ARTS-Connexion - Théâtre et Psychanalyse

Finir en beauté de Mohammed El Khatib

Vendredi 14 octobre 2016 - 20h - Mont-Saint-Aignan

Mercredi 7 septembre 2016, par MB // Lire, Ecouter, Voir


ARTS-connexion, séminaire de l’Association Cause Freudienne en Normandie en association avec le Centre Dramatique de Normandie

vous invite à une soirée au Rexy

autour de la pièce de Mohammed El Khatib

Finir en beauté

Avec la participation de l’équipe artistique, de Marie-Claude Sureau, psychanalyste et Elodie Guignard, psychologue orientée par la psychanalyse au Centre Henri Becquerel


Mohammed El Khatib, à partir d’entretiens enregistrés, reconstruit une sorte de journal, débuté le jour de la mort de sa mère, de ces moments où tout se précipite, où chaque mot, chaque geste prend tout son poids. Entre silence et absence, Mohammed El Khatib nous parle avec tendresse, humour et ironie de sa mère exilée pour qui le désir de vivre fut bien plus fort que la réalité de la mort. Que reste-t-il d’elle après sa disparition ? Il témoigne de sa souffrance dans ce moment de séparation d’un être que certains disent « immortel », tout du moins dans les mots et les souvenirs. C’est le témoignage intime d’un fils sur les derniers jours de sa mère que Mohammed El Khatib met en scène de manière bouleversante. C’est là une extraordinaire occasion, aux confins du vivant, que puisse éclore un symbolisme inédit, impliquant la mise en œuvre de nouvelles règles, de nouvelles modalités d’échanges, une brèche possible pour tenter d’élaborer l’impensable, pour tenter de sauvegarder, de préserver la dimension subjective, d’humaniser l’absurde. Si l’artiste précède le psychanalyste, c’est en interrogeant l’action de chacun au désir qui l’habite, ce désir face au réel de la mort. De ces réponses singulières, Mohammed El Khatib en a fait écriture...

Le débat aura lieu à 21 h le vendredi 14 octobre.
La salle étant de petite capacité, il est recommandé de réserver dès maintenant. Plusieurs représentations sont proposées : mardi 11 octobre à 20 h, mercredi 12 octobre à 19 h, jeudi 13 octobre à 20 h, vendredi 14 octobre à 20 h, samedi 15 octobre à 18 h.
Il est possible, le cas échéant, de participer au débat prévu le vendredi 14 octobre à 21 h en ayant assisté à une autre représentation.

Pour plus d’informations consulter le site du Centre Dramatique de Normandie

A bientôt donc…

Après-coup...

Un texte de Lydie Lemercier-Gemptel et Christelle Pollefoort

D’emblée nous sommes invités à nous asseoir sur scène, en demi-cercle, tout près de Mohamed El Khatib, sur des petits tabourets. Pas de mise à distance possible, ni de relâchement. Nous sommes mis en tension, avec lui. Il développe en effet depuis quelques années un travail d’écriture de l’intime, et explore différents modes d’exposition « anti-spectaculaire ». Nous y sommes.

L’auteur-metteur en scène-acteur nous emmène au cœur d’un travail d’analyse presque sociologique, en même temps qu’au plus près de ce qu’il a vécu.
Dans cette pièce, il raconte cet évènement « à la fois exceptionnel et banal, en tous cas universel et totalement privé : celui de la mort de (sa) mère ». Il porte sur scène le matériau des « débris » de ce qu’il a pu vivre, observer, entendre, de l’annonce de la maladie de sa mère jusqu’à son décès .
Si l’artiste tente d’attraper le réel, de vouloir savoir l’inéluctable, le dire, ne pas l’ignorer, il vient bousculer le non vouloir savoir de sa mère. Cela est souligné dans l’entretien enregistré entre sa mère, lui-même et le médecin oncologue qui avance prudemment ses réponses à celle qui ne demande pas à en savoir plus, seulement à être soulagée. Mohamed El Khatib témoigne ainsi des trous dans le langage, trous liés à la différence culturelle, à la traduction dans la langue maternelle (ses parents sont d’origine marocaine et ne parlent pas français), mais aussi liés à l’impossible à dire, à entendre.

Le spectacle donne à voir presque rien, un voile vide sur le réel. Les paroles viennent tisser ce voile portées par les outils actuels : TV, téléphone, enregistrements audio. Enregistrées, elles défilent sur un écran noir. Nous les lisons à mesure que nous entendons les voix. Nous avons peu à voir, beaucoup à entendre, le texte écrit auquel nous accrocher, et le sourire de l’acteur. A l’heure du montré à voir, Mohamed El Khatib joue du minimalisme. Seule une image surgira comme par effraction, rappelant l’effort pour voiler le trauma du réel. Une photographie de sa mère, belle et tellement vivante encore, viendra clore la représentation, pour « finir en beauté ».

L’échange, mené avec délicatesse et curiosité par Elodie Guignard et Marie-Claude Sureau, accompagnées de Catherine Dewitt1, nous a permis d’en saisir un peu plus de ce travail de nouage auquel l’auteur-metteur en scène-acteur s’est attelé. Le postulat sous-tendant le travail de Mohamed El Khatib depuis quelques années – « L’esthétique n’est pas dénuée de sens politique » – prend ici tout son sens. Il interroge : Comment faire avec le réel de la maladie, de la mort ? Pourquoi ce tabou dans notre société ?
Malgré les dénégations de l’auteur, ce travail théâtral reste noué à la question du deuil. L’objet construit, le spectacle, efface peu à peu la mère perdue tout en la rendant toujours plus présente, absente à la fois. Lacan souligne dans le Séminaire X que “Nous ne sommes en deuil que de quelqu’un dont nous pouvons nous dire J’étais son manque2”, être au lieu de son manque, c’est-à-dire de son désir. Mohamed El Khatib est le seul fils de la famille, entouré de quatre sœurs. Il est celui qui est prêt, dit-il, à effectuer “une OPA organique” pour celle qui a refusé autrefois une greffe du foie pour ne pas quitter son fils jugé, malgré ses 16 ans, « trop petit » !

Oui, on rit aussi. Car c’est avec humour et sensibilité que Mohamed El Khatib témoigne de ce qu’il a pu observer de l’impossible à dire, de la maladresse de chacun, dans cette période étrange aussi de l’après, où les mots semblent bien souvent dérisoires, toujours à côté, et les attitudes gauches ou décalées face au chagrin et à la solitude ressentie. Ce ratage ricoche, jusqu’aux sons stridents de la musique désaccordée lors de la cérémonie traditionnelle.
Le spectateur repart certes un peu grave, mais souriant, et rendu sensible à ce passage de la vie à la mort. Tout cela sans complaisance morbide. C’est là le talent artistique de Mohamed El Khatib. Il poursuit actuellement un travail avec des personnes ayant perdu un enfant, travail dans lequel il s’agit, là encore, de faire nouage entre le réel de la mort, la représentation imaginaire, et le texte, propre au symbolique. Nous continuerons d’être attentifs à ses prochaines créations théâtrales.

Un grand merci à Catherine Dewitt, Elodie Guignard, Marie-Claude Sureau, et bien sûr à Mohamed El Khatib qui a eu la gentillesse de se prêter au jeu de la conversation. Un grand merci pour cette belle soirée de partage.

Lydie Lemercier-Gemptel, Christelle Pollefoort

Notes :

1 Catherine Dewitt est artiste permanente et dramaturge du CDN de Normandie-Rouen.
2 Jacques LACAN, Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 166.

Vendredi 14 octobre, 20h – Mont-Saint-Aignan (76)

Théâtre Le Rexy
31-33 rue Aroux
76 Mont-St-Aignan

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En bus : ligne F2, arrêt du Village
En voiture : petit parking à côté du Rexy, ou parking place du Village.

Entrée : 14 euros
tarif réduit (pour les personnes ayant une carte du CDN pour la saison en cours) : 9 euros

Pour réserver une place à une séance »

Contacts (pour la soirée du 14 octobre) :

Elodie Guignard

Lydie Lemercier Gemptel

Claire Pigeon

Christelle Pollefoort

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