Antenne clinique – Session 2013-14

Séminaire théorique : Le désir à l’époque de la science

Mercredi 31 juillet 2013, par BB // Session 2013-14


Dans son sixième séminaire Le désir et son interprétation, récemment publié, Lacan soutient que des diverses réalités phénoménales dont la psychanalyse traite – rêves, lapsus, traits d’esprit, symptômes, angoisse, névroses – le désir en est le point pivot.

Lacan marque sa différence en 1958 avec la psychanalyse post-freudienne où le mot de désir est voilé, où le désir viserait un objet en quelque sorte prédestiné. De même, dans la relation analytique la notion d’affectivité, positive ou négative, signale une approche honteuse du point crucial du désir.

Pour construire le concept de désir, Lacan pose d’emblée « la prise de l’homme dans le constituant de la chaîne signifiante », « la dépendance fondamentale de la subjectivité au langage ». Le désir n’est pas pur et simple jaillissement vital. Le petit d’homme est forcé à passer les besoins par la demande à l’Autre. L’Autre peut alors donner, ou non, réponse à cet appel du sujet. La transposition du besoin en demande produit un décalage : c’est là que se loge le désir, comme le souligne Jacques-Alain Miller. Le désir, qui est essentiellement manque, est inhérent à la chaîne signifiante et le sujet s’adressant à l’Autre rencontre l’énigme de son désir. D’où la formule lacanienne le désir est le désir de l’Autre.

Lacan nous enseigne que dans l’expérience analytique « le désir apparaît problématique, dispersé, polymorphe, contradictoire et bien loin de toute cooptation orientée ». Ainsi la psychanalyse ne peut s’associer à une quelconque normativation moralisante.

C’est au XVIIe siècle, selon Koyré, que s’est produite la mutation décisive par la voie de la physique inaugurant La science au sens moderne. Mais notre époque, écrivait Lacan en 1968, est la première où le progrès de la science remet en question toutes les structures sociales.
Aujourd’hui nous constatons la prévalence des discours de la science et du capitalisme et la production envahissante des objets plus-de-jouir. Cette trouvaille de Lacan, dérivée de la plus-value marxiste, est à situer dans son dernier enseignement où la jouissance est devenue centrale. Quid du désir face à l’impératif de jouissance ?
Comment les sujets de notre époque répondent-ils aux signifiants-maîtres des discours prévalents ?
La biotechnologie remanie notre corps, le psychotrope est remède au malaise, le regard et la voix, planétaires, sont omniprésents, l’addiction est généralisée. Mais le réel des psychanalystes n’est pas celui de la science qui est un réel sans sujet. La psychanalyse, quant à elle, suppose un sujet de l’inconscient.

Ainsi, le discours analytique qui n’est pas dupe, ni de la tradition, ni du progrès, offre un dispositif pour accueillir les symptômes du XXIe siècle.

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