Prise en charge de l’autisme : oui au libre choix de la méthode de soin, non à l’interdiction de la psychanalyse

Pratiquer l’art-thérapie... en s’orientant de la psychanalyse

Lettre Ouverte d’une art-thérapeute s’orientant à partir de la psychanalyse

Lundi 5 décembre 2016, par BB // Lire, Ecouter, Voir


Je travaille depuis six ans dans le monde de l’autisme et du handicap psychique de l’enfant.
Je suis art-thérapeute : je propose à des enfants, des adolescents, de jeunes adultes parfois de venir créer, dans le cadre d’un atelier, quelque chose avec moi.
Selon le cadre institutionnel, je convie parfois à ces ateliers la famille, et je travaille en compagnie d’autres soignants, d’autres « accueillants », la plupart du temps bénévoles.

Ce quelque chose que l’on crée ensemble, ce n’est pas moi qui en décide. C’est ce jeune qui vient là, cet enfant ou cet adolescent, à qui je propose tout un ensemble de matériaux, de supports, d’idées, de pratiques artistiques. Moi, j’ai un faible pour la peinture et la fabrication de marionnettes. Mais je n’impose rien, jamais ! Je propose un savoir-faire et une aide pour réaliser des projets uniques, originaux.

Année après année, je travaille avec de jeunes autistes qui me surprennent par la force et la beauté de leurs créations. Je rencontre l’inattendu, l’inédit, des personnages s’inventent, des objets inconnus voient le jour, des paroles autour de ces créations jaillissent, des moments thérapeutiques se jouent et se nouent autour de ces tables tachées de colle et de peinture.
J’aimerais que vous puissiez voir le bonheur et la surprise de ces enfants au moment où ils rencontrent leur propre imagination. Leur fierté. Eux dont on liste trop souvent les erreurs, les ratés, les défaillances, les incapacités à faire leurs lacets, apprendre à lire, courir bien droit, parler correctement, à regarder dans les yeux pour dire bonjour. Nos ateliers où il n’est plus question de réussir ni de rater mais juste d’inventer à sa manière voient naître des étincelles.
Des rencontres se font. Des solutions s’inventent. C’est long et laborieux parfois, compliqué souvent, lourd d’angoisse de temps en temps, mais au final, c’est toujours vivant.

J’ai rencontré la psychanalyse à treize ans en commençant à lire les livres de ma mère, chargée de donner des notions de psychologie de l’enfant aux futurs professeurs. Dolto, Freud, et ce curieux Lacan qui fait tant parler de lui. Et tous les autres.

Je ne suis pas psychanalyste, mais j’ai choisi de m’éclairer de la boussole psychanalytique pour pratiquer mon métier.
J’ai pour cela plusieurs solides raisons.
La psychanalyse m’a enseigné la profonde importance du sujet. Elle m’a ouvert les yeux sur la singularité de chacun, ce quelque chose de si particulièrement unique que l’orientation analytique met un point d’honneur à vouloir saisir dans la prise en charge. Il est question ici de découvrir ce qui fait la singularité d’un sujet, et non de savoir comment celui-ci pourrait plier pour ressembler à tous et déranger le moins possible.
Il est question de trouver des solutions et des inventions propres à chacun pour évoluer dans nos existences d’une manière aussi apaisée que possible. Il n’est pas question de méthode pour tous ni de prêt à penser.

La psychanalyse me permet de penser l’autisme, ou plutôt les autismes, ou plutôt les autistes, et même les « dits autistes » comme des individus à rencontrer à chaque fois, pour lesquels il faut un travail au cas-par-cas, respectueux de leurs affinités, de leurs symptômes, mais aussi de leurs familles. Un travail à plusieurs professionnels, où la question n’est pas de savoir qui l’emporte par une vérité absolue ou une méthode bien vendue, mais comment s’adapter au mieux à une situation unique.
Les meilleurs pour décider de la prise en charge d’un autiste, pour comprendre comment gérer au quotidien, pour choisir une méthode plutôt qu’une autre, ou encore pour savoir s’il est opportun d’en compiler plusieurs, selon ce qui marche avec cet enfant là, ce sont les parents.
Donnons-leur le choix de mettre en place l’aide adaptée à leur enfant et à leur famille. Écoutons-les.
Quelle loi peut savoir comment la semaine d’une famille d’enfant autiste doit être organisée ? Dans quels lieux doit-il se rendre ? Qui sont les personnes qui lui font du bien ? Quelles rencontres font sens pour lui ?

PNGDans mon travail d’art-thérapeute orientée par la psychanalyse, j’ai cheminé avec plusieurs enfants autistes.
L’un d’eux m’a permis d’écrire un livre sur notre histoire, le Petit Traité d’Antoinologie¹, qui raconte nos trois ans de travail côte à côte, et comment l’art-thérapie et la psychanalyse comme boussole nous ont permis de construire une relation formidable et d’opérer un travail efficace à l’école et en thérapie. Aujourd’hui nous dédicaçons ce livre à deux quand l’occasion se présente. C’est devenu notre trait d’union, entre lui, l’adolescent Asperger, « l’incompris enfin compris », et moi, militante de la cause de l’autisme qui tient absolument à ce que vous compreniez ceci : l’autisme n’a pas de loi. Des millions d’autistes tous différents vous le prouveront. Alors n’enfermez pas les autistes dans une loi qui fera forcément des exclus, des insatisfaits, des laissés pour compte.
Il n’y a pas de loi pour cadrer la singularité du sujet, il ne peut pas y avoir de loi pour empêcher les autistes qui le veulent et les familles qui le choisissent d’être accompagnés et écoutés par des professionnels s’orientant de la psychanalyse.

L’autisme, qui n’est ni de la faute des mères, ni des frigidaires, et encore moins des crocodiles, doit cesser d’être un sujet de lutte politique et une guerre pour les familles. L’argent doit cesser d’être le nerf de cette guerre. Parlons de la liberté des familles et du bien-être des autistes avant tout.
Le besoin d’apaisement est urgent.

Je vous remercie de votre attention.

Marie-Annick Dion,
Art-thérapeute à l’association Geppetto,
Responsable de projet pour l’association Autrement Dit (création de lieux de garde adaptés aux enfants autistes en milieu ordinaire).

Note :
Maire-Annick Dion, Le Petit Traité d’Antoinologie, 2016, chez Christophe Chomant Editeur.

On peut aussi lire :
- La pétition Prise en charge de l’autisme : oui au libre choix de la méthode de soin, non à l’interdiction de la psychanalyse,
- Pratiquer l’art-thérapie... en s’orientant de la psychanalyse, la lettre ouverte d’une art-thérapeute s’orientant à partir de la psychanalyse,
- C’est quoi l’autisme Monsieur le Député Fasquelle ?, la lettre ouverte d’une psychologue clinicienne co-fondatrice de l’association Geppetto,
- Prêter ma voix..., la lettre ouverte d’une psychologue clinicienne orientée par la psychanalyse,
- Au cœur de l’école inclusive, la lettre ouverte d’une psychologue en milieu scolaire.
- Spécial autisme, contre la résolution Fasquelle, l’Hebdo-Bog 90.
- L’autisme à l’Assemblée nationale, un article de Pierre-Gilles Guéguen paru dans Lacan Quotidien 617.
- L’échec temporaire d’une propagande, un article de Gil Caroz paru sur le blog de PIPOL 8.

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