Compte-rendu

Des nouvelles... d’Attendre un enfant

Samedi 26 mars 2011 — Verneuil-sur-Avre

Lundi 2 mai 2011, par BB // Evènements d’hier


Ce fût une excellente journée que nous avons passée à Verneuil-sur-Avre sur l’invitation de la MJC et de l’association « Chemins d’enfance » où Laurence Morel, psychologue, membre de l’ACF-Normandie a initié la création du lieu d’Accueil parents-enfants « Les Petits Pas ». Cette journée a permis une rencontre entre parents et professionnels de la petite enfance du territoire de santé et de la région Haut-Normande.

Marie-Claude Sureau, psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’ACF-Normandie, a apporté sous le titre L’enfant a-venir un questionnement
sur ce que la psychanalyse d’orientation lacanienne permet de dire sur le fait d’attendre un enfant. En faisant valoir la place de l’enfant par rapport au fantasme maternel dans la théorie lacanienne, elle a pris appui sur plusieurs textes de Jacques Lacan*, ainsi que sur un article du
docteur Israel Nisand paru dans Libération
, pour introduire aux problématiques du moment dans la France de 2011.
Soulevant la question des avancées de la science et des nouvelles modalités des grossesses pour autrui, dites GPA, Marie-Claude Sureau a montré que de nouveaux modes de concevoir et ou d’attendre un enfant se produisent dans la subjectivité de l’époque. Il ne s’agit pas de « s’offusquer » mais plutôt d’interroger ces nouvelles pratiques de procréation : quel statut pour le père ? En s’appuyant sur les trois registres Imaginaire, Réel et Symbolique, Lacan nous permet de différencier le statut du père imaginaire, qui le fera idéal ou menaçant, celui du père réel — c’est ainsi que Lacan appelle le spermatozoïde — et celui du père symbolique, celui qui nomme, donne son Nom et inscrit un sujet dans l’ordre des générations. Cette fonction de tiers, occupée le plus souvent par l’homme qui partage la vie de la mère, peut aussi s’incarner dans une partenaire homosexuelle ou dans un tiers qui fait que sa parole ne sera pas comme s’il flûtait pour la mère de l’enfant et la séparera de son produit — c’est ce que Lacan dit à propos de la fonction paternelle. 
Si le plus souvent une femme trouve en l’enfant un substitut à son manque phallique, l’enfant peut aussi se trouver en place d’objet du fantasme maternel, selon l’indication de Lacan dans « Note sur l’enfant ». Parcourant le séminaire II de Lacan, puis l’Allocution sur les psychoses de l’enfant, Marie-Claude Sureau nous a invités à pousser la réflexion plus loin que le principe de simple indisponibilité du corps humain pour les grossesses pour autrui, grossesses refoulées hors de nos frontières. La place de l’enfant comme objet « a »-venir est interrogée toujours plus dans un monde où l’enfant peut venir à incarner un plus-de-jouir toujours plus prégnant dans la culture aux dépens des idéaux. Un enfant doit toujours en fin de compte être adopté, quelque soit le mode de conception et d’attente et c’est dans cette adoption par les parents et sa capacité à lui à se faire adopter que résidera la rencontre.
Qui est la vraie mère ? Comment passer d’être « enceinte » à « attendre un enfant » ? Seul le registre symbolique permet ce passage : le mécanisme de la transmission passe par la grossesse psychique.
Comment désimaginariser la grossesse, qui est surtout un fait de parole ?
Dénonçant l’harmonie logée dans l’habitacle maternel comme relevant d’un mythe, Lacan voit plutôt dans la grossesse un équilibre parasitaire complexe et parle de l’angoisse qui en découle. Il martèle l’importance de la prématuration du petit d’homme qui contrairement à l’animal nait forcément prématuré. Enfin il insiste sur le fait qu’il n’y a pas d’instinct maternel qui prendrait son support dans l’organisme mais des relations construites sous forme de complexes qui sont des constructions sociales (par exemple le complexe de sevrage, qui varie selon l’époque ou la culture...)

Il n’y a donc pas d’enseignement pour tenter de savoir y faire : être père et mère, cela se passe pour chacun avec son fantasme. Le psychanalyste n’écoute pas à partir de la morale, ni à partir de conseils, ni à partir du biologique, ni n’enseigne comment être un bon père ou mère : la psychanalyse opère sur le fantasme (Autres Écrits, p. 366).
De ce « fantasme qui fait à la réalité son cadre », une cure analytique permet la construction puis la traversée et l’extériorisation des objets pulsionnels auquel l’enfant peut venir à se substituer, tels que par exemple venir à se faire « bouffer », « voir »,
« entendre », « chier ».

« Comment trouver sa place ? » Ce fût le fil que Martine Desmares mit en lumière. Sage femme, membre de l’ACF-Normandie, c’est en s’appuyant sur l’orientation analytique qu’elle tente de faire vivre un « lieu d’accueil pré et post natal » en maternité au Groupe Hospitalier du Havre.
Comment dans la rencontre faîte avec des parents au premier entretien prénatal précoce, il est possible d’accueillir dans un « lieu nomade » où le désir de l’analyste opère, tel que J.-A. Miller le décrivait en introduisant PIPOL 4. C’est le style de l’intervenant : « plus qu’une écoute, une position de réponse à un dire » qui soit la vérité du sujet. La place laissée au désir se transmet ! Ainsi, en permettant que se décline cette « place impossible à tenir » pour la future mère, dans ses rapports familiaux complexes ; en laissant surgir les fantômes d’une mère indigne, d’une fille indigne et d’un-digne fil(le) de sa mère, pouvait naître une place pour le bébé à venir. Il s’agissait de favoriser la position de l’analyste, qui fait sa place à la surprise et à la contingence d’une rencontre ; de se décaler du discours de « surveillance » inquiétant dans les nouveaux projets des États généraux de l’enfance en danger, pour Veiller sur la mère en devenir. Entendre le père dont la mission est impossible quand il déclare « j’ai traîné le nom du père dans la boue », pour décliner ce que le défaut de métaphore paternelle fait de dégâts. Là, rester à distance de l’enfant est la meilleure place possible, celle qui ne colle pas
avec éduquer, ni formater.

Après un temps de pause chaleureux, les intervenants locaux ont apporté la richesse de leurs pratiques au sein du réseau périnatal.
Le partenariat entre Nadia Quiniou (sage femme), Maryvonne Bornier (Auxiliaire de puériculture) et Delphine Morin (sophrologue), permit de montrer l’offre de rompre l’isolement des familles sur le territoire étendu du réseau périnatal. Rappelant le fonctionnement des Centres médico-sociaux créés pour la protection de l’enfance, les intervenantes ont fait valoir le lien social qui s’y constituait. Loin des maternités lieux de naissances, les patientes peuvent participer à des séances pré et post natales. Elles sont reçues pour communiquer sur leurs questionnements et préoccupations. Elles apprivoisent les pratiques sophrologiques au carrefour entre pratique physique et somatique, mais aussi émotions qui se verbalisent. Respect
et présence attentive sont les principes de ces accompagnements très appréciés des futures mères. Expérience à renouveler à la demande des mamans !
Le témoignage d’Aurélie Lesage, maman correspondante de SOS-préma, nous fit mesurer la douleur de parents cueillis dans leur attente débutante par une naissance prématurée. Elle fit surgir le concept de « Pré PARENT », tentative pour nommer l’attente délicate avant d’advenir à la fonction parentale. La naissance de l’enfant surgit comme un traumatisme quand l’enfant arrive alors que les parents sont encore dans le temps « préparant » à son arrivée. Marie-Claude Sureau remercia cette maman qui nous propose ce signifiant nouveau qui donne l’idée qu’il faut le temps pour se « préparer » à se faire parent. Elle souligna le bouleversement réel, imaginaire et symbolique qui nécessite dans l’après-naissance de refaire tout le travail « préparant », qui peut venir dans l’après coup de la naissance. Ce témoignage nous montrait comment « adopter psychiquement » un enfant prématuré. Là, sans l’appui de professionnels compétents et tenaces, il n’y aurait pas de possibilité pour l’enfant et ses parents de se rencontrer au plut tôt.

Suivit l’intervention de Marie Toutlemonde, psychologue de la mission d’adoption de l’Eure, qui déclina remarquablement l’étymologie du mot ATTENDRE, et nous fit mesurer la douleur, le questionnement et les retournements de parents adoptifs parcourant ce chemin difficile.

Enfin Laurence Morel et l’équipe de lieu d’accueil parents-enfants ont su nous montrer comment prendre position face au symptôme de l’enfant : son cri, ses pleurs, ses troubles du sommeil pris dans les signifiants de la chaîne familiale, peuvent être autre chose que des besoins à combler. En offrant un désir non anonyme, avec l’intérêt particularisé de l’analyste pour nouer la loi au désir, l’enfant advient comme sujet.
Respectant les rites propres à chaque culture, gestes symboliques et pratiques de parole, s’instaurent dans ce lieu des liens et des actes qui donnent vie aux bébés et aux enfants. Le désarroi de certains parents témoigne du difficile travail d’ADOPTION lorsque « l’enfant paraît » !

Le débat organisé l’après-midi avec les adolescents de la MJC sur le film Juno, jeune adolescente devenant mère, nous fit mesurer la complexité du problème ! Comment parler de ces questions souvent innommables sur le désir ? Comment oser aller vers un dialogue autour du « rapport sexuel » qui pour nous n’existe pas ? Mais la rencontre, elle, existe ; la prévention ça rate et le désespoir de Juno était égal à l’idéalisation qu’elle avait mise dans le jeune couple de parents adoptant son bébé !
C’était sans compter sur la faille d’un homme qui ne pouvait se « concevoir » père. Les courts échanges sur la contraception d’urgence, l’accès possible et l’usage de préservatifs laissaient entrevoir combien l’information ne peut être entendue, et que l’adolescence, âge de tous les possibles, est aussi l’époque où la pulsion envahit le corps, les rêves et les pensées.

Cette journée nous a offert des moments de grande Qualité, encore Merci à Laurence Morel de nous y avoir convié.

Note :
* Jacques Lacan, « Les complexes familiaux », « Allocution aux journées
sur la psychose de l’enfant » et enfin « Note sur l’Enfant », <span
style="font-style: italic;">Autres Écrits, Seuil.

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