour le titre du Congrès Pipol 6 « Après l’Œdipe, les femmes se conjuguent au futur ».


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Voici l’éditorial de la 1e newsletter :

Cerner l’indicible


Et voilà, c’est parti ! La News Letter du blog des J49 paraîtra hebdomadairement jusqu’au jour J. Dans les semaines qui viennent, vous découvrirez les textes de présentation des rubriques : Mon corps, Folies amoureuses, Liberté et solitude, Entre deux hommes, Érotisme féminin, Ravage et ravissement, Femme objet, L’Autre femme, Le vide et le rien, Refus du féminin, Madre donna, Intrigues-intrigantes, Pouvoir et puissance.

Chacune sera orientée par un responsable choisi sur mesure qui campera, à l’aune des concepts lacaniens, dans un style singulier, le thème qui lui a été confié. Treize au total. Autant de facettes du féminin, pas-toutes, dont on répète pourtant à l’envi qu’il a affaire avec l’indicible selon la formule consacrée de Lacan : La femme n’existe pas1. Entendez, il n’y a pas d’universel féminin. La femme n’existe pas ne signifie pas que le lieu de la femme n’existe pas, mais que ce lieu demeure essentiellement vide : « Que ce lieu reste vide n’empêche pas que l’on puisse y rencontrer quelque chose […] Nous appelons semblant ce qui a fonction de voiler le rien. […] nous appelons femmes ces sujets qui ont une relation essentielle avec le rien2 ». Masquer le rien, le vide et parfois l’innommable, n’est-ce pas là vertu féminine ? Métaboliser le rien, le transformer pour s’en servir ̶ dans le meilleur des cas ̶ car le vide peut aussi se faire gouffre.

Dans sa préface à l’Éveil du printemps de Frank Wedekind3, Lacan fait de l’homme masqué un nom qu’il élève à la fonction de Nom-du-Père : « Pas de Nom qui soit son Nom-Propre, sinon le Nom comme ex-sistence. Soit le semblant par excellence. Et l’ʺHomme masquéʺ dit ça pas mal. Car comment savoir ce qu’il est s’il est masqué, et ne porte-t-il pas masque de femme, ici l’acteur4 ? ». Il poursuit : « Le masque seul ex-isterait à la place de vide où je mets La femme. En quoi je ne dis pas qu’il n’y ait pas de femmes5. » Dans ce drame, L’Homme masqué qui apparaît à la fin, arrive de justesse pour sauver Melchior, l’un des protagonistes de la pièce, « d’une position où le sujet se fait la proie d’un Autre tout puissant6 ».

L’Homme masqué parle et se propose comme nom à la place béante du réel qu’a ouvert pour Melchior la rencontre avec l’autre sexe. L’arrachant à la tombe il lui propose plutôt de venir prendre un bon repas. Le masque représente le semblant dont les femmes ont le secret du maniement. Médiation, arrangements, pragmatisme, leur sont sans doute plus accessibles ̶ d’être moins collées au phallus dont elles se servent à l’occasion sans l’avoir mais pas sans l’être ̶ chacune à sa façon. Ce savoir-y-faire n’est-il pas l’un des suppléments dont elles jouissent de n’être pas-toutes dans la fonction phallique ? Osons le dire mais arrêtons-nous là. Il y aurait tellement à dire en suivant la boussole de Lacan : ce sera l’objet du blog où nous ne reculerons pas face à l’indicible. Nulle impuissance à dire, il s’agira plutôt de cerner l’impossible dans un bien-dire.

Parlons des femmes, des figures de femme : les intrigantes, les ravagées, les vraies, les séductrices, les mères, les solitaires, les puissantes, les pauvres, les riches, les amoureuses…

Elles seront héroïnes, personnages principaux ou seconds rôles. Elles seront celles que l’on filme, que l’on sculpte, que l’on peint ou dépeint. Celles dont on parle et celles qui parlent, écrivent, dessinent… Celles qui furent analystes ou celles dont la littérature analytique a fait grand cas. Autant de façons d’aborder le thème des J49 « Femmes en psychanalyse », le contourner sans le déflorer…

Petite précision : les cas cliniques ne seront pas présentés sur le blog mais réservés aux simultanées des Journées.

Alors, allez-y ! À vos plumes !

Patricia Bosquin Caroz


Notes :
1 Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 68.
2 Miller J.-A., « Des semblants dans la relation entre les sexes », La Cause freudienne, n° 36, Paris, Navarin/Seuil, mai 1997, p. 7.
3 Wedekind F., L’Éveil du printemps, Paris, Gallimard, 1974.
4 Lacan J., « L’Éveil du printemps », préface à Wedekind F., L’Éveil du printemps, Paris, Gallimard, 1974, p. 12.
5 Ibid.
6 Malengreau P., « L’homme masqué », Quarto, n°40-41, octobre 1990, p. 45.

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