CIEN (Centre Interdisciplinaire sur l’ENfant)

Un laboratoire CIEN en formation : « Au bor’D m’O »

Les lundis 10 nov., 15 déc. 2014, 26 janv., 16 mars, 18 mai, 8 juin 2015 - 17h15- Verneuil-sur-Avre

Mercredi 3 décembre 2014, par MB // ACF 2014-15 : les archives


« Au bor’D m’O »

Ce laboratoire s’est constitué le 11 juin 2014 et s’est déclaré au CIEN dans la foulée.

En voici l’argument :

« Comment aborder le malaise des adolescents, sans oublier de les entendre au un par un ? Ce laboratoire se donne pour objet de faire bord, en voguant autour des écueils souvent bien réels, ces maux sur lesquels nous risquons d’achopper, au risque de couler avec les adolescents dont nous voudrions nous occuper ... si nous restions seuls dans la barque, voguer non sans la boussole du pari de la parole pour nous orienter !
Tel a été le pari que notre laboratoire a pris, en se réunissant autour des questions que nous partageons, dans un échange enthousiaste et sérieux gravitant comme en orbite autour des impasses et expériences de chacun, lesquelles constituant un creux central, manque salutaire qui évite de s’agglutiner. La nécessité de nous parler, entre adultes, pour mieux naviguer avec les adolescents ; la difficulté pour chacun de soutenir la détresse de certains sujets, la place des gadgets dans la vie des jeunes aujourd’hui …etc., sont des axes qui orienteront encore nos échanges cette année. C’est avec un désir décidé que nous souhaitons ne pas refermer trop vite la brèche qu’ouvrent les ados quand ils poussent notre porte, et mettre cette brèche au travail d’une conversation pour garder ces lieux habitables. »

- Lundi 10 novembre 2014
Notre rencontre du 10 novembre dernier a permis d’échanger sur les sujets suivants :

La vérité du discours de l’enfant s’est posée en début de séance à côté de celle de l’interprétation. Comment interpréter la relation vécue par l’enfant avec les autres (parents, professeurs…) ? A cela pas de réponse toute faite mais plutôt une considération de sa souffrance. Si parfois le signalement peut être un recours nécessaire, il y a d’abord pour le jeune a prendre acte de l’importance pour lui de faire appel à quelqu’un, d’être entendu et reconnu dans ce qui se passe pour lui. Cela a interrogé aussi la place des différents professionnels et finalement la manière dont les adultes se parlent. Comme le dit Lacan, l’enfant est parlé bien avant sa naissance et nous pourrions dire que l’adolescent, période de transition vers l’âge adulte, a besoin pour son devenir que les adultes parlent de lui avant qu’il le devienne.

L’urgence subjective finalement est à considérer au cas par cas : l’école c’est apprendre à se séparer (on pourrait dire de ses idéaux, de ses parents, de ses repères...). Cela pose la question de savoir comment ça se traite avec le jeune et qu’est ce qu’on en fait en tant qu’adulte ? La réponse n’est pas certaine, pas immédiate non plus, mais la présence acte l’importance de ce qui vient de se dire. C’est faire avec le réel de la vie (le réel comme impensable, impossible à supporter et impossible à éviter comme nous le dit Philippe La Sagna). Accepter notre impuissance parfois, notre impossibilité à donner une réponse qui viendrait combler le jeune mais qui finalement relance le désir d’une parole singulière.

La séparation est un thème qui pourrait devenir le fil conducteur de nos rencontres. Il existe plusieurs formes de séparations. A nous, au un par un, mais pas tout seul, de faire de tout ce qui nous sépare un point de rencontre !

- Lundi 15 décembre 2014 :
Après nos échanges sur des situations d’adolescents en situation d’errance, de rupture, nous avions proposé de faire un petit détour par le passage à l’acte, l’acting-out et la fugue, avec ce qu’en dit la psychanalyse pour éclairer ces situations toujours précaires dans lesquelles un adolescent peut s’engouffrer.
Pour présenter cela, Laurence Morel s’est référée au séminaire X de Lacan, L’angoisse1, (chapitre IX) ainsi qu’à un article de Henri Mazières paru dans Letterina n°22 : Suicide et adolescence2.

Repartant du cas de Freud - « La jeune homosexuelle »3 - , mais aussi du cas « Dora »4, Lacan souligne une notion fondamentale : le laisser-tomber, corrélat, dit-il, du passage à l’acte. Dans ce moment du plus grand embarras du sujet, il se précipite de là où il est et bascule hors de la scène : c’est la structure du passage à l’acte. Lacan illustre ce point avec la jeune homosexuelle : lorsqu’elle saute par dessus la barrière pour se jeter du pont sur la voie ferrée dans une tentative de suicide. Heureusement indemne, elle rencontrera Freud. Le sujet, dit Lacan, va dans la direction de « s’évader de la scène » ; Lacan en donne aussi pour exemple manifeste le cas de la fugue, « chez le sujet toujours plus ou moins mis en position infantile qui s’y jette », « passage de la scène au monde », « départ vagabond (...) où le sujet part à la recherche, à la rencontre, de quelque chose de rejeté, de refusé partout »5.

Il faut en distinguer l’acting-out souligne Lacan, acting-out qui est à « l’opposé du passage à l’acte » 6.

« L’ acting-out est essentiellement quelque chose, dans la conduite du sujet, qui se montre », dans une « orientation vers l’Autre », qui « s’adresse à l’Autre ». On pensera par exemple pour la jeune homosexuelle à son aventure avec la dame à la réputation douteuse, s’affichant aux yeux de tous. « L’acting-out appelle l’interprétation, (...) c’est l’amorce du transfert »7.
Cependant, comme le souligne Henri Mazières, cet appel à l’Autre dans l’acting-out se fait bel et bien à l’insu du sujet, et n’a rien à voir avec « c’est du chantage, c’est de la comédie, c’est pour se faire remarquer, etc. »8.

Ce chapitre très intéressant du Séminaire X - L’angoisse - avec ces questions de séparation et de transfert, où Lacan développe la place de l’angoisse, articulée à l’objet a - dit « objet petit a », méritera d’y revenir !

Ces notions et cette discussion ont permis de faire des ponts entre les situations d’adolescents que nous rencontrons. Ainsi, avec ces éclairages ,nous allons poursuivre notre travail en ce sens.

Laurence Morel

Notes :
1 Lacan, Le séminaire, livre X, L’angoisse, Seuil, 2004.
2 Henri Mazières, « Suicide et adolescence », Letterina 22, Les avatars de l’adolescence, Bulletin de l’ACF-Normandie, mai 1999.
3 Freud, « Psychogenèse d’un cas de d’homosexualité féminine », 1920, Névrose, psychose et perversion, PUF, 1999.
4 Freud, « Fragment d’une analyse d’hystérie (Dora) », 1905, Cinq psychanalyses, PUF, 1999.
5 Lacan, ibid, p. 136-137.
6 Lacan, ibid, p. 144.
7 Lacan, ibid, p. 147-148.
8 Henri Mazières,, ibid, p. 69.

- Lundi 26 janvier 2015 :
La dernière rencontre du laboratoire CIEN « Au bor’D m’O » nous a permis d’écouter Mme Bru Soline, animatrice à la MJC de Verneuil-sur-Avre qui a bien voulu nous témoigner de sa pratique auprès d’adolescents aux prises avec leurs angoisses. C’est un lieu d’écoute où les professionnels n’ont pas de demandes particulières. Les jeunes peuvent y venir, y rester quelques heures et repartir quand ils le veulent. C’est un lieu unique, « sas » à la jonction des familles et des institutions. Les professionnels peuvent se faire interprètes parfois du mal-être adolescent auprès des familles, parfois des institutions. Le jeune est écouté mais il est aussi soutenu dans sa recherche de solutions, de réponses afin de l’aider à soutenir une position de branchement à l’Autre du social. Ce ne peut être à chaque fois qu’au un par un, sans solutions valables pour tous. C’est aussi un lieu où l’on accompagne la découverte du manque dans l’Autre parfois douloureusement vécu pour ces jeunes qui imaginent et prêtent volontiers à un adulte un plein savoir. À l’adulte de ne pas en être dupe !

Un autre témoignage est venu soutenir l’importance de l’accueil et de l’écoute singuliers du jeune. Claire Dufaure orthophoniste nous parle de son expérience auprès de ce jeune Alexis : Alexis est un adolescent en grande difficulté scolaire, difficultés qui l’amènent à consulter en orthophonie. Au début, les mots lui font défaut pour dire ce qui se passe pour lui. Peu à peu, il se met à parler, à écrire, d’abord une phrase puis deux. Cette adresse à l’autre qui devient possible lui permet de dire combien c’est difficile pour lui d’aller au collège. « Je ne comprends rien, le professeur a beau m’expliquer cent fois, je ne comprends pas ». Il n’en dort plus la nuit. Il n’a pas trouvé au collège un adulte à qui s’adresser. À la maison, personne à qui parler non plus. Il n’arrive pas à apprendre en cours, mais il est dans le savoir ; des ressources, il en a. Il veut être maçon, il sait créer avec ses mains de jolies choses. Il demande à découvrir, à sortir. Le centre aéré l’été est pour lui une vraie opportunité de découvrir des activités qui lui plaisent. Un dialogue à son sujet se met en place entre l’orthophoniste et le CPE du collège, qui permet d’attirer l’attention sur ce jeune qui souffre discrètement au collège. L’orthophoniste transmet ses inquiétudes puis le CPE à son tour échange avec les professeurs et le principal du collège. Et tenant compte des difficultés d’Alexis, mais aussi de ses ressources, une orientation se dessine pour lui vers une filière professionnalisante où les exigences scolaires devraient être plus supportables pour lui.

Ce jeune témoigne de l’importance de trouver un lieu susceptible d’entendre ce qui en premier lieu ne peut se dire. Il est venu dire ailleurs un impossible qui a permis de dessiner pour lui « un possible » que l’on n’entendait pas. Être maçon était ce qui le tenait debout, lui permettait de donner une direction à sa vie. Il a été entendu ici qu’il détenait un savoir bien singulier sur ce qu’il voulait. En ajustant au mieux ses impasses et son désir de construction avec le savoir très généraliste de l’école, il a pu trouver une voie qui lui corresponde.

C’est un joli cas de la recherche du singulier, indiquant une issue possible pour les jeunes comme pour les professionnels.

Catherine Schwan et Laurence Morel

- Lundi 16 mars 2015 :
Cette rencontre nous a portés à questionner ce qui différencie névrose et psychose, ce qui peut nous permettre de mieux se repérer dans ces différentes structures et comment l’on pourra aborder chez l’adolescent ce qui fait souffrance.
Quelques points de repère nous ont permis de discuter sous un angle nouveau certaines situations rencontrées par l’un ou l’autre des membres du laboratoire.
Nous proposons de poursuivre ces questions lors de notre prochaine rencontre,

- Lundi 18 mai 2015 : avant-dernière séance de travail de l’année

- Lundi 8 juin 2015 : dernière séance de travail de l’année

Nous y reprendrons le fil conducteur qui nous avait orienté les dernières séquences, à savoir ce qui permet de s’y retrouver dans le discours des ados.

Cette dernière rencontre de l’année sera l’occasion d’envisager notre travail de l’année prochaine, qui sera orienté par le projet d’une rencontre sur le thème des « harcèlements ». Ce signifiant qui agite notre monde moderne, vise aussi les ados. Nous verrons comment l’aborder d’une façon qui ne nie pas la position du sujet.

Laurence Morel et Catherine Schwan sont responsables du laboratoire CIEN « Au bor’D m’O »

La prochaine séance de travail aura lieu le lundi 8 juin à 17h15 dans les locaux du CMP enfants à Verneuil-sur-Avre.

Pour participer, il est nécessaire de s’inscrire : si vous êtes intéressé par les travaux du laboratoire CIEN « Au bor’D m’O » contactez au préalable par téléphone l’une des responsables.

Renseignements et inscription :
Laurence Morel
06 76 48 59 41

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