Antenne clinique — Session 2011-12

Séminaire théorique : Subversion du normal et du pathologique

Thème de la session

Samedi 23 juillet 2011, par BB // Session 2011-12


Ce titre évoque Le normal et le pathologique, thèse de doctorat en médecine de Georges Canguilhem, qui se limitait au problème de nosologie somatique ou de physiologie pathologique. Ce travail soulignait « l’étroitesse et l’insuffisance du principe selon lequel l’état morbide n’est, chez l’être vivant, qu’une simple variation quantitative des phénomènes physiologiques qui définissent l’état normal de la fonction correspondante. »
Canguilhem écrivait que « l’état pathologique peut être dit, sans absurdité, normal, dans la mesure où il exprime un rapport à la normativité de la vie ». « L’anormal n’est pas tel par absence de normalité. Il n’y a point de vie sans normes de vie, et l’état morbide est toujours une certaine façon de vivre. »
« L’état physiologique est l’état sain, plus que l’état normal. C’est l’état qui peut admettre le passage à de nouvelles normes. L’homme est sain pour autant qu’il est normatif relativement aux fluctuations de son milieu. Au contraire, l’état pathologique traduit la réduction des normes de vie tolérées par le vivant, la précarité du normal établi par la maladie. »

Dans le domaine des phénomènes psychiques Freud met en question d’emblée le binaire du normal et du pathologique. Evoquons seulement le rêve, les opérations manquées, rapprochés des phénomènes névrotiques car ils ont beaucoup de points communs.
Le symptôme devient par condensation et déplacement le substitut de satisfaction de toute une série de fantaisies ou de souvenirs libidinaux.

Au lecteur de Lacan, l’autre terme du titre rappellera l’écrit des années soixante Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien. Cet écrit résume une étape de l’enseignement de Lacan. La psychanalyse subvertit, retourne, renverse, la question du sujet.
Comment Lacan tente de définir cette subversion ?
Avec le signifiant, terme crucial, Lacan refonde l’inconscient freudien y reconnaissant la structure du langage. Le sujet est défini de son articulation et soumission par le signifiant, disqualifiant ainsi à la racine sa prétendue unité.
Le rapport de travers qui sépare le sujet du sexe, Freud le découvre sous le nom de complexe de castration, complexe qui ne peut plus être ignoré d’aucune pensée sur le sujet et ressort majeur de la subversion que Lacan tente d’articuler avec la dialectique du désir.

Cette subversion du normal et du pathologique peut également se retrouver dans le dernier enseignement de Lacan, selon la transmission donnée par Jacques-Alain Miller. Les trois registres du symbolique, de l’imaginaire et du réel y sont désormais d’égale importance et leur nouage ne se conçoit pas sans la modalité de la contingence.

De cette dernière période de Lacan nous prenons la perspective du sinthome, concept effaceur de la frontière du normal et du pathologique, dans la mesure où le sinthome désigne la substance jouissante, le mode de jouir, irréductible et absolument singulier. Poussant le paradoxe, le dernier Lacan profère, s’appuyant sur Freud, « Tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant », tout le monde fait une élucubration de savoir sur le sinthome.
La psychose ordinaire est une création extraite du dernier enseignement de Lacan par Jacques-Alain Miller pour sortir de la rigidité d’une clinique binaire – névrose ou psychose – et aussi pour répondre à l’expérience clinique d’aujourd’hui. C’est davantage une catégorie épistémique qu’objective. Cette catégorie, work in progress, a des conséquences théoriques : affinage du concept de névrose et généralisation du concept de psychose.

Le normal et le pathologique ont des accointances avec la question de la thérapeutique. Freud nous a prévenus contre la furor sanandi et Lacan ne nous a pas encouragés à « thérapier le psychique ». Quelle est la réponse de la psychanalyse ?

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