Séminaire ACF 2012-13 – Rouen

Psychanalyse et Institutions

Les mercredis 5 déc., 30 janv., 20 mars, 10 avr., 29 mai et 19 juin

Dimanche 28 octobre 2012, par BB // ACF 2012-13 : les archives


Le séminaire « Abord psychanalytique de la psychose dans nos institutions aujourd’hui » se poursuit cette année mais s’élargit.

Ce séminaire a donné la possibilité à des équipes de venir témoigner de la façon dont la psychanalyse se distingue des autres méthodes psychothérapeutiques basées aussi sur la parole, et de l’efficacité de ses effets sur la position des sujets.
Des voix se sont fait entendre, le désir de chacun de faire place au singulier, au particulier était sensible.

Au cours de cette année 2012-2013, nous continuerons à nous orienter du réel en jeu pour chaque sujet en prenant en compte la dimension institutionnelle.
Nous observerons la modalité de travail à plusieurs ainsi que ses impasses.
Nous nous appuierons sur le désir décidé des praticiens en nous référant à une lecture assidue des textes de Freud et de Lacan.

Nous maintiendrons notre modalité de travail, ce qui fit le vif de ce séminaire : un lieu d’adresse possible des trouvailles et inventions du sujet en prise avec le réel.

Le nouveau titre de ce séminaire indique que notre intérêt cette année fera aussi place à d’autres structures que la psychose (névrose et perversion).

Nous ferons connaître dès que possible les titres et arguments des interventions.

Les interventions sont programmées aux dates suivantes :


- Mercredi 5 décembre – Isabelle Blanchard : « Je suis troué ou quoi ? »
Mr M. et sa compagne s’entourent de leurs déjections, entassent poubelles, détritus et déchets. Comment le clinicien, confronté à un tel réel en jeu dans ce cas de psychose, peut-il intervenir quand l’Autre social condamne et juge ?
D’abord : être là dans l’urgence au cœur du tragique de l’existence humaine, puis, ou dans le même temps, se faire « secrétaire de l’aliéné ».

- Mercredi 30 janvier – Anaïse Auduy-Odièvre et Zoé Verhamme : Isandre ou une position subjective singulière
Isandre est une petite fille de neuf ans présentant un handicap moteur. Les institutions qui l’accueillent – l’école et un Sessad – sont confrontées à la position énigmatique de ce sujet : tant dans son rapport au savoir que dans sa « réalité » médicale.
Elle va se saisir des séances de psychomotricité pour déployer sa question mais aussi les modalités de réponses qu’elle a inventées.

- Mercredi 20 mars – Jacqueline Antem Cavelier : « Chimère »
Quelle place pour la psychanalyse et plus précisément la psychanalyse appliquée dans un Centre de lutte contre le cancer (CLCC) de nos jours ? Il sera question ici d’une analyse succincte des discours véhiculés par l’Institution et ses professionnels à partir de situations qui n’ont pas manqué de m’interpeller quant à la place réservée au Sujet de l’Inconscient. Choc des cultures et des idéologies, ici l’excellence scientifique rencontre « la passion de l’ignorance » chère au psychologue orienté par la psychanalyse. De cette chimère nait une pratique singulière et une position pour le psychologue qui n’est pas toujours aisée à soutenir…
Elodie Guignard : La maladie et la mort : le poids muet du réel
« Cette réalité impossible à affronter qu’est la mort (…) c’est précisément en nous racontant mille fictions – fiction pris ici dans le sens le plus véridique – sur le sujet des fins dernières, que nous métaphorisons, apprivoisons, faisons rentrer dans le langage la confrontation à la mort*. »
Elodie Guignard, psychologue clinicienne à l’hôpital dans un service de cancérologie interroge ces fictions, qui constituent une sorte de mirage : « accepter sa propre mort…avec philosophie » , creuse une brèche dans cet idéal institutionnel pour tenter de faire place au sujet de l’insconcient.
*Jacques Lacan, Le séminaire, livreV, Les formations de l’inconscient, Paris, Seuil, p. 41.

-  Mercredi 10 avril  ANNULÉE et reportée au mercredi 19 juin 2013


- Mercredi 29 mai – Roger Odièvre : L’autorité
Roger Odièvre témoignera de son expérience auprès de jeunes orientés dans des établissements spécialisés et éclairera son propos à partir de textes d’orientation lacanienne.


- Mercredi 19 juin – Marie Izard Delahaye (psychologue scolaire), Corinne Jean (enseignante spécialisée), Nathalie Herbulot (enseignante spécialisée), Cécile Haure (psychologue scolaire stagiaire) : Prendre acte de la souffrance à l’école
A l’école, ça va mal, ce n’est nouveau pour personne. Le moral n’est pas au beau fixe ; le discours du Maitre se fait entendre et résonne de façon féroce.
Une équipe décide d’y mettre du sien : psychologue, psychologue stagiaire et enseignantes spécialisées travaillent de concert, chacune usant de sa mélodie pour alléger ce qui se fait lourd, pour rendre vivant ce qui ne cesse de s’étioler.
Redonner la parole à ceux que l’on veut faire taire constitue l’axe majeur de nos interventions. Cette soirée sera l’occasion de faire valoir la manière dont nous nous y prenons et d’en débattre avec le public.

Ce séminaire aura lieu les mercredis 5 décembre 2012, 30 janvier, 20 mars, 10 avril, 29 mai et 19 juin 2013 de 21 h à 23 h.

Théâtre de l’Écho du Robec, 4 impasse Marais de Carville, à Darnétal (76).

Ouvert à tous.
5 euros par séance, ou 20 euros pour l’ensemble des séminaires de l’ACF de l’année 2012-13.

Renseignements :
Marie Izard-Delahaye : 06 83 30 57 04

ou par mail :

Accès :

Le Théâtre de l’Echo du Robec se situe à l’est de Rouen, non loin de l’Ecole d’architecture, et presque au pied de l’église et de la tour de Carville.
En voiture : accès direct par la rocade Est de Rouen, ou par la route de Darnétal puis rue Lucien Fromage.
On peut se garer dans la même rue que le théâtre : le laisser sur votre droite et filer à gauche : il y a un petit parking à une centaine de mètres.
En TEOR : ligne 3 arrêt « Barrière Darnétal » ; emprunter la rue Fromage jusqu’à l’impasse des marais de Carville située à votre droite.

Télécharger le plan :

Après la séance... du merdredi 5 décembre 2012,
par Philippe Lemercier

Lacan ironisait sur la tendance des psychanalystes à se situer dans une extraterritorialité à l’abri de leur cabinet car il pensait, comme Freud, que la psychanalyse ne relevait pas d’une nécessité naturelle mais d’une conjoncture en mouvement.
La psychanalyse répond à une conjoncture, c’est une réponse mise en œuvre par des sujets décidés pour faire face à l’horreur toujours renouvelée au sein des processus de civilisation, une horreur qui parfois saute aux yeux dans des drames exceptionnellement destructeurs mais qui, le plus souvent, se niche dans des comportements réifiants liés à l’ignorance la plus banale.
Lacan a montré que c’était grâce à la dialectique entre la « psychanalyse pure » et la « psychanalyse appliquée » que le mouvement analytique pouvait se développer dans ses théories comme dans ses pratiques, la première garantissant la continuité pendant que la seconde explore la diversité et alimente la première en situations nouvelles.
De plus, c’est parce que la psychanalyse appliquée se prête à répondre aux demandes sociales et s’applique à en dénouer les malentendus que la psychanalyse reste en prise directe avec le social et enrichit ses concepts et ses pratiques.

Je remercie Marie Izard-Delahaye de me donner l’occasion d’évoquer cette dimension de la « psychanalyse appliquée » à propos du formidable travail accompli par sa sœur, Isabelle Blanchard, au domicile d’un couple aux prises avec la violence sociale et présenté par elle à la séance du séminaire Abord psychanalytique de la psychose dans nos institutions aujourd’hui, le 5 décembre 2012 à Darnétal. En effet, il me semble que ce travail illustre bien la diversité des situations où la psychanalyse est attendue y compris dans des actions très éloignées de sa pratique.

Le terme de « psychanalyse appliquée » avait d’abord été employé par Freud à propos de « l’application » de la psychanalyse à l’étude des œuvres littéraires et artistiques mais Lacan en a élargi le sens, pour plus de rigueur, à toutes les démarches dans lesquelles une finalité, une attente ou une efficacité étaient assignées à la psychanalyse. Même si le service dans lequel travaille Isabelle, un CMP pour adultes, ne se réfère pas à la psychanalyse en tant que telle, ce fut pour elle une « boussole » irremplaçable. En retour, son témoignage fut, pour nous, très riche d’enseignements.
Jacques-Alain Miller notait aux rencontres Pipol 3 (« Psychanalystes en prise directe avec le social », Paris, 2007) que la création des CPCT (Centres psychanalytiques de consultations et de traitement ) qui répondait à une demande sociale de « traitements brefs » avait rendu, au bout du compte, les praticiens plus attentifs aux menus détails de la cure, ce qui avait nourri la théorisation des « psychoses ordinaires » qui se manifestent surtout par de petits évènements, de petits phénomènes élémentaires, et non des formations symptomatiques spectaculaires du moins tant qu’il n’y a pas de débranchement.
Or, c’est bien à du nouveau également que nous invite Isabelle. L’intervention d’orientation analytique à domicile est une innovation dans les pratiques qui nous apporte des données précises, insaisissables en cabinet, pour alimenter la théorisation des déclenchements, théorisation bien difficile à réaliser également dans les conditions habituelles des services de santé mentale où l’on accueille les sujets le plus souvent en pleine crise.
L’intervention d’Isabelle se situe, effectivement, dans l’histoire de ce sujet, après un premier moment de déprise sociale qui, suite à l’immobilisation physique de sa compagne, a pris la forme d’un comportement d’accumulation de déchets mais il se situe aussi avant que ne survienne un second moment, le moment du débranchement qui aurait pu être déclenché par la séparation forcée envisagée par les services sociaux.
Ce qu’Isabelle nous rapporte de ce déplacement de la psychanalyse à domicile va donc bien au-delà d’une simple description du « syndrome de Diogène », elle nous apprend comment un sujet peut être amené à faire de son domicile un symptôme et comment une intervention sociale, de s’orienter de l’enseignement de la psychanalyse, peut en soulager le sujet momentanément.
En effet, dans ce cas de psychose grave, l’impossibilité pour le sujet de se séparer de « l’objet a » l’avait amené à faire de son domicile un équivalent corporel grâce auquel un nouage minimal avait été maintenu. Certes, il s’agissait d’un nouage délirant où l’envahissement de l’appartement par les déchets corporels était attribué, par le sujet, à son chat et non à l’absence d’investissement de son propre corps mais, pour autant, un lien minimal à la réalité était resté possible.
La forclusion dont semble être frappé l’image du corps de ce sujet, irreprésentable autrement que par cette construction délirante, semble néanmoins tolérer, au sein d’une relation de confiance, un regard qui en soutienne l’investissement. On peut penser que le premier moment de déprise a, effectivement, été lié au fait que sa compagne n’étant plus en mesure de se déplacer dans l’appartement, ne pouvait plus soutenir de son regard cette prise en charge des fonctions corporelles.
La manière dont Isabelle s’est habilement glissée à cette place semble nous le démontrer également puisque, progressivement, l’hygiène s’est améliorée en fonction de ses visites. Ce faisant, comme elle l’a remarqué, son « insertion » dans le délire n’était pas sans risques. Elle l’a ressenti à plusieurs reprises et s’est, dès le début, entourée de précautions absolument nécessaires comme la présence de collègues au sein d’un travail à plusieurs, la référence continue au psychiatre du service et aux instances administratives s’occupant de la situation.
Le fait de parler de tous ces Autres tout en se démarquant de leurs discours lui a permis d’accompagner cette personne dans un moment très délicat : la séparation d’avec son domicile-symptôme où elle a réussi à contenir à la fois l’angoisse du sujet et la hâte des services spécialisés.
Dans le détail, on peut faire l’hypothèse que c’est en soutenant la relation de cet homme avec sa compagne et en particulier par la dimension du regard (il s’agissait d’aller lui rendre visite à l’hôpital, de s’y montrer) qu’Isabelle a réussi à opérer la séparation du domicile pour accéder à une hospitalisation provisoire.
Toutes les personnes qui ont entendu son témoignage ont été marquées par la force du « désir décidé » qui a animé Isabelle pendant ces longs mois de travail. Attachée à pister les signifiants qui constituaient « le monde » de cet homme, elle ne percevait plus les odeurs, ni le spectacle de désolation qui se déployaient à ses sens. Elle mit ainsi au jour, patiemment, les signifiants de ce sujet, l’importance des livres et de l’écriture ainsi que les thèmes de complots et de terrorisme qui structuraient son discours et qui ont éclairé les enjeux latents du lien social chez lui.
Refuser d’identifier l’homme à ses apparences, refuser de s’abandonner aux soupçons, aux procès d’intention, aux principes hygiénistes et moraux, est une démarche qui comporte quelque chose de subversif qui n’est toléré par l’environnement social qu’en raison de son efficacité ! C’est tout le malentendu avec la psychanalyse qu’il a fallu soutenir ici ! Même devant l’évidence, les gens veulent ignorer que ce soit l’effet du discours de la psychanalyse pourtant ce fut bien le cas : non pas l’effet du langage savant de la psychanalyse mais la capacité, issue de la rencontre analytique, de soutenir un lien tenace, éminemment respectueux, avec un sujet supposé, derrière ses comportements malades.
Ce témoignage appelle des commentaires sur la responsabilité qui incombe aux mouvements de psychanalyse de s’intéresser aux actions réalisées avec la psychanalyse comme boussole dans des cadres institutionnels autres que les cabinets d’analystes. Les remarques de Jacques-Alain Miller lors des « Rencontres Pipol 3 » (Paris 2007) au sujet de ce qu’il appelle les « Lieux Alpha » restent d’actualité, elles montrent comment la vérité de l’acte analytique s’y dévoile et comment, moyennant le contrôle de leurs effets, ces Lieux Alpha apportent des enseignements : « Un Lieu Alpha n’est pas un lieu d’écoute. On appelle lieu d’écoute aujourd’hui un endroit où un sujet est invité à déblatérer à tire-larigot. On dit que la mise en mots soulage. Un Lieu Alpha est un lieu de réponse, un lieu où le bavardage prend la tournure de la question, et la question elle-même la tournure de la réponse. Il n’y a Lieu Alpha qu’à la condition que, par l’opération de l’analyste, le bavardage se révèle contenir un trésor, celui d’un sens autre qui vaut comme réponse, c’est-à-dire comme savoir dit inconscient. Cette mutation du bavardage tient à ce que nous appelons le transfert, qui permet à l’évènement interprétatif d’avoir lieu, l’évènement interprétatif qui partage un avant et un après, comme nous disons classiquement.
Pour qu’il y ait Lieu Alpha, il faut et il suffit que s’installe la boucle par laquelle « l’émetteur reçoit du récepteur son propre message sous une forme inversée », le sujet se trouvant alors branché sur le savoir supposé dont il ignorait lui-même être le siège. »
Isabelle a répondu au message du sujet – qui disait sa peur d’être séparé – en posant des actes et des mots qui signifiaient au contraire : « Je ne vous séparerai pas et je ne vous quitterai pas ». Cette réponse a créé un transfert qui a branché le sujet sur le savoir que son angoisse recélait et lui a offert l’opportunité de commencer à en parler, ce qu’il a fait au bout du compte avec le psychiatre du service.
On voit par là comment peuvent collaborer « psychanalyse pure » et « psychanalyse appliquée », l’une et l’autre s’accordant une place dont elles se sentent responsables. C’est la condition de la survie de la psychanalyse dans un monde sans cesse en mutation mais dont le langage conserve la même structure et la même négativité.

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