Congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse

Le corps parlant - Sur l’inconscient au XXIe siècle

25 - 28 avril 2016 - Rio de Janeiro

Mercredi 10 février 2016, par MB // Rencontres d’hier


Xe congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse

Le corps parlant

Sur l’inconscient au XXIe siècle


Notre corps nous dit des choses à tout instant. Pour les médecins, ses signes renseignent sur l’état du fonctionnement de la machine. Le corps peut pourtant nous dire bien davantage, puisqu’il est aussi notre histoire vivante, le résultat de tout ce qui, dans nos rencontres, et avant même notre naissance, nous aura marqué et constitué.

C’est ce que nous a appris Freud. Qui plus est, c’est en touchant à ces paroles que l’on touche aussi à la vie même du corps et à sa jouissance.

De cette pluie des mots qui nous tombent dessus, qu’est-ce qui compte ? Qu’est-ce qui nous marque et fera partie de nous, en nous constituant comme sujet ? Déjà, l’unité de notre corps n’est pas une donnée. Il nous faut quelqu’un, la mère ou celui qui s’occupe de nous, pour lui donner peu à peu consistance et c’est en tant que je suis capable de vivre l’essaim de sensations et de pensées qui me traversent comme étant miennes, que ce corps jusque là parlé devient un corps qui parle, mon corps.

Aujourd’hui, ce qui faisait support d’identification imaginaire risque d’être remplacé par l’éclatement de la légion de tous les savoirs qui interviennent en temps réel depuis Google auprès de l’enfant. On est en droit de se demander si quelque chose n’a pas bougé dans le miroir de l’Autre.

C’est ce que veut tout d’abord montrer notre affiche. Elle reprend l’œuvre de Vik Muniz, artiste peintre brésilien, qui a pris un tableau classique d’Eckersberg et l’a refait à l’aide des morceaux déchirés de magazines. L’artiste appelle la série d’images dont cette œuvre fait partie : miroirs de papier.

L’œuvre nous donne ce sentiment tellement contemporain : l’image de soi ne tient que tant qu’on la regarde de loin. Ce n’est pas tant l’idée commune : « en se rapprochant, on voit les vices et les secrets cachés ». C’est surtout qu’on voit à quel point l’image de soi, corps inclus, est fabriquée.

Mais l’affiche veut aussi indiquer quelque chose d’autre (incarnée par le titre qui vient flotter quelque part entre l’image et nous). Il propose le thème de notre Congrès :Le corps parlant : sur l’inconscient au XXIe siècle.

Il ne s’agit pas, pourtant, de ce dont on vient de parler. Ce n’est pas le corps parlé ou le corps qui aurait acquis la faculté de parler, mais le corps parlant.

Prendre, en effet, le pari de l’inconscient, revient à accepter ceci : ce qui nous soutient comme un n’est pas ce que le miroir nous renvoie, c’est retrouver ce soutien plutôt du côté d’un foisonnement de souvenirs ou se trouvent melangés des images et des bribes de discours.

Dans le cas où l’on poursuit l’entreprise le plus loin possible, chaque fois qu’on s’approche le plus près de la jouissance la plus essentielle d’un corps, quand on s’approche de ce qui tient quelqu’un en vie, à la pointe ultime de sa singularité, on ne rencontre aucune unité, d’une part, et toujours quelque chose qui est fait en même temps de langage et de jouissance (ce que Lacan appellera lalangue). C’est ce qui se découvre avec les témoignages de ceux qui ont mené leur analyses jusqu’à ce point et qui, d’avoir offert leur récit au dispositif de la passe, ont été nommés Analystes de l’École.

Qu’en est-il du corps ? Depuis la passe, notre corps est un véritable « collage surréaliste » (comme le dit Lacan dans le Séminaire XI à propos de la pulsion). Il est un peu comme celui de la femme de l’affiche.

Or, il y a quelque chose qui fait la différence entre le corps éclaté d’aujourd’hui et le corps tel qu’une analyse nous le fait considérer : c’est que l’analyse nous révèle à quel point on se soutient précisément de ces morceaux de jouissance qui sont en même temps des morceaux de langue.

Ils ne sont pas si nombreux que cela. Au fil des rencontres, on s’aperçoit qu’il y a quelque chose qui leur donne le la, comme une note qui revient sans cesse dans la mélodie (et ce n’est pas un hasard si l’on parle ici souvent de percussion car ce quelque chose n’a pas beaucoup de sens, juste une ré-incidence continuelle dans nos dires). Nommons-le, depuis Lacan sinthome.

De ce point de vue, la femme de l’affiche n’a de corps que parce que le sinthome, cette frappe première de l’Autre du langage sur le vivant, se fait parole et que de passer au parler, elle s’imbrique avec d’autres paroles et compose une mosaïque langagière qui fait semblant d’unité. C’est de parler, donc, qu’elle peut avoir un corps, et se croire l’être, d’où le terme proposé par Lacan dans ces derniers séminaires : parlêtre.

Cela ne veut pas dire que l’on sait comment s’y prendre. On est plus habitué à avoir affaire à un sujet qui vient nous voir en tenant à son corps plutôt comme à une unité fermée, qui, par exemple, n‘accepte pas de le modifier à tout instant car il y tient comme au lieu sacré de son âme. Supposons qu’on soit de plus en plus aux prises avec un corps comme celui de cette femme, qui ne croit plus tellement qu’elle a un corps, mais plutôt qu’elle l’a et le travaille comme elle le peut, sans toutefois pouvoir se servir de l’appui donné par son sinthome.

Je comprends ainsi pourquoi J. A. Miller nous a proposé, dans sa présentation du thème, d’aborder l’éclatement de l’imaginaire contemporain appuyé sur le concept lacanien du parlêtre et de faire un pari.On fera, donc, notre sa proposition : « faisons le pari qu’analyser le parlêtre on le fait déjà il suffit de savoir le dire ».

Il ne s’agit pas simplement d’opposer sujet et parlêtre, comme si l’un appartenait au passé et l’autre à l’avenir, mais de examiner les effets de la substitution, au présent, de l’un à l’autre dans l’abord de l’expérience clinique. Il s’agira de bien dire ce qui se passe dans notre pratique quand elle se donne comme partenaire le parlêtre, c’est à dire, quand elle vise le parlant du corps et pas tellement ce que ce parler engendre comme semblant d’identité.

C’est que notre pratique a de plus en plus affaire à une autre division que la division de tout temps théorisée comme celle de l’âme et du corps.

On peut penser à celle de quelqu’un qui a le pouvoir et en jouit, mais voit que son usage sans limites de la cocaïne le met en danger, ou à l’exemple de cette femme qui ne peut être dans l’amour que comme objet maltraité mais qui en même temps réussit dans les affaires comme nulle autre. Il s’agit donc de la division des jouissances, toutes deux du corps, et non pas de celle de l’âme et du corps.

Il faudra se servir de la tension proposée par Jacques-Alain Miller entre sinthome et escabeau, puisque ce dernier part de « la négation de l’inconscient » par quoi on peut se « croire maître de son être ». On puise alors de la culture un escabeau ce quelque chose « sur quoi le parlêtre se hisse, monte pour se faire beau » pour « se pousser du col et faire le glorieux ».

Nous aurons aussi à reprendre ce qu’il nous propose comme une triade composée par débilité, délire et duperie comme des véritables axes cliniques en ce qui concerne les trois registres imaginaire, symbolique et réel dans le cadre de l’expérience avec le parlêtre. En effet, le sinthome vient nouer la débilité de se prendre comme Un corps, le délire d’articuler ce qui permet d’y croire et la duperie de se laisser aller par leur pouvoir de cerner : « un réel auquel croire sans y adhérer, un réel qui n’a pas de sens, indifférent au sens, et qui ne peut être autre que ce qu’il est ». Peut-on dire que nous avons accés à ce plan dans l’experience clinique quotidienne ? Il me semble plus prudent de s’en servir comme d’une table d’orientation pour parcourrir les formes actuelles de nos souffrances, errances et jouissances.

C’est une grande exigence clinique. Elle commencera par l’effort de réduire l’Écart qui se produit parfois entre ce que l’on lit, ce qu’on écrit et ce qu’on fait.

Seule une communauté comme la nôtre peut se proposer une telle tâche.

Nos congrès, tous les deux ans, sont le moment de convergence du travail de cette communauté, des membres de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Nous sommes éparpillés dans le monde mais on travaille sur une même orientation. Assurer que cette orientation soit a l’œuvre dans notre Association est le travail infatigable de notre président, qui suit de près la préparation de cette rencontre.

Vous allez connaître bientôt le site du Congrès ainsi que tous les renseignements pratiques en ce qui concerne les inscriptions et les moyens de s’y rendre.

Finalement un mot pour vous dire que le Brésil, siège de ce congrès, peut jouer son rôle. C’est un pays qui prend très au sérieux pour le meilleur et le pire la puissance des corps, qui a la tradition des immenses manifestations ou le parlant du corps se fait présent et ordonne et fait tenir des masses qui se comptent parfois en millions. Les membres de l’École Brésilienne de Psychanalyse, sont à l’écoute de ce que l’enseignement de Lacan peut en extraire comme conséquences.

A mon avis, l’important c’est de souligner ce qui se passe quand le parlant du corps est là, soutenant un dire en ce qu’il pourra engendrer de rire ou de scandale.

N’est-ce pas un peu ce qui rend compte de notre grand nombre dans nos Journées et Congrès ? C’est qu’on sait qu’on peut tout lire sur Google et tout voir sur Facebook, mais que pour être au point du pari, le pari de l’indécidable, de ce qu’un dire peut provoquer quand il rencontre le corps, il faut être là.

C’est le fait de la rencontre avec un dire en tant qu’elle change une vie, qui reste le défi d’une analyse et pour cela, selon le poète, il n’y a pas d’équilibre seulement des équilibristes. C’est à ce titre que je vous invite à venir rencontrer les membres de l’AMP dans son travail au Brésil.

Marcus André Vieira
Président du Xe congrès de l’AMP

25 - 28 avril 2016
Rio de Janeiro

Pour consulter le programme »

NB : les inscriptions sont closes

Mais vous trouverez sur le site du Xe congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse des articles, des textes d’orientation, des interviews...

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