Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! Le bulletin Uforca

Numéro 12 – Janvier 2016

Jeudi 4 février 2016, par BB // IRONIK !, le bulletin Uforca


« De l’art, nous avons à prendre de la graine ! »
Jacques Lacan, « Les non-dupes errent »

Nous avons pu rencontrer l’ironie de celui de Warhol au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Je m’y suis baladée...d’abord maussade d’être accueillie par la répétition de ses boîtes ouvertes de soupe Campbell. J’étais déjà lassée et effrayée tout à la fois par la vacuité de ces réceptacles de potage, nouveaux vases de potiers de la société industrielle à laquelle ils semblent faire offrande, sans vouloir dire grand-chose. Et puis progressivement, à mesure que j’avançais pas à pas dans l’exposition, prise au jeu des productions de l’artiste, un réel est dénudé par l’artiste : le regard se dévoile n’être rien.
Le peintre affirma un jour : « Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, regardez la surface de mes peintures. Il n’y a rien derrière. »
Regarder son œuvre, c’est en effet l’expérimenter jusqu’à la corde ! D’ailleurs, c’est sa politique : « Toujours faire en sorte qu’on en veuille moins », saturer notre regard par l’excès, la quantité, les couleurs flashy, vider les objets de leur substance avec une insistance insupportable et avoir le souci scénographique de présenter ses Shadows
sur les murs, de manière à ce qu’elles soient exactement dans la ligne de mire de notre regard, sans qu’on puisse jamais ni les embrasser toutes en même temps, ni s’en détacher une seconde, dans une ambiance de cirque...
Son usage de la répétition est-il d’ailleurs ce que l’on croit ? Nous avons l’illusion d’une série de mêmes, monotone hymne à la culture de masse, à peine variables par leurs couleurs et qui semblent si faciles à copier. C’est par le procédé artisanal exposé sous nos yeux comme la lettre de Poe qu’on ne voit pas, que les Shadows par exemple sont rendues non reproductibles. Circulez, il y a rien à voir !
L’infatigable Andy, s’il ne filmait pas, peignait pourtant à fond chaque jour, le corps engagé dans la sublimation. Il disait ne lire des commentaires de son travail « que le grain des mots » et ambitionnait comme Duchamp « d’en finir avec l’art ». Il prédisait le sien sans postérité mais en usait jusqu’à plus soif pour atteindre un réel sans ordre ni loi. Jacques-Alain Miller dans sa présentation du thème du Xe Congrès de l’AMP à Rio évoque « ces fabricants d’escabeaux destinés à faire de l’art avec le symptôme, avec la jouissance opaque du symptôme », d’où Wharhol a fomenté le sien.
Perché sur son escabeau aux couleurs de coca-cola, sa perruque sur la tête, Andy Warhol nous fait encore parler.

Ironikement vôtre,
Marie Laurent

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Sommaire :

DU SYMPTÔME AU SINTHOME
Danièle Lacadée
Pourquoi avons-nous des symptômes ? Pour Freud à ses débuts, le symptôme est un phénomène pathologique qui touche quelques sujets et la névrose est due à un traumatisme sexuel, ou à la « sexualité », à entendre au sens large d’un rapport d’amour à l’autre sexe. Cependant trente-cinq ans plus tard, dans Malaise dans la civilisation, Freud avance que la sexualité est en elle-même traumatique et qu’il y a en elle quelque chose d’inassimilable...

LES ÉNIGMES DU CORPS PARLANT
Nicole Borie
Si le corps est un viatique pour nous sentir vivant, il reste une énigme pour le parlêtre. Je m’attacherai à décliner ces énigmes : celle de la pulsion qui décerne le corps libidinal, celle produite par le signifiant qui découpe le corps parlant

L’amour est une marguerite
AIMER LA TACHE
Pénélope Fay
Un corps fait d’une même peau : c’est en ces termes que Sylvia Plath dépeint sa relation à Ted Hughes : « Il n’y a aucune barrière entre nous. C’est un peu comme si ni l’un ni l’autre (ni moi surtout) n’avions de peau, ou n’avions qu’une peau pour deux, et ne cessions de nous heurter l’un à l’autre et de nous écorcher »

Scientif-hic !
Ô TEMPS SUSPEND TON VOL
Marie Tabarin
Souvent comparé à un couteau génétique, parfois à un couteau suisse, l’outil CRISPR-Cas9 permet d’opérer sur n’importe quel ADN de véritables « couper-coller ». Il a valu de nombreuses récompenses à Emmanuelle Charpentier et à Jennifer Doudna qui en revendiquent la paternité conjointe. Mais tandis que cette dernière brandit fièrement son trophée, le doute s’immisce.

MYRIAM PERRIN INTERVIEWE PIERRE-GILLES GUÉGUEN
Psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, Pierre-Gilles Guéguen a choisi pour nous un extrait du Séminaire Encore : « Le langage sans doute est fait de lalangue. C’est une élucubration de savoir sur lalangue. Mais l’inconscient est un savoir, un savoir-faire avec lalangue ».

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