Après le Xe Congrès de l’AMP

Impressions de Rio

Mardi 31 mai - 21h - Rouen

Mercredi 4 mai 2016, par MB // Rencontres d’hier


Après le Xe congrès de l’AMP

Le corps parlant

Sur l’inconscient au XXIe siècle

Impressions de Rio


Le Congrès de l’AMP vient d’avoir lieu du 25 au 28 Avril, à Rio de Janeiro.
Nous étions six collègues de Normandie à participer à cet évènement.

« Le corps parlant. Sur l’inconscient au XXIe siècle » s’est décliné en plusieurs thématiques :
– Le corps parlant entre vide et excès
– Comment la sexuation touche le parlêtre ?
– Que reste-t-il de nos fantasmes ?
– Faire du sinthome un escabeau
– Se faire dupe d’un réel : qu’est-ce que « croire au sinthome » ?
– Du corps à l’évènement de corps : une nouvelle pratique ?

Il y a eu les témoignages des AE de l’Ecole Une.
Il y a eu la Journée clinique avec plus de 160 interventions !
Il y a eu l’intervention de clôture de J.-A. Miller.

Alors bien sûr, pas question d’exhaustivité ni de « tout », plutôt des « Impressions de Rio », à plusieurs voix, pour transmettre quelques lumières et quelques ombres, des surprises, ce qui a fait nouveauté pour chacun d’entre nous.

Avant de partir pour Barcelone en 2018…

Avec les voix de Marie-Hélène Doguet-Dziomba, Serge Dziomba, Catherine Grobois, Eric Guillot, Marie-Claude Sureau, Valérie Pera-Guillot.

« L’inconscient n’est plus un déficit de conscience,

l’inconscient c’est l’Un jouissant »


La soirée « Impressions de Rio » a eu lieu le 31 mai 2016 à Rouen. Il s’agissait de faire valoir, témoigner autour de points vifs qu’avaient retenus les collègues qui ont participé au congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse qui s’est tenu à Rio du25 au 29 avril 2016 autour du thème l’inconscient et le corps parlant au XXIe siècle. Sont intervenus Marie-Hélène Doguet-Dziomba, Catherine Grosbois, Marie-Claude Sureau. Ce texte est le fruit de mon intervention.

Serge Dziomba



Cette formule tirée de l’intervention d’Éric Laurent lors du dernier congrès de l’AMP à Rio a retenu mon attention. Elle concerne l’inconscient, en bouleverse la notion, le reconsidère, le redéfinit, à partir de l’incidence du « corps parlant ». Ce nouvel inconscient comporte le corps en lien avec la jouissance, ce qui en transforme l’approche, voire la subvertit.

« L’inconscient n’est plus un déficit de conscience »

Il s’agit de tirer les conséquences du « dernier Lacan » tel que Jacques-Alain Miller les enseigne : la jouissance n’est plus aperçue à partir de la théorie lacanienne du désir comme ce qui serait « en plus » ou comme « reste » soumis au symbolique, maitrisée ; mais comme ce qui part du corps pour revenir au corps « qui se manifeste physiquement ». De même, l’image du corps sert ce corps qui se manifeste, là où il n’était qu’un effet de l’image, fixé au miroir. Le corps n’est plus ni construction signifiante ni surface étendue imaginaire mais appréhendé en tant que réel. Ce corps réel « se jouit ». Cette intrication du corps et de la jouissance implique le signifiant qui en est l’agent traumatique, mais c’est un signifiant débarrassé de son lien à un autre signifiant, débarrassé de son armature symbolique. Ainsi l’accent est mis sur la jouissance « traumatisée » par le signifiant, sur la façon dont le signifiant l’a percutée, sur la façon dont chaque corps parlant a fait avec un son, un mot, une phrase, qui a fait évènement. Cette jouissance traumatisée est aussi celle qui traumatise parce qu’elle est celle qui embarrasse.

Dans cette intrication corps-jouissance, il faut considérer le signifiant, sa fonction et son action à partir de cette intrication. Car le corps parlant conjoint deux aspects : on parle à partir de sa jouissance et on parle de cette jouissance.

« L’inconscient c’est l’Un jouissant »

Cette scansion renvoie à la singularité. Elle comporte la dimension traumatique du corps « qui se jouit ». Le trauma est un point d’appui pour faire apparaître la lalangue à partir de laquelle peut s’écrire ce qui est singulier, non collectivisable, ce qui fait « Un tout seul » pour chaque « corps parlant ».

Le « parlêtre » est une entité qui a un corps parlant où « avoir un corps » se distingue de le posséder. Croire que l’on possède un corps est un leurre qui s’enracine dans l’image du corps propre. L’usage du smartphone le montre avec le selfie qui en permet la capture dans un instantané. L’arrêt du corps sur image, cet instantané, peut donner l’impression de cette possession, l’impression que le corps, on en jouit comme d’un objet. Or, Jacques -Alain Miller montre le dernier enseignement de Lacan tourné vers le corps qui se jouit, la réflexivité de la jouissance. Cette réflexivité par exemple dans la pulsion, tourne autour de l’objet pour revenir sur le corps.

La jouissance c’est l’Un comme moyen et finalité.

La notion d’« Un jouissant » s’appuie sur le « sinthome », qui « s’attrape » dans sa constance singulière et irréductible comme mode de vie, mode de jouir, d’Un parlêtre.

Dans une analyse, on a à faire avec la consistance du corps parlant qui « se démontre exister ». C’est la lalangue qui le fait exister en tant que corps parlant, et c’est avec son corps jouissant que l’homme parle comme le dit Lacan dans son écrit « Joyce le symptôme ».

Encore faut-il faire une distinction entre avoir un corps à partir du fantasme et avoir un corps à partir du sinthome, à partir de l’Un jouissant comme inconscient.

Deux architectures

Jacques-Alain Miller situe le sujet de l’inconscient et sa jouissance chez Lacan selon deux grandes « architectures ». Elles conduisent à interroger les rapports entre le sujet de l’inconscient et la jouissance selon deux modalités. Quelle implication pour le sujet de l’inconscient selon qu’il est d’une architecture ou de l’autre ? Il faut donc suivre le sujet de l’inconscient selon ces deux architectures.

L’inconscient structuré comme un langage, sa logique et son sujet

Dans la première architecture, le sujet renvoyé à l’inconscient structuré comme un langage, « relève du logique pur, du signifiant ». L’inconscient est posé comme constitué par des éléments combinés, fait de pure logique. Le sujet est sans corps autre que logique, il relève purement d’une logique signifiante, c’est un sujet du symbolique. Pour Lacan, dans ce moment, nous dit Jacques-Alain Miller, il s’agit de faire la théorie du déchiffrement de l’inconscient avec l’aide de la linguistique. Cette première architecture est basée sur la séparation nette entre les formations de l’inconscient et la théorie des pulsions freudiennes. Dans ce cadre, où la jouissance est située du côté imaginaire et sous la férule du symbolique, le sujet du signifiant s’en fait le maître. La jouissance est modelée sur la structure du signifiant, Lacan l’écrit avec la lettre a. Elle est « cause », « reste », « en plus », « perdue » ; elle se présente comme l’objet source de jouissance qui vous pousse à chercher à le retrouver.

Dans cette architecture, la fonction du signifiant est de se faire le maître de la jouissance, le corps est un corps soumis à la représentation par le scénario – soit un corps imaginaire.

L’inconscient relève du corps parlant

La deuxième architecture permet un rapprochement entre le dire d’E.Laurent « l’inconscient c’est l’Un jouissant » et la formule du dernier enseignement de Lacan : « l’inconscient relève du corps parlant » qui est exactement opposée de celle de son première enseignement « l’inconscient relève du logique pur, autrement dit du signifiant ».Ici, le sujet de l’inconscient a un corps qui est un corps qui se manifeste physiquement – LOM – comme l’écrit Lacan. De ce seul fait qu’il a un corps, le sujet n’est plus le sujet de l’inconscient structuré comme un langage.

Il est parlant, LOM. Ces trois lettres forment l’écriture de l’entité humaine sans prédicat ni qualificatif. LOM est hors sens, il existe parce qu’il ne fait pas sens, LOM, et il parle avec son corps dont il se sert pour parler. La parole sort et entre dans les corps ; de ce fait elle a des effets dans le corps. Ce que Jacques-Alain Miller nomme « affects somatiques de lalangue ».

L’inconscient structuré comme un langage comportait le binarisme inconscient-pulsion, chacun avec son régime. Avec l’inconscient qui a un corps avec lequel LOM parle, il y a, non plus un binarisme, mais une conjonction diachronique, une équivalence entre l’inconscient et la pulsion. C’est en effet, un inconscient de pure jouissance, qui avec la parole passe par le corps et l’affecte. C’est l’Un jouissant appuyé sur la lalangue.

Ce nouvel inconscient, nouveau car subverti par rapport à la structure symbolique, et le corps parlant sont un seul et même réel qui résonne par la lalangue.

Partant du constat que les pratiques orientées par l’enseignement de Jacques-Alain Miller en tiennent compte, il nous reste à travailler sa dimension théorique, à approfondir afin que nous soyons capables de relever les défis réels du XXIe siècle.

Serge Dziomba

Mardi 31 mai, 21h

Participation aux frais : 5 euros

Maison de la psychanalyse en Normandie, 48 rue de l’Abbé de l’Epée, Rouen (76)
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Responsable : Marie-Hélène Doguet Dziomba

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