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Publié le mercredi 8 avril 2020

A vos plumes (au temps du coronavirus)

Journal d’une confinée – le 6 avril 2020

Un texte de Catherine Grosbois

Travailler à des activités non indispensables.
Voilà ce que je fais, au quotidien.
Le choc de cette formulation qui m’enjoint de changer d’occupation immédiatement !

Dès le vendredi où le confinement est déclaré, nous voilà avec des ordres de fermetures, et devoir en une journée décommander nos « activités ». Ce n’est pas si facile, car les rendez-vous prévus et confirmés sont répartis sur plus d’un mois ! Serons-nous encore confinés à ce moment là ?
Et pourquoi décommander tout le monde ? Puisque je lis dans mon journal préféré que « doivent être assurés les services médicaux urgents et le traitement des cas complexes ». Je crois peut-être à tort que le traitement des « cas complexes » c’est notre spécialité à nous praticiens, orientés par l’œuvre de Freud et l’enseignement de Lacan.
Mais dès le lundi suivant il faut assurer le suivi médical d’adolescents hospitalisés, qui n’ont plus de médecin. En cause les avions qui ne volent plus, les retours de vacances qui ne se font pas à l’heure, les personnes suspectées d’être malades, ou contaminantes, ou les deux.
La semaine suivante, il est possible de reprendre des nouvelles par téléphone de nos patients habituels ; et aussi de suivre ceux qui nous paraissent fragiles, ou se mettant en danger. Nous apprenons l’ouverture de lieux qui peuvent accueillir ceux qui nécessitent un cadre solide. Par exemple les enfants peuvent être placés en urgence sur des lieux qui ouvrent dans des institutions, pour les mettre à l’abri d’un milieu familial peu rassurant.
Alors je découvre la consultation par téléphone, les réunions par visio-conférence.
Les mails à lire plus vite que vite. L’omniprésence des machines. Un métier nouveau ?
Non, mais une réflexion à nouveaux frais, au sujet de la « révolution informatique ». Et ce qu’elle génère de paradoxes dans l’exercice médical. Je vais pouvoir m’en plaindre d’une autre façon ! Profitons-en !

Au hasard de l’association libre, je cherche des références1 pour asseoir une réflexion sur les rapports de la psychanalyse avec la médecine.
Me voilà déchiffrant le grec de Galien, célèbre médecin grec du temps des Romains, contemporain de l’empereur Marc Aurèle.
C’est une référence de Jacques Lacan, issue d’une conférence donnée à la demande du Collège Médical en février 1966, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
Galien fait du meilleur médecin, (o aristoi iatros kai philosophos) un philosophe.
Philosophe au sens de celui qui réfléchit aussi à la politique, c’est à dire à l’organisation de la cité (Polis en grec).
Galien, dans ce texte, nous propose que le « médecin soit ami de la tempérance et en même temps disciple de la vérité ». Quelle ambition !
Comme nous sommes loin des appels à « une formation scientifique indispensable » pour les médecins. Appels lus dans la presse, réactualisés par un article dans mon journal préféré et des proférations à la radio publique, qui s’occupe de culture.
Quelle idée !
Le débat actuel montre bien que ce n’est pas si facile que cela « La Science ».

L’oubli de la présence indispensable de l’objet manufacturé fabriqué avec – justement – l’intervention d’inventions qui proviennent des applications des théories scientifiques, et de leur circulation, ou pas, nous agite actuellement, tellement. Ce qui détermine encore plus l’oubli des délais, des documents qui doivent circuler avec les objets, du poids de l’administration française, si bien décrite dans le texte des Autres écrits de Lacan, p. 101, « La psychiatrie anglaise et la guerre ».

Oui, il faut une formation scientifique, mais aussi une formation philosophique, au sens de l’épistémologie, ou plus large, politique.
Ou encore comme le dit Galien, en dehors de la passion de l’argent et de celle de la volupté, qui doivent être « tempérées » par l’effort de chacun, les autres passions deviennent nécessairement vertus ! « Comme si elles étaient enchaînées par un lien commun. »
Ah, que veut-il dire ? Lui qui propose de hiérarchiser la physique, qui étudie les phénomènes naturels, la cosmologie, les sciences et la métaphysique, à l’intérieur de la logique qui est étude de la logique mathématique ou dialectique, les méthodes discursives, et les raisonnements. Mettre l’éthique, enfin, comme au dessus de tout cela, en abordant la vie des hommes, la morale et la politique.
Pouvons nous le suivre ? En lisant Lacan, à plusieurs ?

Catherine Grosbois

Notes :
1 Un article sur le site du Lycée de Fécamp et un article du journal Le Point.


A vos plumes (au temps du coronavirus) :

Journal d’une confinée – le 6 avril 2020, un texte de Catherine Grosbois

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