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Publié le lundi 1er novembre 2021

Séminaire Janus « Lacan pour tous » – 2021-22 – Rouen

Alpha plus Bêta, un lieu pour parler de la théorie : « La parole, ses circuits, et leurs effets »

Les mercredis 24 novembre,15 décembre 2021, 26 janvier, 23 février, 27 avril, 22 juin 2022 -20h30



Le Séminaire Janus comporte Alpha plus Bêta : un lieu pour parler de la théorie et Schmilblick, un lieu pour parler des pratiques. Alpha plus Bêta et Schmilblick ne sont pas symétriques l’un de l’autre...

Alpha plus Bêta : un lieu pour parler de la théorie


La théorie psychanalytique ne constitue pas un ensemble fermé, un tout dogmatique, mais au contraire un ensemble ouvert (sans totalité), toujours remanié par l’opacité ou le réel qui aimante la pratique. L’enseignement de Lacan est radical parce qu’il met la faille entre théorie et pratique1 au cœur de l’élaboration de l’expérience analytique – cette faille traverse la théorie elle-même, qu’on la nomme sujet, manque, trou, objet a, jouissance etc. Au fond cette faille est liée à l’incidence du langage en tant que tel, elle est liée à l’impact du signifiant sur les corps parlants et les développements logiques qui en sont la conséquence.

Voilà le point de départ de la pratique et de la théorie psychanalytiques. Parler de logique signifiante vient déplacer la question des rapports entre théorie et pratique ; elle nous met sur la piste de la lecture et de l’écriture. Qu’est-ce qui se lit dans une pratique ? Qu’est-ce qui peut s’en écrire ? Quels sont les liens entre la lecture et l’écriture ? Entre l’opacité et le sens ? C’est à partir de la parole et du signifiant qu’une pratique qui a pour boussole la psychanalyse peut opérer, avec l’éthique du bien-dire, même si le praticien s’oriente, lui, à partir de ce qui résiste au sens, de ce qui fait opacité.

Nous vous proposons de venir parler de théorie à partir de ce point de départ. Pour cela, chaque soirée sera animée par un binôme. L’un aura écrit le texte d’un cas ou d’une situation issue de sa pratique, l’autre l’aura lu et de sa lecture découlera un premier travail en commun ; ils nous en livreront le résultat qui mettra en exergue les concepts permettant une lecture du cas ; ceci rendra possible une conversation autour de toutes ces élucubrations.

Alpha plus Bêta s’adresse à tous ceux qui sont taraudés par leur pratique et la tentative de l’éclairer, d’en rendre compte, et plus particulièrement aux jeunes praticiens, et aux moins jeunes ! Alpha plus Bêta s’adresse aussi aux étudiants et à tous ceux qui s’intéressent à l’enseignement de Lacan, et se demandent comment… le lire !

Le Séminaire Janus comporte, outre Alpha plus Bêta, Schmilblick , un lieu pour parler des pratiques, qui n’a pas lieu le même jour. Schmilblick n’est pas symétrique d’Alpha plus Bêta ; tous ceux qui participent à Schmilblick sont invités à venir à Alpha plus Bêta, l’inverse n’est pas proscrit mais n’est pas prescrit non plus ! A chacun de faire selon son goût !

Marie-Hélène Doguet-Dziomba

Note :
1 Notre époque psy, celle du DSM, se veut « athéorique », aspirant à dissoudre le champ de la clinique dans des listes syndromiques sous la férule des « preuves scientifiques » souvent assimilées à des chiffres voire des algorithmes. Ces listes « athéoriques » sont d’une autre nature que ce que Lacan appelait « l’enveloppe formelle du symptôme », elles sont déconnectées du réel de chaque patient, et méconnaissent la logique signifiante qui donne son armature structurale à chaque cas. Elles laissent de côté le rapport complexe entre théorie et pratique. Car une pratique est toujours sous-tendue par une théorie qui n’a pas besoin d’être éclairée pour avoir des effets ; et une pratique s’inscrit toujours dans un discours qui lui donne son cadre ; quant à la théorie d’une pratique, elle suppose toujours un certain usage du concept, un « mésusage » selon Lacan, si l’on considère que jamais un concept n’abolira le réel en jeu dans la pratique.


Le séminaire Janus Alpha + Bêta se poursuit cette année et nous espérons pouvoir nous retrouver à la Maison de la psychanalyse après ces longs mois de réunions zoom ! Nous gardons la même formule favorisant la conversation par l’immersion des participants dans un texte qui leur sera envoyé quelques jours avant la soirée de travail. Ce texte sera élaboré en amont par un(e) collègue faisant état de sa pratique et son lecteur, chacun ayant à cœur d’attraper des fragments de la théorie de cette pratique, qui puissent nourrir une élaboration collective. Pour favoriser ce cheminement, nous avons choisi comme thématique générale :

« La parole, ses circuits, et leurs effets ».

Tous ceux qui veulent participer au Séminaire et qui n’en n’ont pas encore fait la demande sont invités à le faire auprès de moi.

Marie-Hélène Doguet-Dziomba


- Mercredi 24 novembre :
Cette soirée sera animée par Alexia Lefebvre-Hautot et Marie-Hélène Doguet-Dziomba.


Dans l’après-coup de la séance du 26 janvier


Nous nous sommes retrouvés le 26 janvier 2022, pour converser autour du cas clinique de Valentin, âgé de 5 ans, épinglé sous les signifiants « très agité », « provocateur », « immature » et « pas élève » par la communauté enseignante. Le texte est écrit par Nathalie Herbulot dont Catherine Grosbois fut lectrice, dégageant une certaine logique de toute la complexité de la situation. Logique qui marque ce que Valentin suscite chez l’Autre et dont il n’est pas pour rien. De cette lecture, Catherine a tiré au moins une question : « Comment faire une place à ce que peut dire l’enfant de ce qui lui arrive ? Restaurer quelque chose de sa responsabilité ? Qu’il puisse trouver une place à l’école, soutenir son intérêt pour le savoir et prendre cette place avec la satisfaction apaisante de l’accomplissement du travail ?
Une hypothèse est soulevée : Valentin incarnant l’enfant éjecté, l’idée ne serait-elle pas de lui poser des limites, un bord, lui offrant la perspective d’accepter que ce n’est pas à lui, dans son corps que ça s’adresse et qu’il n’a pas à se faire l’objet de l’Autre comme ça, pas sans limite ? »

De cette soirée, nous avons pu dégager quelques concepts.

- Le premier point a rappelé la nécessité de la présence effective d’un professionnel orienté par le discours psychanalytique dans les institutions. Ce cas nous a en effet enseigné à quel point cette présence – le fait d’accueillir, d’écouter la parole de chacun etc. – pouvait donner l’occasion de changer des cours de vie, mais aussi de percevoir le métier des uns et des autres.
Au départ, il y a le discours des enseignants qui parlent à la fois de ce qui est « insupportable ». Et Valentin se présente d’emblée sous l’enfant réel, c’est-à-dire celui qui déclenche quelque chose d’insupportable chez un ensemble de personnes, Une énigme se fait jour : qu’est-ce que Valentin déclenche d’insupportable chez l’Autre/autre ? Dont on voit toute l’impuissance, mise en avant par ces interlocuteurs qui ne savent pas comment attraper la chose.
Par ailleurs, nous pouvons repérer comment la mère de Valentin est porteuse de mort, habitée par la mort ; en effet, lorsqu’elle se fait virer par le père de Valentin, elle va quitter la scène en fonçant en voiture contre un camion. Passage à l’acte qui la met en morceaux. Et puis il y a aussi ce signifiant « mort » qui surgit du discours maternel, avec cette idée que son fils, né après une fausse couche, est mort cinq minutes. On voit là quelque chose, chez Valentin, qui emporte avec lui l’avorton, avec lequel il est né.

- Le second point concerne le concept de grand Autre dont une des références donnée par Catherine Grosbois se trouve dans un court texte de H. Wachsberger intitulé S(A) - je la cite : « il trace comment à partir de Freud, Lacan pense le concept de l’Autre jusqu’à la faille dans l’Autre, c’est-à-dire la barre sur le grand A. Enfin la place de la jouissance et ses objets qui se construisent entre mots et éprouvé. » Il y a en effet, le discours tenu par l’Autre de l’institution école, indiquant ce que, ce petit garçon âgé d’à peine cinq ans, génère chez les professionnels. Et le texte nous montre que Valentin est au travail de s’approprier le grand Autre.
Mais, bien sûr, pour se poser la question du complément ou supplément de l’Autre, faut-il avoir pu un temps croire à un autre qui contiendrait sa garantie. Il faut que la parole de l’enfant soit aussi entendue comme des questions sur notre propre fonctionnement à propos de ce que nous voulons pour les enfants.
Il est à noter, que l’Autre régulé est de moins en moins mis en avant, au profit d’un discours qui favorise l’Autre de la volonté, imposant un fonctionnement dit « normal », lequel efface la possibilité d’être divisé, et donc de s’excuser. C’est ce que constate Valentin quand il dit : « elle n’a pas voulu que je m’excuse ». Reste que ce dernier puisse prendre sa part dans ce qui lui arrive, afin de changer la signification interprétative qu’il porte sur cet Autre, dont il est l’objet d’un rejet. Et supporter que cet Autre ne soit pas complet, qu’il y ait un trou.

- Le troisième concept sur lequel nous nous sommes arrêtés est celui de l’objet voix. Voix qui à la fois dérange et surgit dans ses relations aux autres, le faisant « hurler comme un loup ». De la même manière, « j’étais à tes ordres », « tais-toi » dit Valentin, sorte de paroles injonctions, suggestions, très fortes pour lui. Vocifération dont il aurait à se défendre. A ce propos, Lacan, au début de son enseignement, qualifiait ainsi le surmoi : la voix en tant que n’étant pas du registre de la signification, mais en tant que ce qui excède, est en-deça des signifiés, de la signification, sécrétés par le signifiant. Il ne s’agit pas là de la voix au sens de la sonorité, mais au sens du signifiant qui excède le fait que ça veuille dire quelque chose. La voix est une dimension qui n’est pas sonore, dans la mesure où ce n’est pas quelque chose que l’on entend : dans le silence elle prend corps. On pourrait dire qu’il y a quelque chose du surmoi et de la voix que cet enfant vient incarner, présentifier, et dont le surgissement est insupportable pour l’Autre, puisque s’inscrivant dans une dimension quasi-inhumaine. Dès lors se pose cette question : comment humaniser quelque chose d’absolument féroce, sorte de monstruosité incarné dans cet objet voix ? Cette tentative d’humanisation on va la trouver, à la fois dans le cadre proposé par le directeur de l’école, mais aussi dans le cadre de la fenêtre par laquelle Valentin regarde tout en « gribouillant », et dont un ordre surgit (l’objet voix). Un geste de Nathalie Herbulot, qui se fait sa partenaire, nous montre que Valentin peut se saisir de ce qui est mis à sa disposition – notamment un petit chevalier mais aussi le geste de fermer sa bouche - et en faire un bricolage.
Rappelons que pour Lacan l’humanisation est ce qui noue le désir à la loi et donc, c’est une version minimaliste de la loi du langage, avec son impossible, son possible, son contingent et son nécessaire. Valentin est sensible à ça ; c’est un petit bricoleur.

- Le quatrième point concerne le signifiant « virer », qui n’apparaît pas dans le texte mais qui nous a été apporté par Nathalie Herbulot, lors de la conversation. On peut prendre Valentin au mot, et lui dire par exemple : « mais qui est viré ? Est-ce que toi tu es viré ? »… C’est-à-dire prendre le mot qu’il donne et le lui faire attraper, pour situer cela du côté du bord. Mais il semble aussi très important de signifier à Valentin, d’une part, qu’il ne peut pas être viré et, d’autre part, que lui-même ne peut pas faire virer un professionnel. On peut l’inviter à regarder dans le dictionnaire, comment s’écrit ce mot, ce qu’il signifie. Et prendre le temps d’en échanger avec les professionnels afin de faire dé-consister ce signifiant.

Alexia Hautot


- Mercredi 23 février :
Cette soirée sera animée par Zoé Godefroy Deveaud et Serge Dziomba.

La lalangue VS le langage


Zoé Godefroy-Deveaud a souhaité faire savoir aux participants du séminaire Janus où en est le travail avec Morgan. Trois ans auparavant son propos avait été présenté, commenté par son lecteur et discuté avec les participants lors d’une séance du séminaire1.
Nous voici trois ans plus tard. Où en est Morgan, où en est le travail qu’ils font ensemble ? Que s’est-il passé durant ces trois ans bien particuliers avec le covid ? Qu’est-ce qui a changé, qu’est-ce qui ne change pas, se déplace ou pas ?
Le propos de Zoé Godefroy-Deveaud met en lumière l’univers langagier comme ce qui passionne Morgan et le trouble radicalement. Ce qui se dégage est le travail qu’opère l’enfant sur le signifiant comme l’artisan travaillant la matière brute. Le bruit, le son des mots sont au premier plan à chaque fois où « la fonction de la parole dans le champ du langage2 » est mobilisé, à chaque fois que Morgan s’y confronte.
Grâce aux rencontres entre Morgan et Zoé Godefroy-Deveaud au fil du temps, apparaît l’importance cruciale pour pouvoir s’orienter de distinguer le langage comme appareil construit autour de l’articulation signifiante impliquant la charge du signifié qui conduit à la question : « Qu’est-ce que ça veut dire ? » et lalangue où le signifiant n’est pas soumis au langage comme structure.
Le dire de Morgan invite à se détacher de la question « qu’est-ce que ça veut dire ? » La parole de Morgan permet de s’orienter à partir d’une autre question impliquant le corps qui parle : « qu’est-ce que ça satisfait3 ? » .

Serge Dziomba

Notes :
1 Selon les modalités du séminaire, quelqu’un présente une situation qui est travaillée en amont avec un « lecteur » puis discutée par les participants. Ce travail préalable permet de mettre en exergue un concept de l’orientation lacanienne, de le confronter à l’expérience. Est-il capable de nommer quelque chose de l’expérience, permet-il de s’orienter ? Cette question est au cœur de ladite « confrontation ».
2 Cf. l’argument de la très importante 2e journée du CERA en visioconférence du samedi 12 mars 2022
3 Cf Jacques Alain Miller, « l’économie de la jouissance ». La Cause freudienne n°77, page 169.


Dans l’après-coup de la séance du 23 février


Lors de cette soirée, Zoé Godefroy-Deveaud a présenté le cas de Morgan, 12 ans dont Serge Dziomba était lecteur. Cet enfant avait déjà fait l’objet d’une présentation le 16 décembre 2018.
Cette rencontre nous a donné l’occasion de travailler différents points et concepts importants, dont : le langage, la lalangue et la bévue :

- Le langage, appareil visant à distribuer le sens, est basé sur les relations entre les différents éléments délivre du sens et donne un sujet.

- La lalangue, se situe en-deçà et est non tributaire d’une articulation. Composée de signifiants 1, 1, 1, …, elle ne délivre aucun sens, provient du bain de langage et relève de l’éprouvé. Autrement dit, elle est en rapport avec un corps, directement branché sur ces signifiants 1, 1, 1…, provoquant un certain éprouvé difficile à nommer.

-  La bévue : pour la mère, Morgan obéit à la définition de la jouissance donnée par Lacan1 : « celle qu’il ne faudrait pas ». Cela peut s’inscrire du côté de la bévue. A savoir que pour la mère, il est la jouissance qui ne convient pas et Morgan est aux prises avec la bévue qu’il essaie de traiter et de stabiliser. il y a sa bévue à lui et il y a la bévue du monde – il fallait quelque chose qui soit comme un texte. Or, le seul texte auquel il pouvait se référer était celui de sa mère. Dans le travail opéré par et avec Zoé, il a pu s’ouvrir aux textes des professeurs. Cela est nouveau pour lui et lui permet de se décaler de sa mère. De fait, Morgan ne supporte pas la fuite du sens, comme ce qu’il indique être du blablabla du cours de philo, comme « sport de la bouche ». On trouve là, la présence de l’oralité à partir de quoi intervient la dimension de son corps. Ainsi, il peut faire un pas de côté concernant ce qui lui était insupportable jusque-là. Dans ce travail avec Zoé, il nous montre, par ses inventions, comment il parvient à répondre au vide sidéral de lalangue auquel le langage ne vient pas répondre. C’est-à-dire que le langage n’arrête pas la fuite du sens. Il y a donc comme un rêve d’un pur monde symbolique chez cet enfant, où il faudrait des logos. Le mot représenterait, une fois pour toute, la chose, sans ratage – c’était, il y a 3 ans, son combat pour la vie. Aujourd’hui, par l’intermédiaire de ce qu’il a mis en place (le comptage, pour arriver à que ça tienne à peu près) cela devient plus supportable. Il introduit la comparaison, mais aussi l’exception. A ce titre, la question de la place est fondamentale chez Morgan et s’éclaire de plusieurs points. Le premier, consiste en ce que les choses ne sont jamais à leur place dans le monde et il fait tout un travail de logification (fait des listes, compte, délimite). Le second se situe du côté de ce qui change de place (comparaison) dans des sortes de permutations. Et puis, il y a « ce qui ne colle pas ». Cela le confronte à une instabilité profonde de la langue. Il lui faut parvenir à fixer quelque chose qui ne cesse de fuir. Ainsi, pour la mère, Morgan est la jouissance qu’il ne faudrait pas et pour Morgan c’est cette langue qui fuit, et qui est profondément instable.

-  La connexion signifiants/corps : C’est dans la rencontre avec Zoé qu’il commence à connecter les mots, les signifiants, à ce qu’il éprouve au niveau du corps et tente de nommer. Il y a 3 ans, il n’y avait pas de signifié ou très peu. Aujourd’hui, il commence à y en avoir un peu. Il y a de l’imaginaire, ce qui lui permet de faire des jeux de mots. A travers les formules employées par Morgan, on perçoit la façon dont ces connexions lui permettent de faire valoir ce qu’il éprouve ou du moins, sont le témoin de ce qu’il essaie de nommer concernant ce qu’il éprouve. Nous ne repérons aucune tentative chez lui de communiquer un sens à ce qu’il éprouve. Ce sont des uns, séparés les uns des autres, ne délivrant aucun sens : ils valent pour eux-mêmes, et non pas dans un rapport à une deuxième expression. Cette lalangue sert à jouir et n’est donc pas du côté de la relation.

-  L’insupportable du bruit  : le bruit de la langue lui est insupportable. Les autres qui parlent, les cris des enfants, les rires... Il y a 3 ans, Morgan parlait fort pour couvrir les bruits de la langue. Aujourd’hui, il en fait du « blablabla », mot qu’il invente et qu’il peut manier, au sens de l’artisan qui travaille une matière. Pour Morgan, « c’est du blablabla parce que c’est du sens » et c’est du sens, parce que c’est articulé. Et cela ne l’intéresse absolument pas. Ce blablabla rejoint le bruit de la langue maternelle qui le dérange et ne l’intéresse pas, contrairement à sa mère qui s’y intéresse beaucoup.

- Le non-rapport mère/fils : on voit bien qu’entre Morgan et sa mère, il y a un non-rapport à l’œuvre, où Morgan refuse le sens. C’est un refus primordial et vital. Dans sa rencontre avec le bain de langage de la mère, il s’en met à distance. Il s’agissait pour lui, d’éviter ça au prix de sa vie. Il se débrouille donc sans le lien, sans le 2, sans la relation, qu’il peut établir si on est à l’écoute de cet Un tout seul. C’est pour ça que ce qu’on écoute ce n’est pas le sens, au sens de la signification (qu’est-ce que ça veut dire). Ce qu’on va écouter, c’est plutôt toutes ces manifestations de jouissance, ce que Zoé Godefroy-Deveaud fait remarquablement.

Alexia Lefebvre-Hautot

Note :
1 Lacan J., Le Séminaire, Livre XX, Encore, Seuil, p. 55



- Mercredi 27 avril :
Cette soirée sera animée par Céline Guédin et Marie-Hélène Doguet-Dziomba.

Quel lieu et quel lien social, l’orientation par le discours analytique permet-elle de constituer et de révéler ?


Nous discuterons du texte de Céline Guédin intitulé « Les visites en présence d’un tiers entre Kenny et sa mère », que nous avons travaillé Céline et moi-même. Vous verrez dans ce texte que le « tiers » n’est pas forcément là où le sens commun l’assigne. J’ai proposé que nous réfléchissions, grâce aux trouvailles du jeune Kenny, aux concepts, dégagés naguère par J.-A. Miller, du « lieu » et du « lien ». Céline nous présente une authentique « pratique à plusieurs » qui part du réel du symptôme de Kenny et du réel du symptôme de sa mère – Kenny parle une langue qui n’est ni le français ni le vietnamien, il invente des mots, se tait en présence des adultes et reste en retrait des autres enfants ; sa mère, qui parle très mal le français, semble fuir une menace plus ou moins localisée, dans une certaine errance, elle est directement branchée sur le corps de son fils qu’elle « inspecte » voire moleste, ce qui a motivé le placement de Kenny.

Céline et sa collègue éducatrice vont réussir en partant du problème de la parole et de la langue pour l’un et pour l’autre, à constituer un « lieu » inédit pour l’un comme pour l’autre. Ce lieu est autre chose qu’un espace géométrique, il s’appuie sur la topologie du langage – Lacan dès le début de son enseignement a proposé d’inscrire le langage dans un espace fermé particulier, le tore, incluant un trou : « son extériorité périphérique et son extériorité centrale ne constituent qu’une seule région ». A partir de ce trou, Céline et sa collègue vont se « débrouiller », sans traducteur officiel, pour produire d’autres types de « traductions » pour Kenny et pour sa mère : elles vont utiliser leurs corps, certains écrans, le support du trait du dessin et elles vont surtout accueillir les trouvailles de Kenny (son travail sur les surfaces, l’apport du cahier, les usages de Spiderman etc.), pas sans opérer une certaine soustraction du regard – de façon différente pour Kenny et pour sa mère – , et accueillir certains évènements de corps, larmes de la mère, angoisse de Kenny ; et tout ça constitue un circuit qui se complexifie, fait d’objets, de paroles, de façons de faire et d’écrits dont s’emparent différemment Kenny et sa mère. Autant de « liens » avec des objets qui s’articulent chacun au corps de Kenny et au corps de sa mère, de façon séparée.

Il s’ensuit des effets conséquents pour Kenny et sa mère. Une fois accueilli le rejet du vietnamien fondateur pour Kenny, ce dernier, d’une certaine façon apprendra le français à sa mère – qui elle-même pourra accepter de se loger et de pouvoir l’accueillir, pas sans accompagnement !

Marie-Hélène Doguet-Dziomba



- Mercredi 22 juin :
Cette soirée sera animée par Marie-Hélène Pottier et Marie Izard.

Marie-Hélène nous présente Gaël, jeune garçon de onze ans, qu’elle reçoit dans un premier temps dans le cadre de l’association Gepetto puis en libéral. Dispositif à plusieurs qui permet d’accueillir l’enfant et ses parents. Nous verrons le précieux de ce dispositif.
Nous avons choisi de mettre l’accent sur l’effet du signifiant sur la jouissance, partant d’une intervention de Marie-Héléne, parole inutile comme elle le précise, c’est à dire prononcée sans réfléchir. Ce « c’est le bordel ! » portera à conséquence, produisant un effet de pacification notable et la mise en route du circuit de la parole. L’école c’est difficile pour Gaël, il refuse d’écrire. Le jeux vidéos constituent pour lui un recours. Les remarques des professeurs sont un insupportable pour la mère, laquelle, se sentant visée, harcèle à son tour son fils.
Une mère en état d’urgence permanent dont il s’agit d’accueillir à chaque fois l’affolement, un enfant en prise avec une jouissance envahissante : quelle pratique en découle ?
Un trajet s’opère trouant l’impératif à aller à l’école et à écrire et permettant un consentement à un traitement.

Marie Izard


Ce séminaire est organisé sous la responsabilité de Marie-Hélène Doguet-Dziomba.

Il aura lieu les mercredis 24 novembre, 15 décembre 2021, 26 janvier, 23 février, 27 avril, 22 juin 2022 à 20h30.

Maison de la psychanalyse en Normandie,
48 rue l’Abbé de l’Epée, à Rouen (76).
Consulter le plan d’accès ».

Participation aux frais : 5 € par soirée ou 25 € pour l’année et pour l’ensemble des séminaires proposés par l’ACF-Normandie. Réduction de 50 % pour les étudiants.

Contacter Marie-Hélène Doguet-Dziomba pour obtenir des renseignements et s’inscrire

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