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Publié le lundi 1er mars 2021

Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! – Mars 2021

Le bulletin Uforca numéro 45




LE RIRE d’EOLE


En analyse


« En thérapie », la série, version française, initiée par Éric Tolenado et Olivier Nakache a été vue par 23 millions de personnes. Elle a fait la Une de Télérama, Libération… Le magazine Marianne a réalisé un entretien avec deux psychanalystes cinéphiles, notre collègue Éric Zuliani y salue ce qui, dans cette série, « a le mérite de percer le mur des opinions, et de se centrer sur l’expérience en tant que telle1 ».

Elle fait écrire les journalistes du Monde, du Point… Nourrit les tribunes.
Il y a tout lieu de croire – et d’espérer – que ni les médias ni la série ne s’arrêteront là.
Heureuse contagion.

Que suivons-nous durant chacun de ces épisodes de près de vingt minutes ? L’hystoire de chacun des analysants ? L’intimité de l’analyste ? Les symptômes, les fictions et les secrets d’alcôve ? Les histoires dans l’Histoire ?

Ou bien plutôt la parole qui s’y déploie, matière mouvante et vivante qui fait ô combien apparaître les corps parlants ? Car ça vibre dans nos écrans plats ; et les protagonistes, d’abord le corps tenu, le regard droit, tendus dans leur adresse à leur analyste, se découvrent ensuite pris par le silence, détournant le regard, laissant aller leurs mots, permettant la mise en forme de « l’amorphe mental2 ». N’est-ce pas cela que nous suivons, nommé ainsi par J.-A. Miller, dans la parole adressée ? Ne voit-on pas, à chaque épisode de la série, que « L’amorphe se dessine, à chaque séance, […] prend des angles et se présente sous un jour différent3 » ? Et aussi, n’est-ce pas inhabituel, comme le pointe Carole Dewambrechies-La Sagna, dans les séries d’aujourd’hui, de permettre que s’étire le temps, de permettre de « démontrer les vertus du temps long et de la parole, non seulement sans provoquer l’ennui, mais au contraire en glissant dans l’histoire un petit suspense, celui qui faisait dire à Lacan que le plaisir que l’on tire du symptôme est comparable à celui de la lecture d’un roman policier4 » ?

Dans En thérapie, la parole est cet élément tierce qui est en réalité premier.
À considérer le cadre analytique à l’aune de la parole, de cette masse qui se divise, se répartit et se communique5, les concepts fondamentaux de la psychanalyse se lisent autrement. À commencer par le transfert, qui nous occupe dans ce numéro d’Ironik ! Car en effet, sur les partitions de la paire que forme l’analyste et l’analysant, le transfert en est l’une des notes. L’interprétation en étant l’autre.

Le transfert, encore, dans « C. S. T. » où l’on perçoit que la parole a là aussi un coup d’avance : n’entend-on pas cette avance dans ces entretiens préliminaires dont J.-A. Miller nous dit qu’ils sont toujours secondaires6 ? En amont se tient, prêt à bondir, ce savoir supposé qui fait l’adresse à l’Autre. Et c’est la parole, grosse de ce savoir, pleine de la demande, qui donnera le coup d’envoi du transfert qui était larvé. Le transfert est premier et la parole qui le contient ne fera qu’éclore, dans un second temps, rendant en acte cet « appel fait au savoir supposé7 ». Là s’entend aussi la réalité pulsionnelle de l’inconscient.

Et pourtant, que devient le transfert dans la clinique du parlêtre, notion qui pâlit fortement dans le dernier enseignement de Lacan, jusqu’à devenir opalescent et même absent ? Puisque l’Autre n’est plus le bout par lequel prendre la clinique, le transfert est raboté, « perspective dont on peut dire qu’elle prend la pratique de l’analyse à rebrousse-poil8 ». Alors, « L’analyste n’est plus à la place du sujet supposé savoir, il est à la place de celui qui suit9 », qui suit ce que l’analysant a à dire.

Si les orientations ne sont pas la même, si la praxis qui s’en déduit diffère, s’il y a à redire sur En thérapie, reconnaissons tout de même que l’analyste, qui, la plupart du temps, suit ce que l’analysant a à dire, permet la mise en forme de la parole. Et c’est là l’un des protagonistes les plus vibrants de la série !

Pénélope Fay

Note :
1 Zuliani É., « En thérapie sur Arte : deux psychanalystes cinéphiles analysent la série », Marianne, 11 février 2021.
2 Miller J.-A., « Une psychanalyse a structure de fiction », La Cause du désir n°87, 2014, p. 2.
3 Ibid.
4 Dewambrechies-La Sagna C. « Un événement TV », Lacan Quotidien, n°916, 26 février 2021.
5 Miller J.-A., op. cit.
6 Miller. J.-A., « C.S.T », La conversation clinique, Le Paon, Agalma éditeur, p. 26.

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Avant-goût



Faire travailler le trou dans le savoir


Une jeune fille regarde passer des bus qu’elle laisse filer quand soudain elle se décide à monter dans l’un d’eux, celui dont on ne sait justement pas où il va. Dans la hâte d’un consentement qui s’entrevoit, elle monte, puis demande à une dame à ses côtés la destination du bus, alors qu’elle est déjà dedans... Premier rêve de transfert pour cette jeune femme, à partir duquel lui sera faite l’offre du Divan1. En effet, son rêve nous indique l’avènement d’un nouvel usage du sujet vide qui inaugure la possibilité d’une cure. L’émergence d’un sujet qui croit en son inconscient pousse-à-l’élaboration, pas sans la présence de l’analyste, supposé savoir quelque chose qui n’est pas encore à disposition.

C’est la question que soulève le texte d’Alfredo Zenoni, dans ce volume : l’analysant quittant la voie de la seule plainte s’engage dans une croyance d’un nouvel ordre, un « phénomène ambigu2 » où s’opposent croire et savoir. Croire c’est affirmer en y mettant quelque chose de soi en gage, c’est s’engager, indique A. Zenoni.

À quoi amarre-t-on notre pratique demande Lacan dans le Séminaire XI ? S’il a pu formuler que la psychanalyse n’était pas une science mais une pratique, ce constat est homogène au fait que la langue que nous parlons n’est pas un système, mais, également, une pratique, faite d’usages : « les à peu près, les convenances, les bienséances et les pataquès de l’usage des mots, de la pratique3 » en font le sel et le malentendu.

Le texte de Solen Roch, dans ce même volume, est une fulgurante leçon sur la façon dont Lacan justement « vise à passer à un rapport d’usage aux concepts avec lesquels on se guide ». Le propos de S. Roch nous aiguille vers la différence singulière dont le sujet va pouvoir lui-même prendre la mesure, témoignant de ce que « le réel […] est tout à fait rebelle à la notion même de système4 ».

Les textes de Pierre Malengreau et l’interview de Michèle Elbaz gagneront à être lus ensemble, car ils mobilisent tous deux les conséquences de la distinction entre l’Un et l’Autre. P. Malengreau souligne le passage, dans l’avancée de la cure, du Sujet supposé savoir à celui supposé savoir lire autrement, modifiant jusqu’au registre de l’équivoque, quand M. Elbaz, depuis sa passe, nous enseigne sur l’art de faire travailler le trou dans le savoir5 − l’Usage encore − jusqu’à décevoir la causalité.

Vanessa Sudreau

Notes :
1 Herlant V., Dépliages, dans ce volume.
2 Zenoni A., dans ce volume.
3 Miller J.-A., « La théorie du partenaire », Quarto n° 77, Juillet 2002, p. 32
4 Ibid.
5 La formule prélevée pour titrer cet « Avant-goût » est empruntée à Dalila Arpin, dans son échange avec Michèle Elbaz.

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SOMMAIRE :

TRAVAUX D’UFORCA


A LA UNE


L’entrée par le transfert
Alfredo Zenoni, Section clinique de Bruxelles

Qu’est-ce qu’une demande d’analyse ? En quoi est-elle différente d’une demande thérapeutique, et l’est-elle d’emblée ? Comment le sujet entre-t-il dans le discours analytique qui est l’envers du discours du maître ? Pour que le problème de quelqu’un devienne le symptôme d’un sujet, il est nécessaire que la causalité ne soit plus – au moins en partie – externalisée. Une fois cette réattribution actée, la division subjective activée, la plainte peut être « capturée » par le sujet supposé savoir dans le procès de parole, l’analysant peut alors jouer sa partie avec son inconscient… Et au-delà. Lire la suite


NOS DERNIERES PUBLICATIONS


La portée des mots sous transfert
Pierre Malengreau, Section clinique de Bruxelles

Si le transfert, dans sa version classique, est fondé sur l’articulation signifiante, que devient-il dans le dernier enseignement de Lacan, pensé à partir de la déconnexion S1-S2 ? Pierre Malengreau déploie pour nous cette question. Pour ce faire, il prend appui sur l’enseignement de Jacques Alain Miller, « Le tout dernier Lacan » et déploie deux citations extraites du séminaire XXV. Son texte est une invitation au cœur de l’expérience analytique allant du sujet supposé savoir au supposé-savoir-lire-autrement. Lire la suite

Dépliages
Véronique Herlant, Section clinique de Lyon

À partir du texte, « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée », Lacan introduit le temps dans la logique là où la logique ignore le temps. C’est à partir du sophisme des trois prisonniers que Lacan logifie trois temps dans la cure analytique. Véronique Herlant déplie le sophisme et nous fait entendre ces trois temps : instant, temps, moment, auxquels Lacan associe trois verbes : voir, comprendre, conclure. Lire la suite

Ma différence et mon identité
Solen Roch, Section clinique de Rennes

L’excommunication de Lacan de la Société Française de Psychanalyse aura comme conséquences l’interruption de son séminaire « Des Noms-Du-Père » et la fondation de l’École française de psychanalyse. Solen Roch montre comment Lacan reprend son enseignement à partir des quatre concepts développés par Freud non pas dans un rapport religieux au père mais dans un rapport d’usage articulé au réel. Lire la suite


LACAN SENS DESSUS DESSOUS


Dalila Arpin interviewe Michèle Elbaz

Michèle Elbaz a choisi de commenter la phrase de Lacan : « l’importance aussi c’est que nous avons mis en place une expérience radicalement nouvelle car la Passe n’a rien à faire avec l’analyse » .Lire la suite


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