Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! Le bulletin Uforca

Numéro 26 – octobre 2017

Dimanche 22 octobre 2017, par MB // IRONIK !, le bulletin Uforca


Johannes-Vermeer, Jeune femme écrivant une lettre, 1665




Ecrire au XXIe siècle



On entend souvent dire qu’à notre époque numérique, Internet et les nouvelles technologies auraient propulsé l’image sur le devant de la scène au détriment de la place de l’écrit. De nombreux chercheurs témoignent au contraire que la génération dite des digital natives écrit beaucoup – en tout cas bien plus que la précédente –, tandis qu’émergent et circulent des formes scripturales inédites.

Cet essor actuel de l’écrit n’est pas sans concerner ce qui intéresse la psychanalyse, et nous invite en tout cas à revenir à ce que Lacan a pu nous enseigner à propos du langage et du signifiant, mais aussi de lalangue et de la lettre. Ces concepts, comme vous le verrez dans ce numéro d’Ironik !, nous permettent d’explorer les fonctions et les usages de l’écriture sur deux versants distincts, le versant signifiant, celui de l’écriture à lire, et le versant littéral, qui ouvre aux créations hors sens, pas à lire.

Ceux qui écrivent peuvent enseigner la psychanalyse, et cela concerne autant la littérature classique que les formes d’écriture les plus contemporaines, mais aussi la clinique et la cure analytique. Lacan nous a appris que l’écriture est indissociable de la parole et de l’inconscient. « On n’imagine pas à quel point on fait de ratés dans l’écriture1 », dit-il dans le Séminaire Le sinthome. Autant de perles à cueillir pour le psychanalyste…

Ironikement vôtre,

Alice Delarue

Note :
1 Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 152.

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Le billet du cartel

« Si c’est de l’écrit que s’interroge le langage, c’est justement en tant que l’écrit ne l’est pas, mais qu’il ne se construit, ne se fabrique que de sa référence au langage ».
JACQUES LACAN, Le Séminaire, livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant

La psychanalyse est une pratique de parole, mais l’écriture est au cœur de ses interrogations et de sa transmission. Les façons d’envisager l’écriture sont multiples. Quelques-unes seront abordées dans ce numéro d’Ironik  ! qui leur est consacré.

Sophie Marret-Maleval nous offre une lecture rigoureuse et érudite de « Lituraterre », texte préfigurant le dernier enseignement de Lacan qui, avec la lettre, s’aventure « au-delà du mythe et de la vérité », là où elle « devient une agrafe entre le symbolique et le réel » et traite la jouissance en se situant « au joint de l’objet et du signifiant ». Karoline Buchner, resserre, pour sa part, par la « promenade poétique » qu’elle nous propose, cette voie que Lacan fraye d’une écriture au-delà des semblants à l’instar de ce qu’il nomme « la littérature dite d’avant-garde ». La lettre fait littoral entre réel et jouissance mais ne s’attrape qu’à partir de la rupture du semblant que le discours véhicule. Ainsi, Lacan, dans son enseignement, s’appuie-t-il sur la lettre et l’écriture pour faire saillir « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire ». Ce n’est pas à l’éternité à laquelle nous avons affaire ici mais à l’inachevé comme ouverture vers un accompli « qui ne peut se décider seul », comme l’est ce mouvement du dit qui s’écrit en analyse et qu’extrait notamment Nicole Borie du travail de François Cheng. Dans la psychose, l’écriture « peut occuper des fonctions différentes selon les singularités même du sujet qui s’y livre » comme le développe Chantal Bonneau à propos d’Aimée, de Schreber et de Joyce. Au-delà du diagnostic, l’écriture, dit-elle, peut être une invention et une création qui nous enseigne que « le noyau traumatique pour chaque sujet n’est pas l’Œdipe ou la castration mais son rapport à la langue ». C’est cet aspect dont témoigne singulièrement Jean-Philippe Roussilhe par ses créations de livres objet et son rapport à « lalangue d’oc » qui affleure dans ses propos recueillis précieusement par Michèle Bardelli.

Lacan s’intéresse à l’écriture non pas en tant qu’elle viendrait signifier ou représenter, mais en tant que son usage est davantage trace d’un vide, d’un trou qui tient au réel. Cette place donnée à l’écriture a ouvert des perspectives que la psychanalyse n’a pas fini de mettre au travail. Bonne lecture !

Josselin Schaeffer

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Sommaire :

TRAVAUX D’UFORCA


La condition littorale, lecture de « Lituraterre »
Sophie Marret-Maleval, Section clinique de Rennes

En dépit de sa difficulté, « Lituraterre » est un texte essentiel dans l’enseignement de Lacan. Il constitue l’une des étapes majeures dans le tournant des années 1970 lors desquelles Lacan pose les bases de son dernier enseignement. Il y précise le concept de « lettre », présent depuis le début de son enseignement mais en lui donnant une portée plus essentielle. « Lituraterre » marque un nouvel écart avec le registre de la vérité, dont la lettre de « l’instance de la lettre… » restait le véhicule… Lire la suite »

Psychose et écritures
Chantal Bonneau, Section clinique de Nice

« La lettre fait rupture dans la cohésion du système du semblant ». Elle ne précède pas le langage, « elle est secondaire, conséquence du langage ». Trois cas, celui de Schreber qui trouve dans une écriture à lire une solution temporaire au délire qui l’habite, celui d’Aimée dont l’écriture peut se lire comme une anticipation de l’acte... Lire la suite »

Accompli / inachevé
Nicole Borie, Section clinique de Lyon

L’accompli emporte une satisfaction : dans un moment précis la forme est accomplie et elle satisfait. Cela n’implique pas en effet que la forme soit terminée, achevée. L’achevé emporte un temps révolu : la forme appartient au passé dès qu’elle est promue achevée... Lire la suite »

Du salon à la fabrique
Karoline Buchner, Section clinique de Bruxelles

Lacan se demande dans « Lituraterre » s’il est possible que se constitue, sur une zone littorale, un discours qui ne se soutiendrait pas (que) du semblant. Il fait entendre que la pertinence de cette question est relative au fait qu’il existerait déjà une littérature capable d’émettre pareil discours : « la littérature dite d’avant-garde »… Lire la suite »

Jean-Philippe Roussilhe : de « lalangue d’Oc » à une « écriture d’existence »
Michèle Bardelli, section clinique de Clermont-Ferrand

Dès notre premier entretien, dans sa quête d’identité, dans sa quête de l’origine, J.-P. Roussilhe se définit par rapport à la langue. C’est la langue qui a fait traumatisme. « Il y a le désir d’écrire parce qu’il y a cette perte de la langue... Lire la suite »


NOS LANCEURS D’ALERTE


L’amour est une marguerite
Attendre ou pas
Pénélope Fay

Chercher l’amour... Si la quête est intemporelle, les tactiques d’approche s’inventent avec l’époque qui les voit naître. Hier, les missives enflammées, emplies de pleins et de déliés, de phrases structurées et d’un vocable savamment choisi. Aujourd’hui, le langage SMS : une écriture qui se joue des règles de l’orthographe, affectionne les abréviations, tord le langage… Lire la suite »

La science telle qu’elle va
Le futur de la parole ?
Rodolphe Adam

Le laboratoire de l’Université de Bordeaux et du CNRS « Sommeil, addiction, neuropsychiatrie », sous la responsabilité du Pr Pierre Philip, vient de mettre au point un nouvel outil informatique prénommé Julia. Julia est un « agent conversationnel animé », un personnage capable de répondre à des scénarios mimant un entretien clinique via un écran… Lire la suite »


LACAN SENS DESSUS DESSOUS


Myriam Chérel interviewe Philippe de Georges

Myriam Chérel interviewe Philippe de Georges, psychanalyste membre de l’ECF et de l’AMP, à partir d’un extrait de la « Lettre de dissolution » de Jacques Lacan : « Je parle sans le moindre espoir – de me faire entendre notamment »... Lire la suite »

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