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Publié le samedi 30 septembre 2017

Séminaire ACF 2017-18 – Le Havre

La bataille de l’autisme

Les jeudis 21 septembre, 12 octobre, 9 novembre, 7 décembre 2017, 25 janvier, 22 février, 29 mars, 19 avril, 24 mai, 28 juin 2018 - 21h

Le Séminaire se poursuit cette année et a fait sa rentrée jeudi 21 septembre. A l’issue du travail de l’an passé autour de l’ouvrage des Lefort La distinction de l’autisme, nous avions décidé de faire un retour sur le livre d’Éric Laurent La bataille de l’autisme.

Serge Dziomba a commencé le commentaire du chapitre 4 en dégageant la question suivante : qu’est-ce qui se passe quand ce qui est en jeu est un autre corps que l’imaginaire du miroir ? Le sujet autiste n’a pas de corps au sens où il n’a pas d’image du corps, par contre il a un « corps carapace » sans enveloppe corporelle et sans réaction devant l’image du corps, une « bulle de protection » quant aux manifestations de l’Autre à son endroit. Que va-t-il mettre à la place ? Comment la jouissance revient-elle dès lors qu’elle a été rejetée ? Elle ne revient pas sur le corps propre, comme dans la schizophrénie, ni dans le lieu de l’Autre, comme dans la paranoïa – elle revient sur un « bord » et son circuit va être à inventer en permanence car il n’y a pas de trajet pulsionnel pour ce retour. A la différence d’un Schreber pour qui la pulsion est forclose, c’est-à-dire revenant dans le réel sous les espèces du va et vient de jouissance entre Dieu et le corps tout entier de Schreber, matérialisé par les « rayons ». La manière dont on peut appréhender ce circuit à construire se fait à partir d’un « néo-bord » : il faut quelque chose qui fasse barrière, moyen de défense devant une « pure présence » dont on ne peut pas se séparer – qui n’est pas la présence sur fond d’absence du couple symbolique présence/absence. La « pure présence » renvoie à ce qu’Éric Laurent nomme la « forclusion du trou ». L’autisme est caractérisé par cette dimension sans trou du corps dont tous les orifices sont bouchés. Le néo-bord répond à l’insupportable de la « pure présence » en bouchant les trous. La question centrale dans l’accompagnement du sujet autiste devient : comment ce bord peut-il se déplacer ? Comment produire une place dans un monde plein ?

Un déplacement peut être possible à partir du moment où « quelque chose a pu être accroché ». Il va permettre de constituer un espace – ni du sujet, ni de l’Autre, où des échanges d’un type nouveau vont être possibles, articulés à un Autre moins menaçant. Le déplacement se fait « par contiguïté », et l’inclusion du nouveau doit s’accompagner de l’extraction d’autre chose – « le sujet parvenant à céder quelque chose de la charge de jouissance qui affecte son corps ».

Serge Dziomba poursuivra le commentaire de ce chapitre lors de la prochaine séance, le jeudi 12 octobre.

Dans l’après-coup des séances

des 9 novembre et 7 décembre

Lors des séances du 9 novembre et du 7 décembre nous avons poursuivi notre lecture du chapitre 4 de La bataille de l’autisme : « Les sujets autistes, leurs objets, leur corps » en nous appuyant sur les points étudiés auparavant, à savoir que dans l’autisme le retour de la jouissance se faisant sur un bord, le traitement avec les sujets autistes consiste en une tentative de déplacement de ce bord. En nous appuyant sur la proposition de Jacques-Alain Miller d’aborder la clinique non plus seulement à partir de la forclusion du Nom-du-Père, nous sommes amenés à considérer cette clinique à partir du retour de la jouissance qui dans le cas de l’autisme s’effectue sur un bord : « Elle s’abolit, du fait de l’inexistence d’un trajet pulsionnel qui en passerait par le lieu de l’Autre » (p. 66)

Il faut retenir que l’extraction qui se produit au travers d’un événement de corps est à considérer non pas comme un effet de signification mais comme extraction de la jouissance.

Nous nous sommes plus particulièrement interrogés sur la notion d’espace autistique avec la forclusion du trou.

On notera que l’espace autistique est sans trou, les enfants autistes sont immergés dans le réel « plein ». C’est à partir de ce point que peut s’élaborer une clinique des circuits et d’extraction de l’objet. Ce qui nous amène à prendre en considération une topologie de l’espace pulsionnel avec la forclusion du trou, la clinique des circuits, l’extraction de l’objet, l’espace autistique et ses coutures, la question du double... Ce sont les points qui ont été abordés lors des dernières séances

« La prise en compte du circuit auquel sont soumis les objets qui tombent du corps d’un sujet autiste, implique des phénomènes dont on ne peut rendre compte qu’en recourant à une topologie de l’espace pulsionnel. »

Il s’agit d’une topologie qui n’est pas celle d’un corps circonscrit mais qui rappelle davantage celle du trou central du tore qui met en connexion directe l’intérieur et l’extérieur. Une topologie qui annule la distance et nous pouvons souligner ce que dit Éric Laurent à propos de l’hallucination : « La dimension hallucinatoire n’est pas celle du retour d’un signifiant dans le réel c’est plutôt celle de l’impossible séparation avec le bruit de la langue comme réel insupportable. »

Dans la partie suivante : « L’espace autistique et ses coutures », Éric Laurent évoque la situation d’un enfant suivi à Nonette. Serge Dziomba a commenté ce cas où nous voyons Jean-Pierre Rouillon intervenir de façon à ce qu’un garçon qui s’arrache les poils du nez en suivant l’un de ses éducateurs et ne vient plus seul à ses séances avec lui en lui disant « Tu viens me voir » et opère ainsi une séparation. Jean-Pierre Rouillon a remarqué que l’éducateur porte un nom en our. En intervenant il met en ordre l’affirmation d’un seul rou. Cette séparation est une opération topologique. On notera l’opération qui consiste à toucher la défense, qui est une opération trans structurale.

Sont développés une série de cas qui font apparaître comment l’espace se structure sur des modes particuliers. Il est nécessaire de prendre en compte une topologie de l’espace subjectif incluant ce qui relève de la vision et ce qui n’en relève pas.

Lors de notre dernière séance de travail nous nous sommes plus particulièrement intéressés à la question du trou et du vide.

Comme le souligne Eric Laurent, il est paradoxal de parler d’absence de trou alors qu’une psychanalyste a choisi le terme de « Grand trou noir » comme marque de l’expérience subjective de l’autisme. Toutefois ce paradoxe peut se résoudre si l’on fait une distinction topologique entre le trou et le vide en prenant en compte la présence ou l’absence de bord. Ainsi « Un trou dans l’Autre symbolique a un bord, ce qui n’est pas le cas d’un trou dans le réel. Le régime autistique du trou implique son absence réelle de bord. » (p. 84). Ce point a particulièrement retenu notre attention. Marie-Hélène Doguet-Dziomba se référant au Séminaire X, rappelait que Lacan fait valoir un « manque réel de signifiant » qui troue le symbolique, à distinguer de la place vide, relevant, elle, du manque symbolique.

Il faudrait donc pour le sujet autiste :
1 Produire un trou ;
2 Construire un bord.

A défaut de bord, nous pouvons voir dans une anecdote rapportée par Donna Williams comment un trou sans bord se referme sur elle : « L’être du Néant, omniprésent, rencontre le vivant du corps qu’il peut même absorber. » Ainsi : « Ici, le trou n’est pas une ombre qui se détache sur un fond, il n’est pas encadré par un miroir, pas plus qu’il ne s’inscrit dans celui-ci. A la place d’une image dans le miroir qui viendrait donner forme au corps, c’est le mur de l’espace qui se referme. Ce mur est à la fois le manque de l’image et l’espace lui-même, comme dans un tore qui viendrait doubler mortellement l’étoffe du sujet. (p. 84 )

Nous avons également l’exemple de Garance qui illustre cette équivalence entre le mur et le miroir avec la fonction du double qui est de suppléer à l’absence de bord pour le sujet autiste qui n’a pas de corps : « L’inexistence du bord du trou n’est que le redoublement de l’inexistence du corps lui-même, car un corps n’existe que si un objet peut s’en séparer – ce qui suppose le soutien du regard de l’Autre qui décerne un corps et lui donne une consistance. Quand cela ne se produit pas, quand les regards « ne se croisent pas », l’expérience du miroir se réduit à celle du double. »

Jean-Yves Vitrouil

- 25 janvier 2018 :

Sylvie vitrouil commentera un texte de Jean-Claude Maleval « Qui sont les autistes ? » paru dans une brochure du Pont freudien.

Ce séminaire a lieu de 21 h à 23 h les jeudis 21 septembre, 12 octobre, 9 novembre, 7 décembre 2017, 25 janvier, 22 février, 29 mars, 19 avril, 24 mai, 28 juin 2018.

à l’UCID, Hôpital Pierre Janet, 47 rue de Tourneville, Le Havre (76)
Consulter le Plan d’accès

Renseignements :
Sylvie Vitrouil 02 35 42 19 21

Participation aux frais : 5 € ou 25 € pour l’ensemble des séminaires proposés par l’ACF-Normandie. Réduction de 50 % pour les étudiants.

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