Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! Le bulletin Uforca

Numéro 27 - Novembre 2017

Mercredi 22 novembre 2017, par MB // IRONIK !, le bulletin Uforca





Vous avez dit orientation ?



Pourrait-on lire le thème commun que Jacques-Alain Miller a proposé pour les Sections et Antennes cliniques en cette Année zéro du Champ freudien, « Comment s’orienter dans la clinique ? », comme une réponse au Retour à la clinique qui s’est opéré dans les années 80 ?

Dans un texte1 récemment republié sur le blog des toutes prochaines Journées de l’ECF, J.-A. Miller nous parle des raisons de ce retour, liées d’un profond désir de clinique pour une génération, la sienne, qui avait « le sentiment d’un certain verbiage au sein de l’École freudienne de Paris ». C’est ce désir qui fût aux fondements de la création des Sections et antennes cliniques. Il s’agissait de prendre au sérieux le fait qu’une une partie de la formation de l’analyste « passe par le contrôle, c’est-à-dire l’étude cas par cas ».

Il y a en effet un savoir-faire du psychanalyste, issu de son expérience clinique. Mais celui-ci est aussi ce qui fait le lit de la « grande tentation du psychanalyste2 », commente J.-A. Miller dans son Cours, celle de devenir un clinicien. « Au sens de Lacan, un clinicien, dans cette perspective […] c’est un sujet qui se sépare de ce qu’il voit, se sépare des phénomènes qui se produisent, et qui, d’être désenglué, arrive à “deviner les points clés, et se montre capable de pianoter dans l’affaire clinique” ».

Ce qui fait contrepoint à cette tentation du tripatouillage psychothérapeutique, c’est la rigueur de l’orientation lacanienne : l’appui sur les concepts, l’effort, sans cesse renouvelé, d’articulation entre théorie et praxis, le fait de savoir que la psychanalyse est « une opération dans son essence vouée au ratage3 »…

Ironikement vôtre,

Alice Delarue

Note :
1 Miller J.-A., « Réflexion sur la solution clinique », Bref n° 30, Cahier du Séminaire des 7 séances, n° 5, Paris, 2 octobre 1996. Publication disponible sur le blog des 47<sup<e Journées de l’ECF
2 Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Le lieu et le lien », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’Université Paris VIII, leçon du 15 novembre 2000, inédit.
3 Lacan J., « En guise de conclusion », Discours de clôture au Congrès de Strasbourg, Lettres de l’EFP, n° 7, 1970, p. 157-166.

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Le billet du cartel



S’orienter dans la clinique est un préalable et une constante pour la direction de la cure. Il s’agit d’une orientation qui ne se détermine pas vers un but – illusion freudienne –, que celui-ci soit la recherche de la vérité, de la scène oubliée, de l’ombilic du rêve, ou d’un sens fuyant et caché… Dans une analyse, on ne s’oriente pas d’une technique en vue d’une direction de « conscience ».

L’orientation lacanienne, que Jacques-Alain Miller a su transmettre, tient compte dans son mouvement de la notion ultime d’un inconscient réel, lieu de la jouissance opaque au sens, posé comme une limite. C’est avec cette orientation condensée et rencontrée dans la cure que l’analyste opère par l’interprétation et l’acte analytique. C’est grâce à cela que cette orientation va permettre d’accueillir l’invention subjective, toujours singulière.

Dans les textes de ce numéro d’Ironik !, nous lirons des extraits cliniques du travail de cliniciens ayant une pratique orientée par la boussole de l’éthique et du désir de l’analyste. Dans ces cas, nous sommes à l’opposé du protocole « pour tous pareils » et du projet personnalisé standard. Dans chaque rencontre du sujet avec l’analyste, il y a eu le surgissement de créations uniques, de solutions subjectives : la construction d’un corps imaginaire, un salutaire passage de l’idéal de normalité à une bonne bizarrerie, l’apparition d’une limite face a une jouissance scopique envahissante et destructrice, la construction d’une langue d’images qui a permis un lien social, l’élaboration d’un savoir insolite sur des monstres marins pour faire face au réel des hallucinations mortifères.

L’orientation lacanienne suppose que ce qui est dit soit recueilli dans une orientation par et vers le réel de ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire. Elle suppose un inconscient désorienté et non-orientable, non transférentiel, qui est toujours à l’œuvre mais relève de la pure logique, et qu’on ne peut saisir dans sa structure qu’au sein de l’expérience analytique sous transfert. Cette orientation traverse donc le plus intime de la clinique, tout aussi bien qu’elle relie notre Champ freudien dans toute son extension.

Rosana Montani-Sedoud

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Sommaire :

TRAVAUX D’UFORCA


Léo et la faune aquatique

Les premières difficultés repérées chez Léo révèlent l’étrangeté de son rapport au corps. À trois ans, il se tient sur la pointe des pieds et ne parvient pas à marcher. Au collège, si Léo est un élève brillant, il manifeste des comportements étranges. Dans ses relations avec les autres, il est méfiant et parfois agressif. Par contre, il peut soutenir des conversations sur des thématiques très précises. Lire la suite »

Lolita invente une limite

Lolita, âgée de quatorze ans, vient me rencontrer au CMPP, accompagnée par sa mère inquiète : elle a découvert que sa fille se scarifiait les bras et les cuisses. Lolita a une baisse des résultats scolaires, fait des crises d’angoisse et ne veut pas se rendre au collège. Sa mère pense qu’elle souffre de la séparation d’avec le père survenue quand elle était âgée de trois ans, car leur relation est conflictuelle... Lire la suite »

Prince

Je reçois ce jeune homme, étudiant en médecine, à la suite d’une crise d’angoisse l’ayant fait interrompre son stage dans un service de psychiatrie. La première séance a lieu alors qu’il a repris les cours mais pas le stage. Il est exalté, quasi-hypomane. Il justifie cette interruption par une grande fatigue consécutive à une surcharge de travail : on lui avait confié une patiente difficile. Lire la suite »

Du « normal » au « bizarre »

Emma, âgée de quatorze ans, vient consulter suite à un diagnostic évoquant un rhumatisme inflammatoire. Elle décrit son contexte de vie familiale : des parents présents qui s’occupent d’elle, une grande sœur qui parfois l’agace, « bref une vie normale quoi ! ». Toutefois, en classe de troisième une bascule s’opère... Lire la suite »

Un homme de « lettre »

Grand et mince, un peu voûté, son visage aux traits réguliers, peu expressif de prime abord, pouvait quand on le connaissait s’avérer malicieux ; JM montrait aussi parfois un profond abattement. Il parlait d’une voix perchée, s’adressant à la cantonade. Il marchait de façon saccadée. Lire la suite »


NOS LANCEURS D’ALERTE


SANS PRE-JUGER
Le curriculum vitae, trompe-l’œil et mode de persuasion
Jacqueline Dhéret

L’automatisme, aujourd’hui, est de multiplier les textes qui se rapprochent du discours du droit, pour résoudre des problèmes sociaux. Le citoyen, qui n’est pas le justiciable, se voit doté de « nouveaux droits ». Ils accréditent l’idée que les plus pauvres ne sont pas méprisés et que l’État se soucie d’eux. Lire la suite »

ECHOS DES LIVRES
« Le cas est politique ! » Retour sur le numéro 111 de Quarto
Nicolas Jouvenceau

Si le titre donne le ton, on entend encore mal résonner sa polyphonie. Elle se découvrira au fil des pages, permettant d’apercevoir en parallèle qu’il s’agit aussi, sous différentes formes, d’affronter la question de la folie au XXIe siècle. Ce numéro est avant tout consacré à un dossier sur l’autisme, en lien avec une journée d’étude clinique… Lire la suite »

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