2e Journée de l’Institut de l’Enfant – UPJL

L’ENFANT ET LE SAVOIR

Samedi 23 mars 2013 – Issy-Les-Moulineaux

Samedi 17 novembre 2012, par BB // Rencontres d’hier


Les enfants du XXIe siècle font l’objet d’une demande d’éducation de plus en plus pressante de la part des pouvoirs constitués – État, famille, médias –, et, à la mesure de ces impératifs, produisent en retour des échappées que nous pouvons répartir avec Freud comme « inhibition, symptôme et angoisse ».

Les praticiens de l’enfance, qui s’orientent à divers titres de la psychanalyse, sont quant à eux sollicités pour prendre position et « desserrer l’étau » qui pèse sur les sujets au temps de l’enfance. Pour ce faire, ils ne proposent aucune expertise supplémentaire, ils cherchent avec l’enfant comment trouver du nouveau dans les savoirs « pour tous » qu’il rencontre et dans le savoir le plus singulier qu’il construit.

La seconde Journée de l’Institut de l’Enfant – Université Populaire Jacques-Lacan déclinera cette thématique selon quatre axes dont l’intervention de J.-A. Miller*, lors de la première Journée du 19 mars 2011, a tracé les perspectives.

1 – L’enfant enjeu de pouvoir

« L’enfant c’est le sujet à éduquer (…) L’enfant est par excellence le sujet livré au discours du Maître par le biais du savoir. (…) Nous assistons à ceci, qui est croissant : une concurrence des savoirs, une rivalité des traditions, une lutte des transmissions, qui se donnent à qui mieux mieux pour déterminer quel savoir l’emportera sur l’autre dans la production des sujets. »

À partir de ce statut qui aujourd’hui s’affiche sans médiation, comment faire accueil à cet enfant toujours plus réduit à son éducation, éducation elle-même résumée aux seuls apprentissages scolaires ? Quels pas de côté cet accueil nécessite-t-il au regard de discours de plus en plus normés, formatés, et de demandes d’obéissance, de consentement à cette norme ?

2 – La mise de l’enfant face au savoir

« Pour que le sujet puisse recevoir une marque identitaire, il faut que la jouissance de l’enfant soit décomplétée, qu’elle subisse une perte. L’image traditionnelle de l’enseignement, c’est celle du nourrissage. (…) La transmission du savoir exige toujours qu’il lâche ce qui lui appartient en propre, qu’il se purifie du déchet qu’il contient. (…) La voix et le regard ne sont pas moins impliqués dans le rapport de l’enfant au savoir. »

Il s’agit d’examiner la mise de l’enfant, sa mise libidinale, dans les lieux où il rencontre les savoirs. Quelle sera sa prise de position face à la demande de l’autre ? Avec quoi va-t-il répondre ? Quels sont les ressorts du refus et du désir d’apprendre ?

3 – Le respect du savoir de l’enfant

« Il revient à l’Institut de l’Enfant de dégager dans l’éducation la fonction que tient le désir de l’Autre. (…) de restituer la place du savoir de l’enfant (…) Le savoir de l’enfant est savoir authentique, qu’il soit su ou insu, et c’est à ce titre qu’il s’inscrit dans le discours analytique (…) un savoir respecté dans sa connexion à la jouissance. »

L’enfant a un savoir, déjà élaboré à partir des impasses qu’il rencontre et des solutions qu’il trouve. Quel est ce savoir dont Freud a fait apercevoir ses racines pulsionnelles ? Pour qu’il se fasse entendre, pour qu’il s’inscrive pour le sujet, il y faut à chaque fois quelqu’un pour en faire le pari, pour en suivre la trace dans le discours du sujet. Oui, mais comment ? Lacan nous donne une indication précieuse : là où le sujet se cogne, là où il se heurte…

4 – L’action curative n’est pas une éducation

« Nous accueillons dans la psychanalyse des sujets traumatisés par le savoir de l’Autre, et par son désir et par sa jouissance, lesquels savoir, désir et jouissance de l’Autre ont pris, pour certains enfants, valeur de réel. (L’analyste) ne peut opérer avec l’enfant qu’à condition de n’être serf d’aucun conformisme Le savoir du psychanalyste (…) c’est celui qui a à s’élucubrer (…) au plus près de la mise en place originelle, originale du symptôme (…).

Parce qu’elle ne vise pas à éduquer l’enfant à une quelconque norme psychique ou sociale, la cure analytique est profondément originale car elle vise la singularité d’un sujet. L’appui sur le symptôme devient alors la boussole qui permet de susciter du nouveau – découvertes, inventions et bricolages –, hors de toute orthopédie psychologique. Les idéaux du développement ne tiennent plus la route et ces profondes mutations appellent une autre perspective sur la cure psychanalytique avec un enfant : celle de cycles, avec leurs limites temporelles et structurales, qui viennent répondre à « ce que Lacan a appelé le sinthome, (…) le circuit de répétition, un cycle de savoir-jouissance qui se déclenche à partir d’un événement de corps ».

*Les citations sont extraites du texte de J.-A. Miller « L’enfant et le savoir », Peurs d’enfants, Navarin éditeur, Paris, 2011.


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