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Publié le lundi 29 mars 2021

L’Edito de la déléguée régionale de l’ACF-Normandie

Calligraphies

Avril 2021

C’était sûr, il y aurait un autre confinement ! D’ailleurs, nous y sommes.

Donc, soyons pratiques : ne pouvant pas quitter le cercle des 10 km autour de nos habitations respectives, nous voilà bien dans la nécessité de nous rencontrer par visioconférence.
Il faudra donc vous inscrire auprès des responsables des activités auxquelles vous souhaitez participer, afin de recevoir le lien pour vous connecter.
Justement, ce sophisme des futurs contingents a une action qui me surprend : il me semble que le précédent confinement n’a pas donné lieu à de tels inventaires, de telles réflexions sur la différence qui peut exister entre les intentions qui guident des décisions et leurs effets effectifs.
Est-ce la fatigue des restrictions qui ravive l’esprit français de la critique ?
Peut-être pas totalement !
Est-ce le morcellement du Tout de la France ? Je veux dire le fait que tous les départements ne sont pas concernés de la même façon, avec un effort pour s’approcher d’un traitement particularisé ?
En tout cas le droit d’inventaire s’exerce a posteriori avec une verve et un relai dans les médias, que je trouve rares.
Je vous propose pour y réfléchir d’une façon qui implique la psychanalyse, la citation suivante de Jacques-Alain Miller, qui concerne le paradoxe dit « des futurs contingents » :

« Si nous nous plaçons au temps Tn, un événement peut avoir lieu demain, au temps Tn+1. Il peut se produire ou ne pas se produire. Et s’il se produit, s’il a bien lieu, alors il sera toujours vrai qu’il a eu lieu. Et il sera nécessaire qu’il soit toujours vrai qu’il ait eu lieu. Donc, il était impossible que ce qui est arrivé ait pu ne pas avoir lieu.
Il y a une énorme littérature sur ce sophisme. De notre point de vue, le nerf de ce sophisme, c’est la conversion du possible en nécessaire, qui est un effet de rétroaction.
C’est-à-dire qu’au moment Tn, ce qui va se passer demain, est seulement possible. En Tn+1, on peut dire que ça se produit, ça devient effectif. Et c’est seulement parce qu’on re-projette en arrière cette effectivité qu’on peut dire que c’était auparavant déjà nécessaire.
Il suffit de réfléchir sur ce schéma dont Lacan introduit le principe dans le Séminaire V pour s’apercevoir qu’il n’y a plus de sophisme si on admet une double temporalité. (…) Si on n’admet pas du tout le temps linéaire, mais au contraire, une double dimension du temps, que d’un côté il y a ce fameux temps qui passe, (flèche vers la droite) qui est en effet marqué par l’ouverture des possibles, mais qu’il y a, fonctionnant en sens contraire, (flèche tournée vers la gauche) une temporalité rétroactive qui a pour effet de signification la nécessité. L’effet de signification de la nécessité qui a fasciné la pensée philosophique n’est rien d’autre que l’effet de signification du sujet supposé savoir.
Ce qui fait sophisme pour la philosophie fait au contraire opération pour nous, fait graphe1. »

Oui, la nécessité de reconnaître la temporalité rétro-active comme produisant un effet de signification dégage du paradoxe, réduisant notre envie de connaître l’avenir à l’étoffe d’un fantasme. Mais cela dégage également la nécessité de penser avec le graphe de Lacan, qui fait agir le premier signifiant de la phrase avec tous ceux qui suivent faisant surgir le sens glissant, précisément fuyant, sous chaque signifiant ; puis des fermant à la fin, juste avant le point, il faut lire : dégageant sur une signification dont le choix reste à la charge de l’auditeur ! Car oui, c’est l’auditeur qui décide de la signification du message que le locuteur envoie.
C’est pourquoi les messages de critique parlent le plus souvent des personnes qui les relaient, bien plus que de la réalité qu’ils sont censés décrire.
Cela rend la nécessaire pratique de la critique plus exigeante certes. Mais au contraire d’une censure, cela aiguise la plume, au risque d’être compris de travers, ce dont l’émetteur du message doit se faire comptable en bonne logique.
Ce noeud que forme la langue que nous utilisons (à l’instar de chacune des langues humaines !) est plus angoissant, avec sa logique des conséquences, que la bonne vieille description « objective » des faits. La contrepartie est que cela libère des aveuglements générés par l’évidence de l’interprétation de ce que nous voyons, par exemple le fameux « comportement », qui est si troublé actuellement chez tant de personnes… Et qui n’est pas si évident au quotidien à déchiffrer, même si nos yeux font « preuves ».
Le graphe de Lacan et sa flèche rétro-active nous permet de nous repérer et d’intégrer les conséquences à l’intention qui guide nos actes. Et donc cela aide à supporter le ratage comme nécessaire à la vie humaine, et même d’y trouver le sel de la poésie et du rire, quand c’est possible !
A propos de rire et de poésie, un poète normand nous a quitté en fin d’année dernière : Jude Stéfan est décédé le 11 Novembre 2020, à 99 ans.
Je recommande de relire, à ceux qui le possèdent, le numéro de Letterina assez ancien, le numéro 6 je crois, qui présente une conversation de notre collègue Catherine Bonningue avec ce poète qui fut aussi professeur au lycée de Bernay. Je pense que l’équipe de la revue de l’association Cause freudienne en Normandie aura à cœur de vous rappeler ce texte dès le prochain numéro. N’hésitez pas à les contacter, ou à contacter l’équipe de la Bibliothèque ou de la Librairie.

Très bientôt nous aurons des évènements à annoncer, pour les beaux jours, peut-être en présence ? Ou pas ? Mais c’est sûr c’est en préparation ! Entre contingence et nécessité, bien sûr. Une après-midi de la Bibliothèque, la préparation de l’évènement Pipol, ou les journées 51 de l’École de la Cause freudienne.

JPEGNe manquez pas non plus sur le site de l’ACF en Normandie le dernier Préliminaire qui nous tient informés de l’avancée des travaux sur l’actualité de la causalité psychique.
Pour le mois d’Avril, le 10 verra le séminaire interne « Que devient la jouissance dans l’expérience analytique ? » se tenir une fois de plus en visioconférence. Il suffit d’adresser un mail à la déléguée régionale que je suis, pour demander à participer. La participation est toujours de 10 € la séance, il suffit de m’adresser un chèque.
JPEGNous aurons le plaisir d’entendre Jean-Louis Woerlé, Xavier Roux et Francine Giorno. Les deux leçons de Jacques-Alain Miller sont : « Une nouvelle alliance avec la jouissance » dans la Revue de la Cause freudienne n° 92 et « L’économie de la jouissance » dans le n° 77 de la même revue.
Et trois textes d’Anne Beraud :
« Le devenir des modes de jouir féminins après l’analyse et la passe », La Cause du désir, n° 101, Paris, Navarin, 2019, p. 168-171.
« L’amur de l’amour », La Cause du désir, n° 103, Paris, Navarin, 2019, p. 123-128.
« La jouissance après la cure », Quarto, n° 126, Bruxelles, ECF, décembre 2020, p. 32-35.

JPEGLe 14 avril ce sera Schmilblick, un lieu pour parler des pratiques qui se tiendra aussi en éloignant les corps et en faisant circuler les images et le son, heureusement ! L’autre moitié du séminaire Janus, Alpha plus bêta, un lieu pour parler de la théorie, se tiendra le 21 avril. Sans doute aussi avec le soutien des réseaux internet.
Nous aurons aussi des nouvelles du travail des cartels qui sont très actifs dans notre région, ce qui est réjouissant. Leur format – 4 personnes plus une – est en effet très adapté par ces temps de pandémie. Je leur souhaite, à chacun de ces cartels, ces groupes de travail, de nous permettre d’en savoir un peu plus sur leurs créations.
Je vous souhaite également un très bon travail à étudier la psychanalyse. Portez-vous bien !

Catherine Grosbois, Déléguée régionale de l’ACF en Normandie.

Note :
1 J.-A. Miller, « Introduction à l’érotique du temps », Revue de la Cause freudienne, n° 56, La séance courte.

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