Séminaire ACF 2016-17 - Rouen

Soirée Psychanalyse et Musique – Autour d’Arnold Schoenberg, John Cage et Erik Satie

Mardi 29 Novembre – Rouen

Dimanche 30 octobre 2016, par BB // ACF 2016-17 : les archives


Le lien de la psychanalyse à la musique fait symptôme ; le silence de Freud et de Lacan sur la musique, « art suprême », peut être interprété comme l’index d’un « non rapport » – concept central dans l’enseignement de Lacan – entre la psychanalyse et la musique. Cette thèse d’une grande fécondité est celle soutenue par le passionnant numéro numérique de La cause du désir « Ouï ! En avant derrière la musique ». Un autre symptôme y est interrogé : le rejet et la résistance à la musique contemporaine – « une musique du réel sans concession pour les édulcorants que sont l’harmonie, le rythme, le beau son1 ». Pourquoi une pareille subversion, interroge Serge Cottet, contrairement à d’autres révolutions artistiques, notamment en peinture, n’a pas eu de prise sur notre époque ? Il semble, ajoute-t-il, que la musique d’avant-garde bouleverse le rapport à la satisfaction musicale – elle dérange, elle réveille. En ce sens elle a des analogies avec la pulsion et les « obscurs évènements de corps ». Mais il précise que si la musique a un rapport avec la pulsion, c’est celui d’un montage/collage surréaliste, un « bric-à-brac » qui n’a rien à voir avec la pulsation rythmique – « l’introduction de l’aléatoire, de la surprise et autres phénomènes disruptifs en musique postsérielle est plus proche du réel pulsionnel que de la valse à trois temps2 ». Il poursuit : « L’oreille n’est-elle charmée que par l’harmonie, l’accord parfait, la résolution des dissonances ? La dissonance, les nœuds, n’est-ce pas ce que l’inconscient a de commun avec la musique moderne : une grimace du réel ? (…) L’objet a en musique n’est pas le réel nu de l’inaudible, mais le couac qui défait toute signification et tout confort harmonieux : comme les applications de l’électroacoustique, l’espace-son, la sphère, les nœuds sont les paradigmes incontournables pour penser la musique d’aujourd’hui ».

Dans le fil de cette réflexion, nous vous invitons à une soirée exceptionnelle « Autour d’Arnold Schoenberg, John Cage et Erik Satie ». Nous y évoquerons « l’évènement Schoenberg » et la coupure qu’il a réalisé avec l’abolition de la tonalité. Comme le souligne Maria Josefina Sota Fuentes, « Schoenberg n’utilisa pas le langage musical pour exprimer une narration dramatique. Au contraire, il démantela le système musical en vigueur, en créant une autre harmonie capable d’embrasser le chaos transmissible dans le langage dodécaphonique, à travers le bruit, la dissonance, les timbres criards, l’errance d’une mélodie qui ne trouve ni son point d’arrêt ni son équilibre dans une tonalité reposante3 ». Nous y évoquerons également le dadaïsme en musique et la « musique des choses » consacrant leur suprématie sur la subjectivité de l’artiste – ce que S. Cottet nomme « l’effet Joyce : la langue qui parle toute seule4 ». Ainsi avec John Cage, « le refus de la note et des hauteurs aboutira à une culture du son pour lui-même, au sacre de la pure matière sonore5 ».

Pour évoquer la création de ces deux musiciens, nous avons invité notre collègue Philippe Benichou, membre de l’ECF, qui a travaillé en cartel ces questions. Il nous propose l’argument suivant sous le titre Inconscient et création musicale : « La relation qu’entretient la psychanalyse avec la musique a toujours été problématique. On y voit souvent l’effet du dire de Freud dans “Le Moïse de Michel-Ange”, à savoir son incapacité à jouir de la musique. Plus généralement le médium musical, le son, et non le signifiant ne se prête pas aisément à une interprétation analytique. Nous aborderons la question de la création musicale dans sa relation à l’inconscient à partir de trois œuvres. Tout d’abord par l’étude que lui a consacré Max Graf, le père du petit Hans, célèbre critique musical, qui participa longtemps aux réunions de la Société du Mercredi auprès de Freud. Nous exposerons dans un second temps les témoignages de ce qu’ont pu en dire les deux figures majeures de la musique contemporaine que furent Arnold Schoenberg et John Cage. »

Enfin nous évoquerons aussi Erik Satie, l’ironique « Monsieur le Pauvre », dont John Cage disait ceci : « Il nous a libéré de la dictature de Beethoven, il restaurait les sons anciens, la pensée les avait tués6 ». Comme le souligne Jean-Pierre Armengaud, Erik Satie n’était pas tout-à-fait un musicien comme les autres, il y avait chez lui un mélange profond d’amateurisme génial et une attitude de refus de « presque tout de la musique de son époque : les formes, le langage de la rhétorique, les sujets littéraires et même les institutions de diffusion7 ». C’est « un orfèvre du son mais pas un grammairien », qui a préparé « la révolution du son et de sa nouvelle écoute ». D’ailleurs Erik Satie écrivait de lui dans Mémoires d’un amnésique : « Tout le monde vous dira qui je ne suis pas un musicien. C’est juste. Dès le début de ma carrière, je me suis, de suite, classé parmi les phonométrographes. »

Marie-Hélène Doguet-Dziomba

Notes :
1 S. Cottet, « Musique contemporaine : la fuite du son », LCD « Ouï ! En avant derrière la musique », p. 60.
2 Ibid., p. 64.
3 Maria Josefina Sota Fuentes, « Le Traité d’harmonie de Schoenberg : « L’équilibre de forces dans une tension maximale » », LCD op. cit., p. 86.
4 S. Cottet, op. cit., p. 52.
5 Ibid., p. 53.
6 John Cage, Silence, discours et écrits, Denoel, 1970, cité par Jean-Pierre Armengaud, Erik Satie, Fayard, p. 32-33.
7 Ibid., p. 32.

Après la séance...

On peut écouter ou ré-écouter les deux séquences de la soirée en cliquant sur les images ci-dessous :

Introduction de Marie-Hélène Doguet-Dziomba suivie de la conférence de Philippe Bénichou sur Schoenberg et John Cage

(Femme rouge, Arnold Schoenberg)

Conférence de Marie-Hélène Doguet-Dziomba et conférence de Catherine Grosbois sur Eric Satie

(Autoportrait, Eric Satie)

Cette soirée était organisée par Marie-Hélène Doguet, déléguée régionale de l’ACF-Normandie et Catherine Grosbois, toutes deux membres de l’ACF-Normandie et de l’ECF.

Elle a eu lieu Mardi 29 novembre 2016 à 21 h.

Maison de la psychanalyse en Normandie,
48 rue l’Abbé de l’Epée, à Rouen (76).
Consulter le plan d’accès ».

Participation aux frais : 5 € pour la soirée, ou 25 € pour l’ensemble des séminaires proposés par l’ACF-Normandie.

Renseignements :

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